'Salope', 'sale pute' : une députée écossaise énumère les insultes qu'elle reçoit

"Bouffeuse de chatte', 'salope', 'sale pute' : une députée anglaise énumère les insultes qu'elle reçoit
"Bouffeuse de chatte', 'salope', 'sale pute' : une députée anglaise énumère les insultes qu'elle reçoit
Mercredi 7 mars, la députée écossaise Mhairi Black a pris la parole devant le parlement britannique pour dénoncer les insultes dont elle est la cible. Ces injures misogynes, d'une violence inouïe, reflètent ce qu'endurent les femmes qui prennent la parole dans l'espace public et politique.
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Depuis son élection en 2015, Mhairi Black, 23 ans, est la plus jeune députée que compte le parlement britannique. Membre du Scottish National Party (SNP), elle est aussi, depuis mercredi 7 mars, la première politique à avoir utiliser le "F-word" ("fuck", donc) dans l'éminente chambre des communes. Non pas par provocation vaine, mais pour dénoncer avec force les insultes misogynes et homophobes dont elle fait l'objet sur Internet au cours d'un débat sur le fait de considérer la misogynie comme un crime de haine.

La vidéo de Brut sur le discours de Mhairi Black

"Il n'y a rien à adoucir quand vous êtes la cible de ces mots"

"Certains vont se sentir mal à l'aise face au langage fleuri que je m'apprête à utiliser, a-t-elle commencé. Mais je ne vais pas atténuer la réalité sur un enjeu si important."

Elle a ensuite énuméré, pendant deux minutes, les injures d'une violence inouïe qu'elle doit endurer de la part de parfaits étrangers, qui se permettent de juger son physique ou son orientation sexuelle et de proférer à son encontre des menaces qui tombent clairement sous le coup de la loi.

"On me traite souvent de 'petit garçon', on me dit que je porte les costumes de mon père, etc. Avec mes amis, on en rigole, c'est comme ça que je le supporte. Mais j'ai du mal à voir ça comme des blagues lorsque je suis systématiquement traitée de 'gouine', 'bouffeuse de chatte', 'salope', 'sale pute'. On m'a dit 'on ne peut pas mettre de rouge à lèvres à un cochon' [...] Je peux adoucir certaines insultes en les tronquant, mais la vérité c'est qu'il n'y a rien à adoucir quand vous êtes la cible de ces mots. Et je suis là à les lire sur mon écran tous les jours, du matin au soir."

"Il n'y a rien à édulcorer quand les insultes sont aussi sexualisées et misogynes", a poursuivi Mhairi Black. Pour elle, il est évident qu'elle est la cible de telles injures parce qu'elle est une femme. "On peut se voiler la face en se disant que ce n'est qu'une poignée d'anonymes sur Twitter, mais ce n'est pas le cas", estime Mhairi Black, qui souhaite classer la misogynie comme un crime de haine. "Quand on ne dénonce pas ces comportements, ils deviennent la norme. Et quand ils deviennent la norme, cela crée un environnement propice à la maltraitance des femmes."

La députée a également révélé qu'il y a quelques semaines, en votant à la Chambre des communes, elle a fini par être agressée physiquement par un autre député, depuis accusé d'inconduite sexuelle.

"Je n'ai plus envie de me taire et encore moins d'avoir peur"

Ces insultes à caractère misogynes, homophobes, racistes touchent aussi les femmes politiques françaises. Cécile Duflot, Najat Vallaud-Belkacem, Christiane Taubira en ont, elles aussi fait les frais. Récemment, c'est la députée LREM Laëtitia Avia qui a été la cible d'injures racistes particulièrement virulentes et de menaces de mort.

Le 28 février dernier, l'élue de la 8e circonscription de Paris a publié sur Twitter une lettre anonyme qu'elle a reçue. "Je n'ai jamais subi une attaque d'un tel racisme. Et on me menace de mort. On ne peut pas laisser passer ça", a déclaré Laëtitia Avia, qui a depuis porté plainte. Dans une tribune publiée le 3 mars dans Le Journal du dimanche, la députée explique sa démarche. "Je représente cette génération d'enfants issus de l'immigration qui ont connu le déclassement de leurs parents et qui ne laisseront jamais leur couleur de peau être un obstacle à leur réussite professionnelle et leur épanouissement personnel", écrit Laëtitia Avia, née en France de parents d'origine togolaise.

"Je représente ces milliers d'anonymes et de personnalités qui se sont manifestés pour dire qu'ils ne tolèrent pas le racisme, que cette parole minoritaire n'est pas celle de leur nation", poursuit-elle avant d'expliquer avoir déposé plainte pour "dénoncer ce que je ne peux tolérer, car je n'ai plus envie de me taire et encore moins d'avoir peur".
L'élue LREM a depuis déposé une nouvelle plainte après la découverte dans sa boîte aux lettres de l'Assemblée nationale par ses collaborateurs de trois nouveaux courriers comportant des menaces de mort et des injures racistes.