Les tampons devraient-il comporter un avertissement comme les paquets de cigarettes ?

Les tampons devraient-il comporter un avertissement comme les paquets de cigarettes ?
Les tampons devraient-il comporter un avertissement comme les paquets de cigarettes ?
Lauren Wasser, une mannequin américaine, a perdu sa jambe à l'âge de 24 ans à cause du syndrome du choc toxique, contracté suite au port prolongé d'un tampon. Depuis, elle se bat pour que son histoire ne se reproduise pas.
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Lorsqu'elle avait 24 ans, Lauren Wasser avait tout pour elle. Fille de deux mannequins, ayant hérité des gènes de ses parents, elle était elle-même dans l'industrie depuis toute petite puisqu'elle est apparue en couverture de Vogue Italie alors qu'elle n'avait que deux ans. Aujourd'hui adulte, en plus d'avoir une carrière florissante, elle était aussi passionnée de basketball et passait son temps entre les podiums et le cours de basket. Malheureusement, une tragédie, racontée en détails sur Vice , est venue se mettre en travers de son chemin, menaçant de tout interrompre brusquement du jour au lendemain.

Une vie qui bascule à cause d'un tampon

Un jour, alors qu'elle avait ses règles, Lauren a fait comme chaque mois : elle est allée s'acheter une boîte de tampons de la marque Kotex, et s'est assurée de les changer matin, midi et soir, comme conseillé sur la notice. Mais un soir, elle commence à se sentir mal. Plutôt que de pousser le bouchon, elle choisit de rentrer se reposer, pensant être victime d'un virus tout bête comme celui de la grippe. Le lendemain, elle est retrouvée au pied de son lit par la police, envoyée par sa mère, avec 41°C de fièvre. Si la police était arrivée dix minutes plus tard, elle serait morte.

En plus de la fièvre, tous les organes internes de Lauren avaient commencé à lâcher - elle a d'ailleurs subi une grosse attaque cardiaque. Une fois à l'hôpital, les médecins peinent à la réanimer, jusqu'à ce qu'ils appellent un spécialiste des maladies infectieuses qui posent immédiatement la question qui sauvera la vie de Laurent : "Est-ce qu'elle porte un tampon ?". Le tampon est retiré puis envoyé au labo qui confirme la théorie du spécialiste : Lauren Wasser souffre du syndrome du choc toxique.

Son infection ayant muté en gangrène, les médecins n'ont pas réussi à sauver sa jambe droite, qui devra être amputée sous le genou.

Le Syndrome du Choc Toxique, c'est quoi ?

Le syndrome du choc toxique (SCT) est une maladie infectieuse rare, qui touche environ 1 personne sur 100 000 et qui est causée par une toxine bactérienne. Cette toxine est généralement introduite dans le sang par un agent pathogène, et est un des facteurs de virulence associés au staphylocoque doré.

La corrélation entre le SCT et l'utilisation de tampons hygiéniques a été découverte et rendue publique en 1980. Sans pour autant décourager le port du tampon, la FDA demande alors aux fabricants de tampons de faire apparaître un avertissement sur les emballages et recommande l'utilisation de tampons peu absorbants.

Mais malgré le risque, peu de personnes sont au courant de l'existence du SCT (l'avertissement se cache dans un coin de la notice qui se trouve dans les boîtes de tampons et que peu de gens ont le réflexe de lire). Et si les tampons sont utilisés depuis des siècles, ce n'est que récemment que leur composition est passée d'ingrédients naturels (généralement du coton) à des matériaux qui contiennent de la dioxine, des fibres synthétiques et des fragrances chimiques. Ces matériaux constituent un environnement tout à fait adéquat au développement du staphylocoque (et plus le tampon est absorbant, plus il y a de risques).

Une grande procédure judiciaire pour faire bouger les choses

Pour tenter de faire bouger les choses et d'éviter que d'autres personnes subissent le même sort que sa fille, la mère de Lauren a entamé une énorme procédure judiciaire visant la Kimberly-Clark Corporation, qui distribue les tampons Kotex Natural Balance utilisés par Lauren, ainsi que contre les supermarchés qui les vendent. Selon elle, les accusés sont "négligemment, gratuitement, inconsciemment et illégalement responsables" de l'hospitalisation de Lauren et donc de son amputation.

Dans l'article publié sur Vice , l'avocat de Lauren estime que l'avertissement présent sur la notice n'est pas suffisant :

"J'aimerais bien dire que [le cas de Lauren] m'a choqué, mais ce serait mentir", avoue-t-il. "Les tampons n'ont pas changé de composition depuis l'affaire de l'épidémie de SCT. Tout ce qu'ils ont fait, c'est d'ajouter une mention sur la boîte – 'Oh, et donc ouais ça peut provoquer un choc toxique.' Pour éviter d'avoir la FDA sur le dos, il affirme que les entreprises se sont contenté de rajouter une simple étiquette sur les emballages. Il appelle ça un "ticket pour éviter la taule".

Le combat ne s'arrête pas à cette procédure judiciaire. Laurent a des projets pour l'automne 2015, toujours selon Vice :

"Cet automne, Lauren espère intervenir devant le Congrès américain avec la députée Carolyn Maloney. L'élue new-yorkaise essaie de faire passer le Robin Danielson Act, du nom d'une femme décédée de SCT en 1998. Cette proposition de loi 'établirait un programme de recherche sur les risques posés par la présence de dioxine, de fibres synthétiques, de parfums chimiques et d'autres composants dans les produits destinés à l'hygiène féminine.' La proposition a déjà été rejetée neuf fois."

À défaut de changer leur composition, Lauren aimerait au moins que les boîtes de tampons soient équipées d'un avertissement aussi clair que sur les paquets de cigarettes. Elle dit d'ailleurs : "Vous savez que les cigarettes vous tuent, donc quand vous les utilisez, c'est votre choix. Si j'avais su tout ça pour le SCT, je n'aurais jamais mis de tampons."

Un combat qui est loin d'être gagné mais qui aura au moins eu le mérite de faire parler du SCT et de permettre à celles et ceux qui ignoraient son existence de prendre plus de précautions en utilisant des tampons. Rappel : ne le laissez jamais plus de huit heures (évitez donc de dormir avec si vous avez prévu de faire une grasse mat et préférez une coupe menstruelle ou une serviette hygiénique) et évitez de passer trop de temps avec un tampon très absorbant.

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