Ces Chiliens se mettent au tricot pour dénoncer les stéréotypes

Au Chili, un collectif d'hommes tricote pour lutter contre les stéréotypes
Au Chili, un collectif d'hommes tricote pour lutter contre les stéréotypes
Encore et toujours considérée comme une "affaire de nanas", le tricot attire pourtant un public masculin discret mais désireux de pouvoir pratiquer cette activité sans s'attirer les moqueries de leur entourage. Au Chili, un groupe d'hommes a même lancé des ateliers publics, et ça cartonne. Tricoter pour dénoncer les stéréotypes de genre ? En voilà une idée qu'elle est bonne.
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Si on vous dit tricot, vous nous répondez : truc de mamie. Sauf que ce passe-temps rangé pendant longtemps dans la catégorie des activités désuètes n'a plus grand-chose à voir avec nos souvenirs d'enfance. Aiguilles XXL en bambou, laine ultra douce, modèles modernes et sophistiqués... le tricot c'est tendance, c'est une industrie en pleine expansion, et il n'y a qu'à faire un petit tour sur Instagram pour se rendre compte du succès de la chose. Et si le retour en force de ce hobby est une bonne nouvelle, un cliché subsiste pourtant : tricoter serait une activité purement féminine. On imagine ainsi plus facilement une réunion de copines autour d'une tasse de thé et de quelques pelotes qu'un groupe d'hommes parlant avec sérieux de la complexité du point de chevron.

C'est justement pour lutter contre ces stéréotypes qu'un collectif de tricot 100% masculin s'est lancé au Chili. Appelé "Hombres Tejedores" (les hommes qui tissent, ndlr), ce groupe d'hommes se réunit dans les rues de Santiago pour tricoter en public et montrer à tous et à toutes que cette activité est l'affaire de tous. Lancé en 2016 par Claudio Castillo, véritable passionné du tricot, ce collectif a rapidement gagné en notoriété, réunissant plus de 85 500 abonnés sur Facebook, et plus de 5 000 curieux sur Instagram. Aujourd'hui, les Hombres Tejedores proposent des ateliers un peu partout au Chili, ateliers ouverts aux hommes comme aux femmes évidemment. L'idée ? Démolir les stéréotypes "en construisant des espaces ouverts à tous, où règnent la tolérance et le respect des différences, et cela quel que soit le genre du tricoteur".

Pour pouvoir se déplacer et continuer à proposer des ateliers gratuits, le collectif a lancé fin décembre un projet de financement participatif sur le site Fondeadora. Là encore, le succès a été au rendez-vous puisqu'en 60 jours seulement, les Hombres Tejedores ont amassé 3 000 euros, soit un peu plus que leur objectif initial. En mettant à l'honneur le DIY mais aussi le partage et la bonne humeur, le groupe a réussi à séduire les habitants de Santiago, mais pas que. Le collectif s'est ainsi agrandi, et on trouve aujourd'hui des membres en Uruguay, en Argentine, ou encore en Colombie.

Le tricot, une activité qui n'a pas de genre

Alors que l'industrie des cosmétiques est en plein chamboulement, accueillant à bras ouverts des égéries transgenres et masculines pour représenter des produits de beauté typiquement féminins comme le mascara ou le fond de teint, il est intéressant de voir que la question de la diversité intéresse aussi l'univers du DIY. Non seulement le tricot permet de créer des accessoires et des tenues de ses propres mains, c'est aussi une jolie façon de faire évoluer les mentalités. Preuve que la laine et les aiguilles ne sont pas qu'une "affaire de nanas", une étude menée par Ipsos en 2007 révélait que 30% des hommes avaient déjà expérimenté le tricot, tandis qu'ils étaient 51% à désirer apprendre.

De leur côté, 47% des femmes estimaient sympathique qu'un homme tricote, et elles étaient 28% à trouver cela courageux qu'un homme ose s'affranchir du regard des autres en tricotant. "On assiste actuellement à une acceptation de leur part féminine par les hommes, qui n'hésitent à être coquets, et des pères attentifs ... Les activités sont aujourd'hui de moins en moins sexuées, et les hommes n'ont aujourd'hui plus honte d'avouer qu'ils pratiquent ou pratiqueraient volontiers le tricot, pourtant traditionnellement réservé aux femmes", détaillait alors Ipsos.

Vieille de 10 ans, cette enquête avait donc vu juste : quoi qu'en pense la société, le tricot n'a pas de genre. En plus, le tricot aide à réduire le stress et garde notre cerveau en bonne santé, et cela qu'on soit une tricoteuse ou un tricoteur. Une raison de plus pour arrêter de stigmatiser ceux qui "osent" se lancer.