Eco-féminisme : ce village indien plante 111 arbres quand une petite fille naît

Dans un pays qui continue à célébrer la naissance des garçons, ce village fait office d'exception. A Piplantri en Inde, quand une petite fille naît, une centaine d'arbres sont plantés. Une belle tradition qui célèbre les femmes et participe à la protection de l'environnement.
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C'est un oasis de paix dans un pays où les femmes n'ont jamais été aussi en danger. Alors que l'Inde est empêtrée dans une véritable épidémie de viols (dernier scandale en date : l'agression sexuelle d'une religieuse de 75 ans) et alors que les mentalités semblent plus que jamais à la traîne, un petit village sort du lot. A Piplantri dans l'Etat du Rajasthan, les femmes sont célébrées et choyées dès le berceau. Mieux, 111 arbres sont plantés aux alentours du village à chaque naissance d'une petite fille. C'est en 2006 que Shyam Sundar Paliwal, alors chef du village, lance cette initiative. Très marqué par le décès de sa fille quelques années plus tôt, l'homme cherche un moyen d'honorer sa mémoire.

Il décide alors de mettre en place cette plantation d'arbres à chaque naissance et va même plus loin. En effet, dès qu'une petite fille voit le jour, les habitants du village et ses parents se cotisent pour lui ouvrir un compte en banque auquel elle aura accès à ses 20 ans. Les villageois donnent 21 000 roupies (soit 314 euros) et les parents 10 000 roupies (soit 150 euros). Les géniteurs signent également une déclaration sous serment et s'engagent à fournir une éducation à leur fille et à ne pas la marier avant l'âge légal.

Une tradition qui fait du bien à l'économie

En l'espace de six ans, les 8 000 habitants de Piplantri ont planté un quart de million d'arbres. Cette nouvelle tradition a même permis de relancer l'économie. En effet, les villageois cajolent leur forêt et ont semé des plantes à l'aloe vera un peu partout pour protéger les arbres des termites. Résultat ? Grâce aux récoltes, ils ont pu créer leur propre ligne de produits médicinaux. Aujourd'hui, beaucoup de personnes vivent de ce commerce. Qui plus est, Piplantri est considéré comme un village vert et a reçu le prix India's Nirmal Gram pour sa contribution à la protection de l'environnement.

Grâce à ce mode de vie sain, les problèmes de communauté ont totalement disparu. Les habitants de Piplantri affirment ainsi qu'aucune affaire judiciaire n'a été déplorée depuis au moins sept ans.

Un village qui donne l'exemple

Grâce à cette jeune tradition, une révolution se met doucement en marche au Rajasthan, un Etat connu pour sa pratique du foeticide féminin (interruption de grossesse médicale détournée pour éliminer le foetus selon son sexe, ndlr). Face à un ratio très élevé de garçons, les villages suivent l'exemple de Piplantri et célèbrent de plus en plus la naissance des petites filles. A Luhavad, un arbre est planté à chaque naissance, tandis qu'à Budania, ce sont 100 arbres qui sont plantés. Preuve que les mentalités évoluent, le chef de Budania confiait l'année dernière que les foeticides féminins sont à présent sévèrement punis. Le village est d'ailleurs le premier de l'Etat dans lequel des parents ont été jugés pour avoir eu recours à cette pratique.

Grâce à la mise en place de l'interdiction du foeticide féminin, le nombre de filles a augmenté au Rajasthan. Alors qu'en 2011, elles étaient 895 pour 1 000 garçons, un recensement mené en 2013 montre qu'elles sont à présent 920. Mais l'éco-féminisme de Piplantri s'importera-t-il jusqu'aux portes des grandes villes ? Pour rappel, en Inde les femmes vivent un véritable calvaire. Le nombre d'affaires de violences sexuelles est en perpétuel augmentation. Ainsi, une femme est violée toutes les 22 minutes et une sur trois à moins de 18 ans. A New Delhi, le nombre de viols a augmenté de près d'un tiers en 2014 (2 069 affaires enregistrées contre 1 571 sur l'année précédente, hausse de 31,6%).

Mais si les mentalités ont beaucoup de mal à évoluer, la population féminine, elle, commence à reprendre le contrôle. Agressée sexuellement dans un avion en février dernier, une jeune femme n'avait pas hésité à riposter avec force, tandis que quelques mois avant, ce sont deux soeurs qui avaient été érigées en héroïnes pour s'être défendues avec beaucoup de courage contre leurs agresseurs dans un bus. Enfin, même s'il y a encore beaucoup de travail, les autorités ont décidé de durcir la législation.