"Les nouvelles aventures de Sabrina" : pourquoi on aime le reboot féministe

Les nouvelles aventures de Sabrina
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La série "Les Nouvelles Aventures de Sabrina" met en scène une héroïne plus sombre, plus engagée et plus actuelle que jamais. Et en prime, le scénario tient la route. Voici les bonnes raisons de binge-watcher la nouvelle création de Netflix.
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On se rappelle de nos après-midis d'ado à regarder Sabrina, l'apprentie sorcière sur France 2, la série américaine gentillette qui racontait les aventures d'une jeune fille en pleine dualité entre sa vie de sortilèges et son quotidien de mortelle avec son copain Harvey, notamment.

Rien ne faisait vraiment peur, la série était principalement axée sur des problèmes de coeur ou de fringues, et il y avait même eu un épisode avec Britney Spears. On avait 13 ans, c'est à peu près tout ce qu'on demandait à l'époque. Seule excentricité délicieuse : Salem, le chat parlant qui nous a introduite au sarcasme avec talent.

Le 26 octobre dernier, la nouvelle Sabrina Spellman a débarqué sur Netflix. La plateforme de streaming avait commencé à en faire la promo il y a quelques mois et on se demandait bien ce qui pouvait se cacher derrière cette énigmatique nouvelle héroïne (jouée par Kiernan Shipka, l'ex-Sally Draper de Mad Men). Aujourd'hui, on a la réponse. On a englouti la moitié de la première saison en une journée et on peut le dire : le remake est clairement réussi. Et surtout, il n'a plus rien à voir avec l'original.

Visuellement, ce qui nous saisit dès les premières secondes, c'est l'atmosphère très sombre du décor. Sabrina n'habite plus dans un joli pavillon blanc mais dans une baraque glaçante qui sert aussi de mortuaire à ses tantes Hilda (Lucy Davis), Zelda (Miranda Otto, l'Eowyn du Seigneur des Anneaux) et à son cousin Ambrose (Chance Perdono), croque-morts de profession.

Ils vivent à Greendale, une bourgade en pleine forêt qui, apprend-on rapidement, fut responsable de la pendaison de treize sorcières au XVIIe. Une ville limitrophe de Riverdale, où se passe la série Netflix éponyme également tirée des Archie Comics, et dont les producteurs signent Sabrina - et on l'espère un prochain cross-over.

Chez les Spellmans, les portes grincent, les chauve-souris brisent les fenêtres et la mort n'a pas vraiment la même valeur puisque ressusciter semble une pratique courante chez les sorciers. Les démons aussi, squattent l'écran, ce qui ajoute à l'univers flippant mais addictif de la première partie en dix épisodes.

Les Nouvelles Aventures de Sabrina, sur Netflix.
Les Nouvelles Aventures de Sabrina, sur Netflix.

Le scénario a subi quelques changements depuis la première version. Bien sûr, il y a toujours l'éternelle question de quel monde choisir : celui des mortels avec ses proches (dont Harvey, encore) ou du Dark Lord avec le pouvoir. Mais dans cette version, on en apprend plus sur ses parents, les craintes des personnages, leur essence. Le monde de la Nuit est vraiment obscur, celui de la Lumière pas vraiment bon.

Ce qui fait surtout des Nouvelles Aventures de Sabrina une série moderne et importante, c'est la façon dont elle traite les sujets d'actualité avec engagement et évidence. Sabrina Spellman est féministe, et ça va de soi.

Une série (fièrement) féministe et un casting (vraiment) diversifié

Dans le premier épisode, son amie Suzie (Lachlan Watson) est agressée sexuellement par une équipe de sportifs américains comme on en voit des dizaines par rom-coms, qui veulent savoir "si elle a des seins". Suzie est androgyne, ça dérange les idiots. Mais au lieu d'évoquer son identité une seule seconde ou de donner raison au principal Hawthorne qui suggère qu'elle change d'école, l'héroïne réagit en créant un groupe de femmes qui protègent les femmes - et donne une bonne leçon aux harceleurs.

Car elle s'en fout particulièrement de mettre une étiquette sur Suzie. Ce qui importe, c'est qu'elle soit en sécurité.

La sororité s'impose dans chaque scène de ce remake où les rôles féminins de qualité ne manquent pas. Outre Sabrina, Suzie et les tantes de la première, on retrouve trois soeurs sorcières et légèrement psychopathes, Madame Wardwell (Michelle Gomez), professeure possédée et cruellement cynique, et Roz (Jaz Sinclair), autre amie proche de notre protagoniste.

La diversité bien présente fait aussi un sort aux anciens épisodes. Il n'est plus question d'un seul personnage de couleur relégué au second plan parmi une foule de Blancs, mais de protagonistes principaux, forts et qui possèdent de multiples facettes. Ambrose par exemple, le cousin Spellman afro-britannique assigné à résidence, est l'allié numéro un de Sabrina dans ce monde de magie noire, et se tape accessoirement l'ancien petit copain d'un défunt qu'il embaume. Son homosexualité, d'ailleurs, ne devient pas un sujet.

Il aime les hommes comme Sabrina aime Harvey (Ross Lynch), et ça s'arrête là. Sa personnalité, son passé, son humour, en revanche, sont exploités pour offrir au scénario davantage de profondeur. Pareil pour Prudence (Tati Gabrielle), l'une des sorcières psychopathes et Roz, afro-américaines. Des personnages complexes qui brillent à l'écran.

Alors pour toutes ces raisons, un scénario qui tient la route et une bonne dose d'effets spéciaux à ne pas dormir la nuit (j'avoue), Les Nouvelles Aventures de Sabrina pourraient bien remporter le prix de meilleure série de la rentrée. Seule déception : que Salem ne parle pas. On se consolera avec la bande-son rock, la cerise sur le gâteau.

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