Et si les "cools" du collège étaient les losers d'aujourd'hui ?

Et si les cool du lycée étaient les losers d'aujourd'hui... et inversement ?
Et si les cool du lycée étaient les losers d'aujourd'hui... et inversement ?
Au collège, la hiérarchie sociale régissait clairement notre vie de l'époque. Les populaires avaient tous les droits et les ringards aux bagues (moi, donc) pouvaient bien se brosser pour se retrouver en début de queue à la cantine. Quinze ans plus tard, on fait le bilan, sourire (narquois) aux lèvres.
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A 13 ans, j'étais une grosse ringarde.

Au-delà d'un style approximatif qui alternait entre pantalons trop courts et chaussettes à rayures rouges et noires, je misais aussi sur un maquillage intense et pas vraiment adapté à mon minois. J'avais le bon goût de m'entourer les yeux d'un khôl aussi noir qu'épais qui, à défaut de faire ressortir la minuscule tache verte dans mes yeux franchement marron, rétrécissait mon regard pour donner encore plus d'importance à mon nez – ce petit bat**d ayant décidé de grandir avant le reste de mon visage.

Je portais des bagues depuis un an et demi alors que l'orthodontiste m'avait promis 9 mois, j'étais (trop) grande et j'admets que ma brosse à cheveux et moi-même n'avions pas encore noué de liens indéfectibles. Un bon terrain pour passer quatre ans à se prendre des commentaires acerbes, en somme.

J'étais aussi une ringarde sociale. Une vraie loseuse qui ne comprenait pas tellement les codes de ce cycle secondaire arrivé trop tôt (je suis de fin d'année), et qui s'est retrouvée encore enfant à côté de filles du même âge qui ressemblaient déjà à Angelina Jolie. Le physique ne fait clairement pas tout aujourd'hui mais, à l'époque, c'était le premier critère pour accéder au Graal du clan des populaires : ce petit groupe de collégien·nes un peu mieux loti·es physiquement que le reste, avec de plus belles fringues et un culot encore jamais vu.

Des personnes proclamées "cool" qui avaient saisi que se révolter était bien vu. Certaines n'étaient pas vraiment méchantes, beaucoup pas vraiment gentilles.

Je ne comprenais pas les codes aussi parce qu'ils ne m'intéressaient pas. Je n'écoutais pas la "bonne" musique, je ne regardais pas les "bonnes" émissions à la télé. En gros, je préférais The Kooks à Eminem et C'est pas sorcier aux clips de MCM. Aucune condescendance, juste des centres d'intérêts différents de la plupart de mes camarades. J'ai eu la chance d'avoir une famille qui aimait parler de tout et nous emmener en voyage, et c'est ce qui a éveillé ma curiosité.

Heureusement, je me suis quand même trouvé des acolytes dans ma bizarrerie. De très bons camarades avec qui écouter du rock des années 2000 et faire des expériences chez le coiffeur, rêver de garçons qui ne nous voyaient pas (mais alors pas) du tout et raconter notre vie sur Skyblog. Un cocon d'amitié nécessaire et, contrairement aux liens de l'époque avec ma brosse à cheveux, indéfectible - même encore aujourd'hui.

Mais alors, que sont devenues les terreurs qui régnaient sur le collège Jean Monnet façon Regina George sur North Shore High ? Avaient-elles vraiment tout compris et surtout, sont-elles réellement parties avec une longueur d'avance dans la vie ?

Quand je fais le bilan, des quatre nanas et des trois mecs qui faisaient la loi à coup de méchanceté et de moqueries, deux sont passés par la case prison (vérité vraie), une autre a eu son troisième bébé à 22 ans et les dernier·es ne sont jamais allé·es au-delà d'un périmètre de 100 km de leur maison familiale.

D'accord, c'est dur. Mais je ne fais que relater les faits.

Celles et ceux qui, à l'époque, n'avaient d'intérêt que pour leur petite personne n'ont pas forcément su évoluer, ni s'adapter. Celles et ceux qui étaient si confortables dans ce microcosme adolescent et qui ont trop vite pu franchir les limites de jeunes adultes (sortir, boire, fumer), n'ont finalement pas été préparé·es à affronter la vraie vie, celle qui demande de se démarquer autrement que par son statut dans la hiérarchie sociale scolaire. Ou qui ne considère pas la rébellion comme une marque de résistance suscitant le respect.

Si tous les "cool" ne se sont clairement pas transformé·es en délinquant·es, ni eu beaucoup d'enfants très jeunes, ce schéma d'inversement de la popularité avec l'âge semble quand même coller aux basques de pas mal d'établissements.

Dans une étude réalisée sur un groupe d'Américains suivis de 13 à 23 ans, des scientifiques ont remarqué que le comportement rebelle et l'autorité usée à outrance "remplacent les efforts que ces élèves doivent fournir pour développer des aptitudes sociales positives et des amitiés solides, et les rendront moins matures et compétents socialement dans leur vie d'adulte." Toujours selon les chercheur·ses, les ados qui restent dans leur monde d'enfant plus longtemps et ne se laissent pas distraire de leurs passions, aussi éloignées du moule qu'elles soient, s'épanouiraient davantage plus tard.

On pense aux geeks qui étaient pointé·es du doigt à l'époque et bossent maintenant chez Google, Facebook voire à la DGSE. Aux élèves timides qui ont dû travailler leur personnalité, leur humour et leur capacité d'adaptation car peu à l'aise pendant ces années-là, et qui mènent aujourd'hui la vie qui leur plaît (journaliste à Paris, par exemple) avec sérénité.

Au final, il n'y a pas beaucoup de différences entre un lycée américain (fictif ou non) et un collège d'une petite ville de Haute-Savoie. La vie ressemble à une marre. Il y a les gros poissons qui prennent toute la place, les petits poissons qui se fondent dans la masse, et les grenouilles qui, même si elles ne savent pas respirer sous l'eau, plongent quand même le temps nécessaire. Le tout, c'est de savoir que ça ne dure pas – et qu'on ne passera pas sa vie à bouffer des mouches.

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