"Salope ! et autres noms d'oiselles" : quand l'insulte au féminin s'expose

Oeuvre de Lara Harbinia sur l'insulte au féminin.
Oeuvre de Lara Harbinia sur l'insulte au féminin.
Le sexisme est partout et les femmes en sont les premières victimes. L'exposition "Salope ! et autres noms d'oiselle" à Paris, lève le voile sur les insultes dont elles font l'objet et s'interroge sur la place de l'injure sexiste dans le langage courant de notre société.
A lire aussi
"Natural Beauty" : ce photographe tord le cou au diktat de l'épilation féminine
News essentielles
"Natural Beauty" : ce photographe tord le cou au diktat...

Comment construit-on une insulte ? Est-elle seulement constructive ? Et qu'est-ce vraiment qu'une salope ? Une connasse ? Un trait de caractère ? Une démarche ? Une jupe ? Laquelle a déjà reçu un "pétasse" ou "grosse pute" mesure toute la nécessité de cette exposition consacrée aux noms d'oiselle. A l'initiative de Laurence Rosier, professeure de linguistique et spécialiste de l'insulte à l'Université Libre de Bruxelles, cet événement culturel amène le visiteur à s'interroger sur la place de l'injure au féminin dans notre société depuis les années 1800.

"La Belle salope" de Martine Seguy.
"La Belle salope" de Martine Seguy.

Les grandes insultées

De George Sand, comparée à "une erreur de la nature " et taxée de "vache bretonne de la littérature ", à Simone Veil, jadis comparée à un "nazie " dans son combat pour l'avortement, en passant par Margaret Tatcher, vilipendée pour sa politique capitaliste, ou encore Christiane Taubira pour avoir défendu le Mariage pour Tous et le droit de mémoire des communautés noires, Marie-Antoinette tantôt surnommée "la Veuve Capet ", tantôt réduite à une "guenon " et enfin, la starlette de télé-réalité Nabilla, comparée à "un garage à bites ", l'exposition met en lumière la violence verbale sexiste au fil des siècles.

Du manifeste pro-avortement des "343 Salopes" en 1971 aux "Marches des salopes" contre le sexisme, l'exposition souligne la stigmatisation dont sont victimes les femmes. "Il s'agit d'une approche pédagogique sur les stéréotypes sexistes et racistes", nous explique Laurence Rosier qui dit ne "pas hiérarchiser celles qui méritent d'être insultées ou non. Ce sont toutes des femmes consensuelles, c'est ce que je voulais". Cette idée, Laurence Rosier l'a eue en découvrant la couronne mortuaire d'Eric Pougeau. "C'est un débat social, je voulais apporter ma contribution".

La couronne mortuaire d'Eric Pougeau.
La couronne mortuaire d'Eric Pougeau.

Une invitation à s'interroger sur la fabrication des stéréotypes de sexe et de classe, en fonction de la beauté, de l'intelligence, de la force ou de la maturité d'une femme, au gré d'oeuvres d'art contemporaines signées par les artistes Sara Judices de Menezes, Eric Pougeau, Tamina Beausoleil, Cécilia Jauniau, Lara Herbinia, François Harray et Martine Séguy.

"Cochonne", "thon", "dinde", "grosse vache"

"J'ai un rapport particulier au corps et à l'anatomie. J'aime que l'on regarde le corps autrement que par l'apparence", nous explique Tamina Beausoleil, dont les dessins font référence à l'emploi fréquent des métaphores animales dans le champ de l'insulte au féminin (dinde, thon, grosse vache...). "Les hiérarchies de genre et d'espèce me dérangent. Je suis fascinée par tout ce que l'on peut voir dans le corps, sur un autre plan de la réalité". Des aspects physiques différents que Tamina Beausoleil aime superposer dans ses dessins pour avoir une "approche frontale".

Oeuvre de Tamina Beausoleil, allusion à l'insulte "cochonne".
Oeuvre de Tamina Beausoleil, allusion à l'insulte "cochonne".

L'exposition s'achève par "le mur de la honte". Un espace mural sur lequel les visiteurs peuvent écrire des insultes et se défouler.

Salope et autres noms d'oiselle, jusqu'au 18 octobre dans le hall de la Fondation de la Maison des Sciences de l'Homme, Boulevard Raspail dans le 6e arrondissement de Paris.
Entrée libre et gratuite.