6 femmes sur 10 ont peur d'être agressées dans les transports en commun

Femme dans le métro parisien
Femme dans le métro parisien
Un mois après le viol d'une jeune femme dans un RER Paris-Melun, le ministère de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie vient de rendre publique une étude sur les violences, notamment sexuelles, faites aux femmes dans les transports en commun.
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Début février, alors qu'elle prenait le train Paris-Melun en fin de soirée, une jeune femme de 22 ans était agressée sexuellement sans qu'aucun voyageur ne daigne lui porter assistance.


Un mois après les faits, qui avaient suscité une vive émotion dans le pays, le ministère de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie a dévoilé les résultats de son étude exploratoire sur "les violences faites aux femmes dans les transports collectifs terrestres".

Réalisée auprès d'un échantillon de 60 femmes utilisatrices des transports en Île-de-France, l'étude met en lumière le fort sentiment d'insécurité des femmes empruntant quotidiennement le bus, le tramway, le métro/RER ou le train de banlieue.


Les femmes, principales cibles des injures et insultes

Pourtant, les premiers résultats présentés par l'étude se veulent encourageants. Sur la période 2006-2010 en effet, seules 8% des violences recensées par la gendarmerie ont été commises dans les transports.


Principales utilisatrices du réseau de transports en commun en France, les femmes sont avant tout la cible de de violence verbale de la part de leurs agresseurs. Tandis que les hommes sont majoritairement victimes de coups et blessures, les femmes, elles, représentent 63% des victimes d'injures ou d'insultes. Si la majorité des atteintes envers les femmes concernent les vols, 3% des agressions peuvent être qualifiées d'abus sexuel (viols, tentatives de viols, attouchements).


Le rapport du ministère de l'Écologie prévient toutefois du manque de pertinence relatif de ces résultats. Selon certains chercheurs en effet, les violences et comportements sexistes envers les femmes (drague insistante, sifflements, commentaires sur l'apparence...) sont, de manière générale, insuffisamment prises en compte dans les statistiques officielles. L'étude rappelle également que si les femmes sont moins victimes que les hommes, c'est parce qu'elles évitent certains lieux (lignes, stations...), certaines situations et certains moments de la journée qu'elles estiment potentiellement dangereux.


6 femmes sur 10 ont peur d'être agressées dans les transports

En résulte un sentiment d'insécurité très prégnant chez les utilisatrices de transports en commun. Selon une enquête Cadre de vie et sécurité (CVS) datant de 2011, 48% des femmes interrogées seulement déclarent toujours se sentir en sécurité dans les transports contre 62% des hommes. Elles sont 20% à se déclarer parfois ou jamais en sécurité.


En Île-de-France, la différence de genre est encore plus marquée : tandis que 3 utilisateurs du métro sur 10 déclarent craindre une agression ou un vol dans les transports francilien, les femmes sont 6 sur 10 à le redouter.


Les femmes adaptent leur comportement aux transports

Face au harcèlement dont elles sont victimes, les femmes finissent par adopter un comportement type dans les transports en commun, allant de la vigilance à l'évitement. Elles n'hésitent ainsi pas à contourner les lignes réputées dangereuses, préfèrent rester sur place ou dormir chez une amie, prendre un taxi ou se faire raccompagner par un homme de leur entourage.


Les femmes qui prennent les transports, principalement en soirée, font aussi en sorte d'adapter leur tenue vestimentaire à leurs déplacements. Le but ? Éviter à tout prix d'attirer les regards, en particulier celui des hommes. Elles bannissent donc tout signe extérieur de féminité en troquant talons, jupe courte et décollé contre un pantalon, des talons plats et un sac en bandoulière.


Ces restrictions que les femmes apportent d'elles-mêmes à leur tenue montrent clairement la persistance de certains stéréotypes sexuels. L'idée de prendre le train ou le métro dans une tenue courte ou féminine "renvoie dans leur esprit à une idée reçue : la disponibilité sexuelle de la femme", souligne l'étude.

La #teufdemeuf organisée par Osez le féminisme ! contre le harcèlement dans le métro parisien.
La #teufdemeuf organisée par Osez le féminisme ! contre le harcèlement dans le métro parisien.

#TakeBackTheMetro : pour que les femmes se réapproprient les transports en commun

C'est justement pour lutter contre ce sentiment d'insécurité et de culpabilité qu'ont les femmes dans les transports qu'Osez le féminisme a lancé en octobre dernier la campagne #TakeBackTheMetro. S'inspirant de "Take Back the Night", ces marches organisées par les femmes dans les années 1970 pour revendiquer leur droit à se déplacer sans peur dans les rues de New York, les féministes effectuent régulièrement des happenings, appelés #Teufsdemeufs. Leur objectif est simple : sensibiliser les usagers du métro et les pouvoirs publics aux cas de harcèlement sexuel et permettre aux femmes de se réapproprier les transports en commun.


"Nous voulons nous réapproprier un espace où la femme est de moins en moins à sa place. Plutôt que de ne plus prendre le métro parce qu'on a peur, prenons-le ensemble pour s'y imposer. Les transports symbolisent la liberté de mouvement, c'est capital", rappelait fin octobre la porte-parole d'OLF Anne-Cécile Mailfert.