Ces deux entrepreneuses ont inventé un co-fondateur pour être prises au sérieux

Penelope Gazin et Kate Dwyer, fondatrices de la société Witchsy
Penelope Gazin et Kate Dwyer, fondatrices de la société Witchsy
Deux Américaines fondatrices de la société Witchsy ont créé un associé fictif pour être prises au sérieux par leurs confrères masculins. Une stratégie qui s'est (malheureusement) révèlée très utile.
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Certains utilisent des pseudos, d'autres des avatars... Sur le net, facile de passer incognito ou d'usurper l'identité d'un personnage virtuel. Deux Américaines en ont récemment fait l'expérience. Fondatrices de la société Witchsy, un site e-commerce qui propose des créations d'artistes, Penelope Gazin et Kate Dwyer se sont inventées un associé masculin nommé Keith Mann.

Depuis sa fondation, l'entreprise basée à Los Angeles a connu un franc succès avec 200 000 dollars de vente. Les deux femmes d'affaires ont même réussi à dégager un petit bénéfice dès la première année. La raison de leur réussite ? Leur ingéniosité et leur professionnalisme, sans aucun doute. Mais malheureusement, ces qualités ne leur ont pas toujours été reconnues. "Quand j'envoyais des emails à des développeurs ou à des designers, je pouvais parfois attendre plusieurs jours avant d'avoir une réponse", a confié Kate Dwyer dans une interview donnée au site Quartz.

"Avant Keith, on nous prenait pour des idiotes"

Lorsqu'elles ont annoncé l'arrivée de leur nouvel associé masculin dans la société, les réactions ont changé du tout au tout. "Non seulement Keith avait une réponse, mais on lui demandait s'il avait besoin de quelque chose d'autre ou d'aide sur un autre sujet", raconte Kate Dwyer. En constatant ce "traitement de faveur", les deux fondatrices se sont dit "pourquoi pas continuer?". Kate Dwyer et Penelope Gazin ont poussé l'expérience jusqu'à signer tous les emails du nom de Keith et à donner des rendez-vous pour des "conf calls", avant d'annuler à la dernière minute.

Keith avait même une histoire : un homme d'affaire bienveillant et réellement désireux de soutenir le projet Witchsy, marié depuis cinq ans, heureux en ménage, et impatient d'être papa. Le congé paternité a d'ailleurs été l'argument trouvé par les deux femmes pour justifier le départ de leur associé fictif. D'après Kate Dwyer, ce petit stratagème qui a duré 6 mois a largement porté ses fruits : "Avant Keith, il était évident que personne ne nous prenait au sérieux. On nous prenait pour des idiotes".

34% de femmes représentées dans les filières technologiques à travers le monde

Si ces femmes ont décidé de poursuivre l'expérience pendant plusieurs mois, c'est parce qu'elles avaient droit à des réponses condescendantes de la part de certains développeurs dont les emails commençaient par : "Bon écoutez, les filles...". Avec Keith en revanche, le ton changeait tout de suite : "Génial Bro, brainstormons !". Comme le précisent les associées (les vraies cette fois), le sexisme n'était jamais flagrant ou exprimé comme tel, mais subtilement caché derrière des allusions très explicites.

Malheureusement, l'histoire de ces deux Américaines se révèle hautement crédible. Quand on sait qu' un employé de Google n'a pas hésité à publier une note interne dans laquelle il affirmait que les femmes n'étaient "biologiquement pas faites pour travailler dans l'informatique", on s'étonne en effet un peu moins du fait que certains hommes issus d'une profession largement représentée par la gent masculine préfèrent s'adresser directement à leurs "semblables".

Dans le monde, la féminisation des métiers scientifiques et techniques est quasiment au point mort. Ainsi, comme le rapportaient Les Echos en 2016, le pourcentage de femmes dans les métiers dits STIM (Science, Technologie, Ingénierie et Mathématiques) stagne à 34%. Par ailleurs, un rapport publié en janvier 2015 par l'Organisation internationale du travail (OIT), a révélé que seules 5% des PDG des plus grandes sociétés mondiales sont des femmes. La route vers la parité homme/femmes dans ces deux domaines s'annonce donc encore très longue.