Bertrand Cantat : après l'annulation de sa tournée d'été, il invoque son "droit à la réinsertion"

Bertrand Cantat en 2014
Bertrand Cantat en 2014
Dans cette photo : Bertrand Cantat
Face à la polémique suscitée par l'annonce de sa tournée estivale, Bertrand Cantat a déclaré hier qu'il ne se produirait pas dans les festivals, mais ne renonce pas exister en tant qu'artiste. Dans un post Facebook, il invoque son "droit à la réinsertion".
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La mobilisation des militant.e.s féministes a fini par payer. Alors qu'il était annoncé comme tête d'affiche d'une dizaine de festivals cet été – notamment Les Papillons de nuit en Normandie et l'Ardèche Aluna Festival – le chanteur Bertrand Cantat renonce finalement à se produire sur scène pour "mettre fin à toutes les polémiques".

L'annonce de l'annulation de sa participation aux festivals d'été a été faite à l'AFP lundi 12 mars et fait suite à une mobilisation sans précédent de militant.e.s féministes pour que l'ex-chanteur de Noir Désir mette un terme à sa tournée promotionnelle dans toute la France pour son album Amor Fati, sorti en décembre 2017.

Condamné à huit ans de prison en 2004 pour avoir tué sa compagne Marie Trintignant l'année précédente, Bertrand Cantat avait bénéficié d'une libération conditionnelle en 2007 pour bonne conduite et entamé en 2013 un retour sur scène, d'abord avec Pascal Humbert pour le projet Détroit, puis sous son nom d'artiste propre.

Inacceptable pour les militant.e.s féministes qui, si elles conçoivent que Bertrand Cantat a payé sa dette envers société, ne peuvent accepter qu'il puisse bénéficier de la même couverture médiatique que n'importe quel artiste. Après l'indignation qu'avait provoqué en décembre la Une que consacrait le magazine Les Inrockuptibles à Bertrand Cantat, c'était désormais sa participation aux festivals estivaux qui était décriée. Face à la mobilisation, deux festivals ont pris la décision de déprogrammer sa venue : d'abord Les Escales à Saint-Nazaire, puis l'Ardèche Luna Festival, touché par les "manifestations et désistements de certains festivaliers et mécènes".

Également attendu en mai au festival des Papillons de nuit, Bertrand Cantat n'y participera finalement pas. Une pétition lancée le 18 février sur Change.org et qui a jusqu'ici recueilli près de 75 000 signatures a conduit le Conseil départemental de la Manche à se désolidariser du Festival et à suspendre sa subvention. "Au nom de valeurs sociétales que je défends, je regrette de vous confirmer que le Conseil départemental ne vous apportera pas son soutien pour l'édition du festival 2018", a écrit le président de la Manche Marc Lefèvre.

"J'ai purgé ma peine"

Finalement, "pour faire taire les polémiques", ce sont toutes ses participations aux festivals d'été que Bertrand Cantat a décidé d'annuler. Dans un message publié sur sa page Facebook lundi 12 mars, l'artiste explique comprendre "qu'être programmé dans le cadre de festivals cet été puisse poser problème, d'où ma décision de me retirer de ceux-ci. De cette manière, ces derniers n'auront plus à subir des pressions de toutes nature".

Commençant sa lettre en renouvelant sa "compassion la plus sincère, profonde et totale à la famille et aux proches de Marie" et présentant ses excuses pour la couverture des Inrockuptibles, Bertrand Cantat n'a toutefois pas l'intention de cesser sa carrière d'artiste. Regrettant la désinformation et l'instrumentalisation que "les médias" ont fait "jusqu'à l'excès" de son histoire, l'ancien leader de Noir Désir revendique aujourd'hui son "droit à exercer son métier" et celui de son public à "se rendre à ses concerts et à écouter sa musique". "J'ai payé la dette à laquelle m'a condamné la justice. J'ai purgé ma peine. Je n'ai pas bénéficié de privilèges", écrit-il. Et de conclure : "Je souhaite aujourd'hui, au même titre que n'importe quel citoyen, le droit à la réinsertion."

"Il va se faire applaudir après avoir tué"

Mais le droit à la réinsertion n'est pas le droit à l'oubli des violences qu'il a infligées à Marie Trintignant jusqu'à la mort. Ni celui du droit à être absous pour avoir entraîné la mort de sa compagne.


C'est notamment ce qu'a rappelé l'association Osez le féminisme dans un communiqué daté du 5 mars dernier. Pour ses militantes, loin d'elles l'idée de censurer Bertrand Cantat, de le réduire au silence en lui interdisant d'exercer son métier. Mais, rappellent-elles, le laisser monter sur scène, le glorifier en le mettant à la Une des magazines, c'est banaliser son passé d'homme violent qui "protège d'autres agresseurs, nourrit une amnésie coupable et couvre de mépris les femmes et leurs droits".

"Le tour de chant de Bertrand Cantat mérite peut-être d'être célébré, mais savoir qu'il a été de ces hommes qui chaque année massacrent des femmes, devrait nous prémunir de l'aduler. Loin de réclamer la censure ou l'interdiction, Osez le Féminisme ! rappelle les faits. Bertrand Cantat a tué. Et en effet cette réalité doit déranger."

Un avis que partage Nadine Trintignant. Interrogée par Léa Salamé dans l'émission "Stupéfiant !" ce lundi soir, la mère de Marie Trintignant a jugé "honteux, indécent, dégueulasse, qu'il aille sur scène". "S'il veut se réaliser en tant qu'artiste, il peut écrire pour des chanteurs, qui eux, n'ont pas tué. [...] Il va se faire applaudir après avoir tué."