L'avortement sera-t-il interdit par le président Trump ?

Donald Trump président : quelles conséquences pour les droits des femmes ?
Donald Trump président : quelles conséquences pour les droits des femmes ?
En attendant l'investiture officielle de Trump, le 20 janvier 2017, les femmes s'inquiètent du sort qui leur sera réservé, notamment en matière d'avortement. Et elles montent d'ores et déjà au créneau pour défendre leurs droits.
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La victoire du monstre de misogynie et néophyte politique qu'est Trump sur l'avocate Clinton est éminemment symbolique. Et si elle est aussi amère et douloureuse, c'est parce qu'elle ne signe pas seulement la fin des aspirations politiques d'Hillary, mais aussi la mort de l'espoir pour toutes celles qui pensaient que les Etats-Unis étaient prêts à accueillir une femme à la Maison Blanche ailleurs que dans l'aile est (réservée aux Premières dames). Alors que le pays tout entier s'apprêtait à fêter la fin du plus haut plafond de verre, il pleure désormais l'ère où il pensait encore que le rêve américain ne pouvait pas tourner au cauchemar.

Et après la claque de sa victoire, les femmes attendent avec angoisse l'investiture de Donald Trump pour mesurer l'ampleur des dégâts à venir. Il faut dire qu'elles ont de quoi s'inquiéter : le mépris affiché par le candidat républicain à l'égard des femmes tout au long de sa campagne ne laisse aucune place au doute, son mandat ne sera pas celui du progrès de la cause féminine. L'une de ses premières déclarations de campagne avait d'ailleurs été d'affirmer la nécessité de "punir" les femmes qui avortent, avant d'ajouter qu'il ferait annuler la loi légalisant l'avortement aux Etats-Unis. Après avoir tremblé pour la Pologne, serait-ce pour le droit à l'avortement aux Etats-Unis, première puissance du monde, que nous devrions nous inquiéter ?

Une remise en question de l'arrêt légalisant l'avortement

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Pour "rendre à l'Amérique sa grandeur", selon le slogan de campagne du candidat du GOP, M. Trump a visiblement l'intention de la traîner dans les années 60, une charmante époque où les Etats-Unis fleuraient bon le racisme, les violences du Khu Klux Klan et un sexisme éhonté. Sa misogynie affichée, ses rodomontades sur les femmes qu'il agresse sexuellement, laissaient déjà présager le pire. Mais la menace qui pèse sur les femmes ne cesse de se concrétiser et de s'accroître. En effet, Trump a affirmé qu'il ferait annuler l'arrêt Roe v. Wade, rendu par la Cour Suprême en 1973 et qui a reconnu l'avortement comme un droit constitutionnel, invalidant les lois qui l'interdisent ou le limitent.

La Cour Suprême est l'organe judiciaire chargé de vérifier la constitutionnalité des lois des Etats : c'est en quelque sorte l'interprète définitif de la Constitution, le coeur des lois fédérales, que tous les Etats doivent respecter. Depuis sa création en 1865, elle fonctionne en s'appuyant sur neuf juges, nommés à vie par le président avec l'appui du Parlement. Or, actuellement, cinq de ces juges sont pro-avortement tandis que 3 sont anti-IVG. C'est à Donald Trump de nommer le remplaçant du dernier juge, le défunt Antonin Scalia, et il a déjà annoncé sa décision de nominer un juge contre le droit à l'avortement.

"Cela restaurerait quasiment le statu quo de la Cour", a souligné le site The Cut. Il n'y a donc plus qu'un frêle garde-fou entre Donald Trump et les droits des femmes : il suffirait qu'un des cinq juges pro-IVG quitte son poste pour que le républicain ait tout loisir de rendre l'avortement illégal aux Etats-Unis.

