Baston de Booba et Kaaris : quand la "virilité" se donne en spectacle

Booba et Kaaris à Orly
Booba et Kaaris à Orly
La rixe en mousse de Booba et Kaaris à l'aéroport d'Orly dans l'après-midi du 1er août a fait le tour des réseaux sociaux. Un spectacle pathétique qui pose des questions sur la virilité mal placée des deux rappeurs.
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Rappel des faits pour ceux qui débarquent de Mars : le mercredi 1er août aux alentours de 15h éclate une bagarre entre deux groupes d'hommes dans le hall 1 de l'aéroport d'Orly. Il s'agit des rappeurs Booba, 41 ans, et Kaaris, 38 ans, et de leur "garde rapprochée". Bilan de cette baston en public : 14 interpellations dont les deux rappeurs, des retards de vols et un magasin duty free dévasté. Les deux artistes devaient donner un concert à Barcelone le soir-même dans la soirée dans des clubs très proches.

Les vidéos de l'altercation diffusées immédiatement sur les réseaux sociaux ont donné lieux à quelques tweets assez drôles.

Alors, pour les néophytes, la guéguerre de cours d'école dure depuis plusieurs années entre les deux rappeurs Kaaris et Booba. Le premier était le protégé du deuxième. Sauf que Kaaris a pris son envol. La raison de la brouille initiale semble d'une telle futilité. C'est Booba qui la donne dans une interview aux Inrocks. Du haut niveau. "Ce mec, je l'ai fait, je l'ai modelé mais à un moment, il a refusé de se mouiller pour moi quand il y a eu les histoires de clashes avec Rohff et La Fouine. Je ne lui demandais pas de clasher en interview mais de montrer qu'il me soutenait".

Bienvenue dans ces clashes entre rappeurs qui n'en finissent pas pour savoir qui aura la plus grosse et qui pourra vendre la plus grosse virilité. Donc pour certain·e·s, cette histoire de crêpage de chignons sent bon la promo facile. Véritable mouche du coche, le rappeur Rhoff en a profité pour en rajouter une couche et traiter Booba de lâche.

C'est bon, les gars ? Vous avez mis vos coucougnettes sur la table devant la France entière ? Le monde même, en bloquant un aéroport international. C'est bien, la culture française s'exporte, la musique de Booba et de Kaaris va traverser les frontières, les journaux du monde entier en parlent. Niveau masculinité mal placée, la France est championne du monde. Entre les critiques de Balance ton porc, les "On peut plus rien dire" et les stages de masculinité de l'extrême droite, un débat sérieux sur la virilité et ce qu'est être un homme est urgent. Et cette rixe entre Booba et Kaaris pose plusieurs questions sur ce qu'est l'image "masculine".

Une des vidéos de la bagarre

Sur les plusieurs minutes que dure la bagarre, ils bousculent des passagers, dévastent un magasin en se tapant dessus avec des bouteilles de parfum. Sur l'une des vidéos qui a été diffusée sur les réseaux sociaux, c'est un gamin qui doit avoir douze ans qui filme. On entend des bébés qui pleurent dans le hall. Dès le début de la bagarre, il y a une petite fille qui ne doit pas avoir 10 ans, qui se tient juste derrière. On voit sur une autre vidéo qu'elle assiste aux premières secondes de la bagarre.

Beau spectacle qui sera ensuite diffusé en ligne et commenté par un public jeune pour savoir qui est le plus fort et quelle "team" a gagné. Sauf que l'on n'est pas dans un clip ou dans des postures de rappeurs qui restent virtuelles, mais dans la vraie vie.

A cela, on ajoute les invectives qu'ils s'envoient à la figure. "Quand on parle faut assumer, va à l'infirmerie khro" en faisant un petit geste de la main pour que Kaaris ferme sa bouche. Cours de récré level 8000. On ajoute un petit : "Bande de PD, bande de pédales", lancé par l'un des acolytes de Booba, parce que se servir des femmes pour affirmer sa mâlitude ça ne suffit pas, il faut humilier les homosexuels que l'on ne considère pas comme des hommes pour se positionner en mâle alpha. On entend un "ta grand-mère, fils de pute". Ou de la part de Booba : "J'la baise ta mère".

On n'a jamais entendu personne s'en prendre aux pères d'ailleurs. Pas très insultes sexy cool.

Dans une interview donnée aux Inrocks, Jean-Jacques Courtine professeur d'anthropologie à la Sorbonne et co-auteur d'Une Histoire de la virilité paru en 2011 explique : "Le mot "virilité" décrit le sentiment de ce qui fait l'homme dans l'homme. Historiquement, ce sentiment s'est cristallisé sur trois valeurs : d'abord la force physique ; puis le courage, l'héroïsme guerrier, le goût de la domination des autres hommes ; et enfin, la puissance sexuelle. Dès l'Antiquité, les modèles de la virilité ont été définis selon ces critères."

Pour lui, les hommes avaient auparavant un terrain d'expression de la virilité par la guerre et les batailles, schémas remis en cause depuis la génération post-Seconde Guerre mondiale. Il en conclut en citant Bernard-Henri Lévy et ses chemises ouvertes et Bernard Kouchner et son sac de riz : "Alors pourquoi ne pas penser qu'on puisse occuper une position de héros ou de guerrier dans une guerre d'images ?". Et c'est exactement ce qui vient de se produire avec cette bisbille de cours de récré : une guerre de virilité par l'image.

A la fin de la rixe, on en voit même deux torses nus, dont Booba. Exhiber ses muscles pour montrer que l'on est un gros dur ? Approuvé par Vladimir Poutine en personne qui chasse l'ours topless.

Le pompon : Booba qui regarde avec ses acolytes une vidéo de ses "exploits" juste après la baston. Du spectacle. Sa performance a-t-elle été à la hauteur ? Dans cette guéguerre relayée par téléphone portable sur les réseaux sociaux, toutes les cases de la virilité mal placée sont cochées.

En 2014, la bisbille entre les rappeurs Rhoff et Booba avait envoyé un vendeur dans le coma, lors d'une descente dans l'une des boutiques de vêtements de Booba. Cette fois-ci, à Orly, il n'y a pas eu de blessés parmi les spectateurs de cette pathétique mascarade. Les deux coqs, quant à eux, risquent 7 ans de prison pour violences volontaires.

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