L'interview girl power de Chantal Thomass

La créatrice de lingerie Chantal Thomass en 2016 au Crazy Horse
La créatrice de lingerie Chantal Thomass en 2016 au Crazy Horse
Une collection où se mêlent glamour, dentelle de Calais, broderies raffinées et... Thermolactyl. La créatrice Chantal Thomass ose, expérimente et cela l'amuse follement. A l'occasion de la présentation de sa ligne de prêt-à-porter élaborée pour Damart, la papesse française de la lingerie a répondu à nos questions.
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Son carré noir iconique hante la fashionsphère depuis plus de 45 ans. A une époque où l'on copiait le look boyish de Birkin, Chantal Thomass s'est risquée à lancer sa marque de lingerie esprit boudoir. Ses bustiers sexy, ses froufous, ses porte-jarretelles bousculent les codes. Avec elle, la culotte et le soutien-gorge se dévoilent, s'exposent de façon friponne et deviennent de véritables accessoires de mode. Cette année, parce qu'elle n'aime rien tant que chahuter les modes, la créatrice se lance pour la deuxième fois consécutive dans une collaboration avec la marque Damart dont elle aime "les matières très douces, très modernes". Le prêt-à-porter lui manquait, "cela me faisait plaisir de le faire". Entre un coup de fil et un post instagram, la styliste a accepté de répondre à notre interview "Girl Power".

Vous considérez-vous comme féministe ?

Oui ! Et je pense qu'on peut être féministe et féminine, ce n'est pas contradictoire.

Vous avez déclaré : "On expose ses dessous pour montrer sa liberté".

Je trouve qu'être féminine, mettre son corps en valeur, ça n'a rien de choquant. Moi ce qui me choque ces derniers temps, c'est la pudeur des femmes sur les plages. Il y a 15-20 ans, nous étions toutes en topless et cela ne gênait personne. Maintenant, tout à coup, on dirait que les seins, c'est choquant. Mettre son corps en valeur avec de la jolie lingerie et de jolis vêtement, pourquoi pas si cela nous fait plaisir ? La lingerie est pour moi un accessoire de mode. Ce n'est pas quelque chose d'érotique fait pour les hommes.

Vous avez été la première à faire défiler la femme en lingerie à une époque où on ne portait pas de soutien-gorge.

Cela a un peu fait réagir, mais j'étais de la génération d'après les féministes. Quand je suis arrivée, le boulot était fait (rires). D'ailleurs, quand j'allais aux Etats-Unis lorsque j'avais 20 ans, il fallait avoir des poils sur les jambes, des poils sous les bras. En France, cela n'a jamais été aussi fort. Mais moi-même, je n'ai jamais porté de soutien-gorge lorsque j'avais 18 ans. C'était ringard à l'époque, sauf si on avait une grosse poitrine et qu'on n'avait pas le choix. C'était à la mode d'avoir les petits seins à l'air sous le T-shirt, comme Jane Birkin. J'ai toujours feuilleté les vieux magazines des années 20-30-40-50, j'adorais les pin-ups américaines et je me disais que c'était quand même dommage qu'on se prive de cette belle lingerie.

Le corset est pourtant associé à la contrainte. Et cela n'a pas choqué ?

Non, parce que je le présentais avec une chemise blanche par exemple, comme un gilet. Je n'ai eu qu'une seule fois un problème avec les féministes : 20 ans après mes débuts, en 1998, lorsque j'ai fait les vitrines aux Galeries Lafayette (Chantal Thomass avait mis en scène des modèles vivants dans les vitrines, provoquant une vague de protestation- ndlr). J'ai été attaquée et cela m'a beaucoup étonnée parce que c'était l'époque du porno-chic et je trouvais que mes vitrines étaient soft à côté de ça.

Carla Bruni défile pour Chantal Thomass à la Fashion Week de Paris en 1990 à Paris
Carla Bruni défile pour Chantal Thomass à la Fashion Week de Paris en 1990 à Paris

Qu'est-ce qui vous révolte aujourd'hui en tant que femme ?

Que les femmes ne soient toujours pas autant payées que les hommes. Et que trop de femmes soient réduites à faire des enfants, rester chez elles et faire le ménage, il y en a encore ! Je ne suis pas fanatique non plus du voile... Pour moi, une femme doit être libre de ses mouvements et on ne peut pas être complètement libre de ses mouvements quand on a un bazar sur le dos.

Votre dernier moment badass ?

Je bataille toujours. Par exemple, lorsqu'on fait une collection, il y a toujours quelque chose qui me plaît énormément, mais qui est très pointu et parfois plus difficile à vendre, moins "commercial". Et je me bagarre pour l'imposer.

Les trois femmes qui vous ont le plus inspirée dans votre vie ?

Marlene Dietrich qui a été la première à porter des costumes d'homme et des smokings, bien avant Saint Laurent. Louise Books, qui était une sacrée rebelle dans les années 20 et pour sa coiffure aussi. Joséphine Baker, parce que c'était une femme libre.

L'héroïne de fiction que vous adoriez enfant ?

La Belle au Bois dormant. Et il y a aussi Dorothy dans Le magicien d'Oz que j'ai d'ailleurs montré à ma fille quand elle était petite.

La femme qui vous a le plus inspirée depuis le début de l'année ?

Mireille Darc (décédée quelques jours avant cette interview- Ndlr) parce que c'était quelqu'un que je croisais régulièrement depuis plusieurs années, qui était très courageuse, généreuse, chaleureuse. Elle était très complète. C'était une femme formidable. Mais il y en a tant d'autres...

Quelle est la chanson que vous écoutez pour vous booster ?

Dans ma voiture, j'écoute Michael Jackson, " Hotel California " des Eagles, les Rolling Stones. Je danse tout le temps dans ma voiture !

Votre citation préférée pour vous motiver ?

"La vie, c'est comme une bicyclette : il faut avancer pour ne pas perdre l'équilibre", Albert Einstein. Je l'ai postée sur mon Instagram !

 

 

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Disponible dès novembre 2017 dans les magasins de Damart et sur le site damart.fr

Collection de prêt-à-porter Chantal Thomass pour Damart
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