"Cela pourrait avoir des conséquences tragiques"

Trump et Pence : la coalition qui fait peur aux femmes
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Si cela devait arriver, l'Amérique deviendrait alors "une carte en patchwork" du droit à l'avortement, comme le souligne un rapport de The Associated Press. Les Etats les plus progressifs, comme ceux du Nord-est ou de la côte Pacifique, le protégeraient sûrement. Mais les autres auraient tout loisir de l'interdire ou de le restreindre (en le limitant par exemple à la mise en danger de la vie de la mère), en forçant les femmes à traverser plusieurs Etats pour subir une IVG. En effet, dans une interview avec 60 Minutes après son élection, lorsque Lesley Stahl lui a demandé comment devraient alors faire celles qui seront bloquées dans des Etats prohibant l'avortement, le nouveau président élu a balayé le problème d'un revers de la main : "Et bien, elles devront peut-être partir, aller dans un autre Etat".

Sauf que peu de femmes, ou encore pire, d'adolescentes, pourront s'offrir un petit roadtrip à travers le pays pour aller se faire avorter. "Pour une immense majorité, cela sera rigoureusement infaisable. Et cette impossibilité pourrait avoir des conséquences tragiques", confie Nancy Northup, la présidente du Center for Reproductive Rights avec angoisse. Les Etats-Unis verraient le nombre d'avortements clandestins exploser, avec les immenses risques qu'ils impliquent pour la santé des femmes. Jeter sur les routes des femmes qui payent simplement leur liberté de choix est un terrible pas en arrière, mais c'est visiblement un pas que le gouvernement Trump n'hésitera pas à faire, vu son entourage.

En effet, le vice-président de Trump, Mike Pence, est connu pour sa très forte opposition à l'avortement. Lorsqu'il était gouverneur de l'Indiana en 2013, il a fait appliquer une loi sur l'avortement parmi les plus restrictives du pays, qui interdit notamment l'IVG pour malformation du foetus ou de maladie génétique (comme la trisomie 21 par exemple) et stipule que les foetus doivent être obligatoirement incinérés ou enterrés, une pratique à visée très culpabilisante pour les femmes. En 2011, le plus conservateur des membres du Congrès avait mené une action violente contre le Planning Familial, en s'opposant à sa subvention. Allié à Trump, il y a de quoi prendre peur.

Les Américaines montent au créneau pour conserver leurs droits

Les femmes se battent pour protéger leurs droits
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Mais c'est sans compter sur la résistance des Américaines, qui se mobilisent pour empêcher Trump et ses acolytes d'égratigner leurs droits et leur dignité. Comme Vicki Saporta, la présidente de la Fédération Nationale pour l'Avortement, l'a expliqué au Washington Post, "Ce n'est pas si évident que ça d'annuler Roe. Les femmes de ce pays ne se laisseront pas faire". Et elles n'ont pas attendu l'investiture pour entrer en résistance. Des artistes féminines ont décidé de reverser les bénéfices de la vente de leurs oeuvres au Planning Familial, qui demeure tout à la fois l'emblème et la figure de proue du combat pour les droits des femmes. Ainsi, Leah Goren, une peintre vivant à Brooklyn, New York, a posté un message sur Instagram dans lequel elle explique qu'elle versera tout l'argent récolté pour ses tableaux Underwear Dancing à l'organisme : "Je sais que ce n'est pas la réponse à notre problème, mais au moins, c'est quelque chose", a-t-elle écrit. Elle a depuis été suivie par de nombreuses artistes, qui se servent de l'art comme moyen de faire entendre leurs voix.

Les Américaines ont également trouvé une bien jolie manière de protester : avec humour. Pour soutenir la lutte pour le droit des femmes et protester symboliquement contre les projets de Trump concernant leurs utérus, les femmes se sont mises à faire des dons au Planning Familial... au nom de Mike Pence. En effet, on peut dédier sa donation à "quelqu'un de spécial", qui en est notifié et reçoit un certificat. Beaucoup de femmes ont vu là une belle occasion de se moquer du colistier réactionnaire de Trump en se rendant utiles : la présidente du Planning Familial, Cecile Richards, a confié à The Atlantic qu'ils avaient reçu "une vague sans précédent de soutien depuis l'élection", avec "près de 200 000 donations au nom de Mike Pence". Dont ceux de Katy Perry, Amy Schuer et Amber Rose, qui montrent l'exemple en s'engageant pour la liberté des femmes. Yes, they can.