Manspreading : des autocollants dans le métro parisien pour dénoncer les goujats

Dans le métro parisien, des autocollants trollent les hommes qui écartent trop les jambes
Dans le métro parisien, des autocollants trollent les hommes qui écartent trop les jambes
Pour lutter contre le manspreading, la Brigade Anti-Sexiste a décidé de prendre les devants en collant sur les 14 lignes du métro parisien des autocollants incitant les hommes à garder les jambes serrées le temps de leur voyage.
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Face à l'inertie du STIF et de la Région Île-de-France pour lutter contre le manspreading – cette tendance récurrente qu'ont les hommes à écarter les jambes dans les transports comme s'ils étaient seuls au monde – la Brigade Anti-sexiste a décidé de se saisir du problème en mettant elle-même une campagne de sensibilisation.

Vendredi 30 juin, le groupe militant féministe a pris d'assaut le métro parisien et collé dans 30 rames réparties sur les 14 lignes différentes des autocollants invitant les hommes à garder les jambes fermées le temps de leur voyage. Reprenant la charte graphique des autocollants de la RATP, cet autocollant ne manque pas d'humour. On peut ainsi y lire que "la fermeture des cuisses est préférable car les testicules ne sont pas en cristal, elles (sic) n'exploseront pas". "Vous pourrez ainsi laisser plus de places à vos voisines ; vous ne polluerez plus leur champ visuel", poursuit l'autocollant, qui est illustré avec la figure barrée d'un homme aux jambes écartées et de sa voisine recroquevillée sur son siège.

Contactée par 20Minutes, Laureline, la cofondatrice de la Brigade Anti-sexiste a expliqué sur leur action militante n'a pas laissé les usagers du métro indifférents, qu'ils soient des femmes ou des hommes. "Certaines personnes nous ont dit que c'était n'importe quoi, raconte-t-elle. L'une nous a insultés de 'féminazi'. D'autres, par contre, ont très bien accueilli notre opération. Quand on collait près d'un manspreader, cela engageait le débat. Certains se sont excusés, des touristes allemands nous ont félicitées. On a aussi bien reçu des encouragements que des insultes."

Une campagne de lutte contre le sexisme en 2018

Si pour le moment, la Brigade Anti-sexiste a indiqué n'avoir eu aucun retour de la RATP ou du STIF suite à son action, l'idée que le manspreading constitue un véritable problème pour les usagères des transports en commun fait lentement son chemin. Alors que la mairie de Madrid a décidé de déployer une campagne dans ses transports pour sensibiliser les hommes à cette incivilité, le Conseil de Paris a voté mardi 4 juillet une incitation auprès des dirigeants de la RATP, du Stif et de la SNCF pour qu'ils se saisissent du problème. C'est David Belliard, conseiller de Paris du groupe écologiste, qui a porté cette requête auprès du Conseil de Paris. "Comme cela se fait dans certaines grandes villes et grandes métropoles, dans les transports en commun, nous demandons à ce que notre conseil et la ville interpellent la RATP et les dirigeants de la mobilité en Île-de-France sur la nécessité de communiquer sur cette problématique du manspreading de façon pédagogique, afin de faire reculer cette pratique", a-t-il déclaré pendant la séance.

Interpellée par les associations féministes, la présidente de la région Île-de-France Valérie Pécresse a de son côté annoncé qu'elle allait demander à la SNCF et à la RATP de produire "un état des lieux des comportements de 'manspreading' [...] en lien avec les associations d'usagers afin de prendre les mesures les plus adéquates concernant ces comportements."

Mais cela pourrait prendre du temps : aucune date pour le début d'une éventuelle campagne de sensibilisation au niveau régional n'a arrêtée, "les opérateurs n'ayant pas alerté Île-de-France Mobilités sur le sujet". Tout juste sait-on qu'une "campagne de lutte contre le sexisme" verra le jour en 2018-2019 mais rien n'indique que le manspreading sera inclus dans toutes les formes de harcèlements et d'incivilités auxquelles elle souhaite sensibiliser.

Insuffisant, donc, pour la Brigade Anti-sexiste, qui a prévu d'organiser d'autres actions à Paris et dans ses antennes régionales et ce, jusqu'à ce que "des mesures soient prises pour considérer le manspreading comme un harcèlement physique que subissent les femmes tous les jours dans les transports".