Avec Valentina Sampaio, "Vogue" célèbre la beauté transgenre pour la première fois

C'est une première pour "Vogue Paris". En choisissant d'offrir sa couverture au mannequin transgenre Valentina Sampaio, le célèbre magazine démontre qu'il est impossible d'enfermer la beauté dans des cases. Ou quand mode et bienveillance se rencontrent.
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Vogue Paris a traversé les époques et célébré les beautés qui ont marqué leur génération. Twiggy, Kate Moss, Naomi Campbell, Kendall Jenner... Se voir offrir la couverture de ce périodique si luxe et si mode est une véritable consécration. Mais pour son édition du mois de mars 2017 (en kiosques le 23 février), c'est plus qu'une rampe de lancement que Vogue offre au mannequin Valentina Sampaio, c'est une visibilité en or. Car ce top model brésilien quasi inconnu n'est pas qu'une énième bombe atomique, c'est une jeune femme transgenre. Née dans un corps de garçon, elle s'est rendue compte en grandissant que son identité ne correspondait pas à celle qui lui avait été assignée. A l'instar d'Hari Nef et d'Andreja Pejic, Valentina Sampaio incarne donc une nouvelle forme de beauté. Une beauté qui n'entre dans aucune case et qui défie les codes. Et ça, forcément, ça émeut la mode, qui n'aime rien tant que les égéries singulières.

Titrée "Beauté transgenre – Comment elles bouleversent le monde", la couverture de Vogue Paris annonce la couleur : Valentina Sampaio et les autres chamboulent notre société et sont les figures de proue d'un combat contre les clichés et les préjugés. Dans son édito, la rédactrice en chef Emmanuelle Alt ne vante pas seulement "les yeux en amande azur, le corps d'1m77 aux courbes parfaites et la poitrine au bombé tamisé" du mannequin de 22 ans, elle souligne surtout la nécessité d'offrir la couverture de Vogue à une personne transgenre :

"Rien ne la différencie de Gisele, Daria, Edie ou Anna. À un détail près. Valentina, la femme fatale, est née garçon. Un détail qu'on aimerait ne pas révéler tant il relève de l'accident dans la vie de ces femmes et tant on imagine qu'elles aimeraient l'oublier. Mais si Valentina truste la couverture de Vogue ce mois-ci, au-delà de l'évidence de ses qualités plastiques et de l'éclat de sa personnalité, c'est qu'elle incarne malgré elle un combat, séculaire et douloureux, pour ne plus être perçue comme une 'exilée du genre' ou une créature à part".

Plus de visibilité pour une meilleure acceptation

Offrir la Une de Vogue Paris à un mannequin trans est un pas en avant fondamental. Car si le magazine est lu avant tout par les passionnés de mode, cela permet néanmoins de faire entrer une minorité dans la "normalité". Vogue prend position, tord le cou aux clichés, et démontre que la différence peut être extrêmement sexy et glamour. Totalement dans l'air du temps, le magazine français rejoint ainsi d'autres publications comme Marie Claire Espagne, qui a fait poser Andreja Pejic en mars 2016, et ELLE UK, qui avait choisi Hari Nef pour son numéro de septembre de la même année. Précurseur, ELLE Brésil avait mis à l'honneur le mannequin transgenre Lea T.'s en 2011, avant de faire appel à la belle Valentina Sampaio cinq ans plus tard.

En étant reconnues par le milieu de la mode (et de la pop culture en général, voire la série Transparent), les personnes transgenres deviennent plus visibles aux yeux de la société. Pour Emmanuelle Alt, l'heure est donc à l'acceptation totale : "Le jour où une transsexuelle posera en 'une' d'un magazine et qu'il ne sera enfin plus nécessaire d'écrire un édito sur le sujet, on saura que la bataille est gagnée". A l'heure où 85% des personnes transgenres en France ont déjà souffert de transphobie et où 20% d'entre elles ont déjà fait une tentative de suicide (étude réalisée en 2014), célébrer la beauté trans n'est pas seulement nécessaire, c'est une urgence.

Egérie L'Oréal (tout comme Hari Nef), Valentina Sampaio a fait notamment parler d'elle l'année dernière en apparaissant dans un spot de pub de la marque à l'occasion de la journée de la femme. "La beauté transcende le corps, elle vient de l'âme. J'adore être une femme, c'est bon de pouvoir s'accepter et de s'aimer, de savoir ce que l'on vaut", déclare-t-elle notamment.

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