De plus en plus de couples où la femme est la plus âgée : pourquoi c'est une bonne nouvelle

Hugh Jackman et sa femme Deborra Lee-Furness : 12 ans d'écart
Hugh Jackman et sa femme Deborra Lee-Furness : 12 ans d'écart
Vous ne trouvez aucun point commun entre Emmanuel Macron, Zlatan Ibrahimovic, Hugh Jackman et François Baroin ? Et pourtant : ils sont tous en couple avec une femme plus âgée. Et c'est suffisamment rare pour qu'on s'arrête dessus : pourquoi est-ce bon signe pour une société ?
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Si on a pris l'habitude de voir des acteurs à la cinquantaine bien tassée aligner des conquêtes de plus en plus jeunes au fur et à mesure que leurs tempes grisonnent, la réciproque est rarement vraie. Les femmes qui s'affichent avec des compagnons plus jeunes qu'elles font encore figure d'exception, même si, selon les derniers résultats d'une étude de l'Insee, cette tendance est –légèrement-en train de s'inverser.

De plus en plus de couples où la femme est plus âgée

Emmanuel Macron et sa femme Sophie : 24 ans d'écart
Emmanuel Macron et sa femme Sophie : 24 ans d'écart

En effet, l'Insee (Institut national de la statistique et des études économiques) a mené une enquête sur 40 ans afin de mieux comprendre les dynamiques qui rentrent en jeu dans la composition des couples français. Et il se trouve qu'en 1960, seuls 10% des couples formés étaient composés d'une femme plus vieille que son partenaire. Dans les années 2000, on atteint les 16%.

En 2012, parmi les couples de sexes différents mais vivant ensemble, l'homme est plus jeune dans 14% des cas, contre 56% d'hommes plus âgés que la femme, ce qui laisse 30% de couples sans écart d'âge ou presque.

Le modèle traditionnel et mondialement répandu dans lequel l'homme est plus âgé perdure donc : mais mesdames, aussi timide que soit cette progression, c'est un bon signe pour nous.

Le modèle traditionnel en déclin ?

Dita Von Teese et Louis-Marie de Castelbajac : 10 ans d'écart
Dita Von Teese et Louis-Marie de Castelbajac : 10 ans d'écart

Car traditionnellement, l'âge d'une femme est ce qui fait sa valeur : "Dans le mariage bourgeois, le seul capital de la femme était la représentation. Elle devait être jeune et belle", analyse le sociologue François de Singly pour Le Monde. C'était un moyen pour l'homme de montrer qu'il pouvait 's'offrir ce qu'il y a de mieux', un symbole de réussite sociale. Cette logique s'applique aujourd'hui à des femmes".

A la jeunesse sont associées la beauté et la fécondité, soit les deux critères traditionnels de sélection d'une partenaire pour un homme : la femme était avant tout un ventre pour assurer sa descendance et un faire-valoir pour dévoiler l'étendue de sa puissance et de sa richesse. C'est de là dont vient ce culte de la jeunesse chez les femmes : vieillir signifiait alors perdre toute "valeur marchande".

Continuer à perpétuer ce modèle est donc un signe de sexisme latent. Moins il y a de couples dominés en âge par la femme au sein d'une société, plus on peut considérer que c'est parce que celle-ci valorise encore les femmes jeunes, et baigne donc dans un machisme dépassé – ou supposé l'être, du moins. Ainsi, on peut observer grâce aux chiffres de l'Insee que les régions où l'écart moyen d'âge au sein d'un couple est le plus fort en faveur de l'homme sont également celles où les femmes sont le plus écrasées et souffrent le plus d'abus. En Afrique, par exemple, les hommes ont en moyenne 4,7 années de plus que leurs compagnes (contre 2,5 en moyenne en Europe). Et c'est aussi le pays où l'on recense le plus de cas de polygamie, de mariages précoces et de mariages arrangés.

Claire Chazal et Arnaud Lemaire : 19 ans d'écart
Claire Chazal et Arnaud Lemaire : 19 ans d'écart

L'essor en France du modèle anticonformiste du couple où la femme est plus âgée que l'homme témoigne d'une percée en matière d'égalité des genres. Cela signifie que l'on va vers un mode de pensée où la femme est considérée pour ses valeurs humaines et intellectuelles –comme l'est un homme- et pas seulement pour la profondeur de son décolleté et son absence de rides. Ces couples de femmes plus âgées qui sont avec des hommes plus jeunes contribuent à casser l'image réductrice et traditionnelle de la femme et à la mettre dans une position de domination : d'objet, elle devient sujet, force dominatrice.

Cette étude de l'Insee marque donc un progrès sociétal certain, en matière de respect des femmes et de leurs droits. Mais malheureusement, ce n'est pas pour autant qu'on va pouvoir en finir tout de suite avec cette obsession du jeunisme, que notre appareil médiatique et culturel colporte si bien et qui tourne au ridicule : récemment, l'actrice Maggie Gyllenhaal a confié à The Wrap qu'elle avait été jugée trop vieille, à 37 ans, pour jouer la maîtresse d'un homme de 55 ans. Il faut dire que dans Pretty Woman, Julia Roberts avait 22 ans, face à un Richard Gere de 40 ans... Ne serait-il pas grand temps de réhabiliter les "cougars" ?