Devrait-on s'habiller comme les hommes pour aller travailler ?

Devrait-on s'habiller comme les hommes pour aller travailler ?
Devrait-on s'habiller comme les hommes pour aller travailler ?
Pendant une semaine, la journaliste et auteure britannique Lucy Rycroft-Smith s'est habillée comme un homme pour aller travailler. Elle décrit son expérience sur le site "F World".
A lire aussi
Le 8 mars, arrêtons de travailler à 15h40 pour l'égalité salariale
News essentielles
Le 8 mars, arrêtons de travailler à 15h40 pour l'égalité...

Pour être respectées par nos confrères masculins et avoir davantage confiance en nous, devrions-nous, nous aussi, porter un costume-cravate pour aller au boulot ?

C'est la question que s'est posée Lucy Rycroft-Smith. Inspirée par "l'Octieber challenge", qui incitait les femmes à porter une cravate pendant un mois, cette auteure et journaliste pour le Guardian a décidé de pousser l'expérience un peu plus loin. Pendant un mois, elle a laissé jupes et talons hauts au vestiaire et enfilé chaque matin une tenue de travail 100% masculine. Son expérience, relatée sur le site The F World, est aussi instructive que déconcertante, du moins lors des premiers jours où elle porte un costume.

Pour la première fois, raconte-t-elle, elle expérimente la sensation d'être habillée de manière formelle tout en se sentant à l'aise dans ses vêtements. Pas de talons hauts qui font mal aux pieds, de décolleté qui embarrasse, ni de collants qui descendent pendant qu'elle marche. "Avoir l'air formelle, pour une femme, implique généralement le fait de montrer plus de chair, de porter des vêtements plus serrés et plus près du corps, des chaussures à talons, des collants, une culotte gainante, des bijoux et une coiffure compliquée. C'est une liste de choses qui me font me sentir physiquement mal à l'aise et sapent ma confiance en moi. Chaque fois que j'ai quitté la maison pour faire quelque chose de vaguement important, j'ai été mal à l'aise et plus la chose que j'avais à faire était formelle, plus je l'étais", explique Lucy Rycroft-Smith.

De l'importance fondamentale des poches

Au contraire, affirme la journaliste, le costume masculin est taillé pour apporter aux hommes qui les portent de la confiance en eux et en leurs capacités. Dès qu'elle enfile son costume trois-pièces classique, Lucy Rycroft-Smith affirme se sentir immédiatement à l'aise. "Il nous rend intelligent et élégant, mais ne serre pas, ne colle pas, ne me fait pas froncer les sourcils à l'idée qu'il pourrait être un peu plus souple, un peu plus long, un peu mieux coupé. Il est ce qu'il est."

Surtout, elle explique avoir découvert à quel point les poches sont pratiques et primordiales pour avoir confiance en soi. Alors que les tenues féminines un peu élégantes en sont quasiment toutes dépourvues (ah, ces fameuses poches en trompe-l'oeil sur les manteaux), les costumes masculins, eux, en comptent au moins quatre ou cinq. "Le duel 'sac vs poches' est un énorme démolisseur de confiance, mais aussi terriblement efficace pour tirer les femmes vers le bas. Je me souviens m'être accroupie, cherchant furieusement dans mon sac à main une carte de visite pendant que mon collègue masculin la sortait avec décontraction de sa poitrine virile comme s'il les produisait sur demande."

À présent, se réjouit Lucy Rycroft-Smith, elle peut marcher dans la rue "sans marcher de guingois à cause du poids de mon sac. Je peux en toute confiance localiser mon argent, mes clés et mon porte-monnaie car ils sont tous affectés et compartimentés dans les poches et à portée de main".

En réalité, note Lucy Rycroft-Smith, les avantages à s'habiller comme un homme pour aller travailler son innombrables : plus la peine de se décarcasser à chercher des accessoires cools et variés pour twister sa tenue. Changer de noeud de cravate suffit à "ajouter une touche et de la profondeur à mes tenues sans dépenser trop de temps ou faire trop d'effort". Plus la peine non plus de passer un temps fou à faire matcher le haut avec le bas, mais aussi avec le manteau, le sac et les chaussures.

À quand des vêtements unisexes ?

Mais le plus gros changement estime Lucy Rycroft-Smith est la façon dont les autres la regardent. Hormis un épisode déplaisant où un homme l'a harcelée dans la rue, elle dit avoir été agréablement surprise par tous les retours positifs que lui a apportés son expérience, notamment sur les réseaux sociaux où elle a raconté son aventure. "Je n'ai jamais porté de vêtements qui m'ont fait me sentir aussi à l'aise, dans lesquels il était si facile de réguler ma température et qui étaient aussi flatteurs, jamais."


Enthousiasmée par ce mois passé à porter un costume masculin – elle a même en cours de route arrêté de porter un soutien-gorge – Lucy Rycroft-Smith milite désormais pour que femmes et hommes partagent le même vestiaire. Le problème, souligne-t-elle, c'est qu'il est extrêmement difficile aujourd'hui en Grande-Bretagne de trouver des marques proposant des costumes unisexes. Heureusement, certaines griffes américaines – comme Kipper Clothiers – se sont fait les chantres du costume "gender-free" qui sied aussi bien aux femmes qu'aux hommes.

Parce que les femmes (et leur carrière) gagneraient tout à renoncer aux vêtements hyper-"féminins" mais inconfortables, Lucy Rycroft-Smith a décidé de lancer en novembre prochain le défi #NoGenderNovember. Le challenge : opter pour un look unisexe pendant un mois entier. "Nous avons le choix, hommes et femmes. Adopter des vêtements genrés est ridicule, inutile et totalement dommageable. Je refuse d'être complice de ça", conclut la journaliste.

Elle n'est d'ailleurs pas la seule à s'être interrogée sur la pertinence de porter jupes et robes au bureau. En avril 2015, la directrice artistique Matilda Kahl avait mené une expérience similaire en portant pendant une année entière le même uniforme, composé d'un pantalon noir et d'un chemisier blanc. Débarrassée de la crainte de ne pas être assez habillée ou au contraire d'être trop lookée, la jeune femme affirmait elle aussi avoir gagné en tranquillité d'esprit. "Aujourd'hui, ce n'est pas seulement que je me sens bien dans mes vêtements, c'est que je n'y pense plus du tout."