Harvey Weinstein : pourquoi Woody Allen a perdu une occasion de se taire

Harvey Weinstein et Woody Allen en 2008 à Los Angeles.
Harvey Weinstein et Woody Allen en 2008 à Los Angeles.
Woody Allen s'est dit "triste" pour le producteur américain Harvey Weinstein, accusé par plusieurs personnalités d'agressions sexuelles et a jugé "tragique" la situation de ces femmes. Une prise de position plutôt fébrile pour celui qui a lui-même été accusé d'agression sexuelle sur sa fille adoptive.
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La sordide affaire de Harvey Weinstein, célèbre producteur américain accusé par plusieurs personnalités féminines de harcèlement, agressions sexuelles et viol, continue de faire réagir les grands de l'industrie cinématographique. Dans une interview accordée à la BBC, Woody Allen a qualifié cette affaire de "très triste pour tout le monde". "C'est tragique pour les pauvres femmes qui se sont retrouvées impliquées, triste pour Harvey dont la vie est tellement bouleversée", a déclaré le quadruple Oscar du meilleur réalisateur. Et de poursuivre : "Il n'y a pas de gagnants là-dedans, c'est juste très, très triste et tragique pour ces pauvres femmes qui ont dû traverser tout ça".

Harvey Weinstein, Letty Aronson, Soon Yi Previn et Woody Allen à l'hôtel Martinez en mai 2008, à Los Angeles.
Harvey Weinstein, Letty Aronson, Soon Yi Previn et Woody Allen à l'hôtel Martinez en mai 2008, à Los Angeles.

La déclaration de trop

Même si Woody Allen et Harvey Weinstein ont déjà travaillé ensemble, le réalisateur a affirmé ne pas avoir eu vent de son attitude perverse à l'égard de plusieurs actrices. "On entend un million de rumeurs fantaisistes tout le temps. Certaines s'avèrent être vraies et certaines – beaucoup - sont justes des histoires sur telle actrice ou tel acteur", a-t-il expliqué.

Woody Allen a dit espérer que cette affaire apporte des "améliorations" sur le traitement des femmes dans l'industrie cinématographique et met en garde contre le risque le créer "une chasse aux sorcières". "Si chaque homme qui fait un clin d'oeil dans son bureau à une femme doit soudain appeler un avocat pour le défendre, ce n'est pas bon non plus". Boum, une occasion de se taire pour celui qui, dans les années 90, avait été accusé d'agression sexuelle sur sa fille adoptive Dylan Farrow. A l'époque, le juge et les services sociaux avaient fini par conclure que ces accusations, révélées au moment d'une bataille judiciaire pour la garde des enfants du réalisateur et de sa femme Mia Farrow, étaient "non concluantes". Mais Dylan Farrow avait réitéré ses accusations dans une lettre ouverte publiée dans le New York Times en 2015. Des propos alors qualifiés par Woody Allen de "faux et honteux".

Les déclarations faites par le réalisateur sur l'affaire Weinstein n'ont pas laissé les internautes de marbre. Beaucoup d'entre eux ont justement jugé indécent que le réalisateur, lui-même en porte-à-faux dans une affaire d'agression sexuelle (et marié à une autre fille adoptive de son ex-femme), ose prendre la parole.

Weinstein bientôt destitué de la Légion d'honneur

"Tragique" comme le dit Allen, cette affaire en a tous les paramètres. Elle résume l'histoire d'un magnat du cinéma ultra-puissant, qui grâce à son pouvoir, pensait pouvoir assouvir ses délires pervers et misogynes en harcelant et agressant une quinzaine de femmes, en toute impunité. Harvey Weinstein avait d'ailleurs déclaré lors des premières révélations de Rose McGowan et Ashley Judd, avoir "grandi dans les années 60 et 70, quand toutes les règles sur le comportement et les lieux de travail étaient différentes". Depuis, Angelina Jolie, Gwyneth Paltrow, Cara Delevingne, Judith Godrèche, Emma de Caunes, Asia Argento, Lucia Evans, Romola Garai, ou encore Rosanna Arquette, ont également brisé le silence et dénoncé le comportement du producteur.

Emmanuel Macron a succédé à Hillary Clinton et au couple Obama, en condamnant fermement les agissements de Weinstein. Le président de la République a annoncé ce dimanche (15 octobre), lors de sa première interview télévisée diffusée sur TF1, que des démarches avaient été lancées pour destituer le producteur de la Légion d'honneur. Une décision saluée sur Twitter par l'actrice Rose McGowan.

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