Cyberharcelée, Marion Seclin prend la parole pour éveiller les consciences

Marion Seclin au TEDxChampsElyséesWomen
Marion Seclin au TEDxChampsElyséesWomen
L'an dernier, la comédienne Marion Seclin a été la victime d'un déferlement de haine inimaginable sur les réseaux sociaux, ce qui lui a valu le triste titre de "championne de France de cyber-harcèlement". Sur la scène du TEDxChampsÉlyséesWomen début novembre, elle est revenue sur cet épisode et nous donne les clés, à nous internautes, pour faire changer les choses.
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À quoi ça ressemble le cyber-harcèlement ? Qu'est-ce que cela fait pour une femme (ou un homme) d'être insultée, menacée de viol ou de meurtre à longueur de journée sur les réseaux sociaux, sur sa boîte mail, sur son compte Facebook ? Non pas par une personne, mais par des milliers ? Pendant des jours ? Et de se sentir impuissante face à cette vague de haine ?


Pour le savoir, il faut se pencher sur l'histoire de Marion Seclin. Vidéaste et comédienne, la jeune femme a été à l'été 2016 victime d'une campagne de cyber-harcèlement hors-norme. Parce qu'elle est une femme et qu'elle a osé publiquement donner son opinion sur le harcèlement de rue dans une vidéo réalisée pour le site MadmoiZelle, Marion Seclin a reçu plus de 40 000 messages de haine et de menaces, émis par des anonymes – les fameux trolls – retranchés derrière leur pseudonyme et leur écran d'ordinateur.

Le 3 novembre dernier, Marion Seclin était sur la scène du TEDxChampsÉlyséesWomen – dont Terrafemina était partenaire – pour parler de ce qu'elle avait vécu, de la façon dont elle avait géré ce cyber-harcèlement et ce que nous, internautes lambda, pouvions faire pour aider les personnes qui, comme elles, sont insultées en ligne.

Marion Seclin, "Championne de France de cyberharcèlement"

Des vrais gens derrière leur ordinateur

Percutante et didactique, Marion Seclin commence par s'arroger le titre de "Championne de France du cyber-harcèlement". Cela pourrait être amusant si ce n'est que les messages que Marion Seclin a reçus ne sont pas des "blagounettes" malheureuses ou des messages invitant au débat. Les 40 000 messages qu'elle a reçus sont des insultes, des menaces, dont le but était foncièrement de lui nuire, de lui faire du mal.


Et ça a fonctionné. Car, comme elle le rappelle, les messages de haine ne sont pas coincés dans un espace virtuel qui n'atteint pas la personne qui les reçoit. "Vous voulez connaître le trajet de ces messages ? De la pensée d'un vrai humain qui a tapé ces messages sur son vrai clavier par le monde virtuel pour arriver dans ma vraie vie où mes vrais yeux ont lu ces messages et où mon vrai cerveau les a compris. Il n'existe pas de monde virtuel, tout ce qui se passe en ligne se passe dans la vraie vie", explique Marion Seclin.

Le problème, rappelle-t-elle, c'est que la loi française ne permet pas de porter 40 000 fois plainte contre des internautes anonymes, dont on ne connaît rien de plus que le pseudo Twitter. "Ce n'est pas moi contre 40 000 personnes, c'est moi contre une personne plus une personne, plus une personne... J'ai pas le temps, ni l'énergie ni les moyens de porter plainte contre 40 000 pseudonymes. Vous avez déjà porté plainte contre quelqu'un ? Vous connaissez les démarches administratives pour porter plainte contre quelqu'un en France ? C'est très long contre une personne. Donc imaginez 40 000 personnes. Bon et puis j'ai pas envie de porter plainte contre X. C'est pas X qui me harcèle, ce sont de vrais gens."

Des harceleurs qui restent impunis

Comment faire alors, quand on est seule face à ce flot de haine ? Marion Seclin explique s'être sentie plus d'une fois démunie. Déjà, dans le documentaire qu'avait consacré Anaïs Condomines au cyber-harcèlement, Chroniques de l'impunité 2.0., la comédienne expliquait alors que ce qu'elle avait vécu avait influencé son comportement en ligne. "Je me suis fait plus rare sur Internet. Il n'y a pas grand-chose que je peux faire sur Internet aujourd'hui qui ne sera pas attaqué par ces gens-là. C'est devenu une guerre", analysait-elle.

Une guerre, oui, mais totalement disproportionnée, puisque les auteurs de ces injures publiques restent impunis. "J'ai bien conscience que ces gens ne se sont pas ligués contre moi. Que ce n'est pas une conspiration. Mais peu importe, c'est ça le harcèlement."

Impuissante à porter plainte contre ces milliers de harceleurs, lâchée par les réseaux sociaux où pleuvent les insultes, qui se défaussent en expliquant qu'ils ne sont que des hébergeurs, Marion Seclin explique avoir cherché "du soutien et de la solidarité". "Je me serais sentie moins seule, moins isolée, moins stigmatisée [...] Je voulais qu'on me dise que ce que je vivais, c'était pas normal, que j'avais des raisons d'en souffrir. J'avais envie qu'on arrête de me dire qu'il suffisait que je ferme les onglets pour que les 'sale pute va mourir' disparaissent. Je me suis sentie complètement désemparée."

De la cyber-bienveillance contre la haine

Il existe pourtant un moyen de lutter contre le cyber-harcèlement, rappelle Marion Seclin : ne pas rester inactif et, au flot de haine, substituer une vague de bienveillance en ligne. "Si autant de gens, sans se donner le mot, sans se liguer contre moi, ont un impact aussi puissant et négatif sur ma vie, imaginez l'impact de commentaires positifs. Si on réussit individuellement à générer des vagues de haine, logiquement on devrait réussir à générer individuellement à générer des vagues d'amour, de soutien, de bienveillance. Si on accepte qu'une poignée de gens haineux puisse avoir un tel impact sur la vie de quelqu'un, il faut prendre conscience qu'une poignée de gens bienveillants peuvent avoir un tel impact sur la vie de quelqu'un. On est maître de notre impact."


"Je vous propose juste de donner l'exemple, de communiquer votre satisfaction en ligne. Votre amour, pourquoi pas. Ou juste votre présence. De commenter, de liker, de mettre un pouce bleu et de mettre un commentaire constructif, même s'il est négatif", poursuit la jeune femme, qui conclut : "Si on crie plus fort notre satisfaction, on n'entendra plus du tout ceux qui crient leur haine."