Marseille : elles assistent à un viol en pleine journée

Rues de Marseille, dans le quartier du Panier.
Rues de Marseille, dans le quartier du Panier.
Trois amies qui prenaient un verre sur une terrasse de Marseille ont assisté à une scène de viol en plein jour. Choquées, elles décident de publier leur version des faits sur Facebook pour inciter les femmes victimes d'agression sexuelle à porter plainte.
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C'est un bien triste spectacle auquel trois amies marseillaises ont assisté. Alors que les jeunes femmes prenaient tranquillement en verre sur une terrasse de la cité phocéenne dimanche après-midi, l'une d'entre elles a remarqué un homme dans la rue, "probablement sans domicile fixe" sur un matelas qui effectuait des "mouvements de va et vient" avec son corps. En y regardant de plus près, celle-ci a vu qu'une femme "apparemment inconsciente" était allongée en-dessous et se faisait violer.

Dans un récit intitulé "Ici, a eu lieu un viol", publié sur Facebook et relayé par Le Figaro, l'amie d'Elvire, Marguerite Stern, raconte : "Aujourd'hui, mes amies Sophia Lilya Hocini, Elvire Duvelle-Charles et moi-même, buvions un verre à Marseille, sur les terrasses des Réformés. Un mec très chiant, probablement sans domicile fixe, avec une canette de bière à la main et un petit chien beige qui le suivait, a commencé à faire trop de bruit et à taper un scandale au serveur qui voulait le dégager. Il n'avait pas l'air bien. À un moment, il s'est même mis à pleurer. J'ai eu de la peine pour lui. Et deux minutes plus tard, il violait une femme."

Elvire s'est alors levée pour stopper l'homme. Un serveur lui a emboîté le pas et a jeté des verres à la figure de l'agresseur, qui a rapidement pris la fuite. "Je ne me rappelle plus de ce que j'ai dit au violeur qui s'est enfui. Je me rappelle seulement de son regard et de son sexe en érection. La bite d'un violeur. La femme a remonté son jean d'un mouvement de main, comme un réflexe et est retournée à son coma", témoigne Elvire.



"Si elle ne consentait pas, elle allait "se prendre une piqûre dans les fesses"

Après l'agression, les témoins ont tout de suite appelé les pompiers qui ont secouru la jeune femme violée. Également prévenue, la police a interpellé l'homme incriminé environ 20 minutes après les faits. Marguerite, Sohia et Elvire ont expliqué à la femme ce qui venait de se produire, tout en la sommant de porter plainte contre son agresseur. Vraisemblablement victime d'autres actes de viol, celle-ci a répondu : "ben alors, y en a d'autres qui devraient aller en prison".

Elle aurait ensuite était embarquée "de force" par les pompiers, parce que, selon les trois amies, elle aurait émis le souhait de porter plainte le lendemain, après avoir pris une douche". "L'un des pompiers a dit que si elle ne consentait pas, elle allait "se prendre une piqûre dans les fesses et voilà. Heureusement, la femme ne semble pas l'avoir entendu", raconte Marguerite Stern.

Si ces marseillaises -qui se considèrent comme des féministes- ont décidé de raconter cette histoire et de la publier sur la toile (tout en protégeant l'identité de la victime), c'est pour inciter les femmes victimes d'agression sexuelle à dénoncer l'auteur de ces crimes. "Depuis que ce viol a eu lieu jusqu'au moment où j'ai décidé de le raconter sur Facebook, des dizaines de femmes en France ont subi la même chose. La majorité ne portera pas plainte, et seule une infime minorité des agresseurs qui seront entendus par un juge seront condamnés. Lorsque nous sommes témoins d'une agression, il faut réagir, même si parfois c'est compliqué. Il en va de notre responsabilité collective et individuelle", écrit Marguerite Stern.

"Il y a un travail considérable à faire pour modifier les perceptions du viol"

Selon des chiffres de la Banque Mondiale relayés par Libération en 2015, 1 femme sur 5 sera victime d'une agression sexuelle au cours de son existence. Par ailleurs, une étude effrayante réalisée en 2016 par la Commission européenne sur 30 000 citoyens de différentes pays de l'UE démontrait que 27% des européens estiment que, dans certain cas, ces agressions sont justifiées..

Comme le soulignent les auteurs de l'étude dans leur rapport, "Il reste des pays membres de l'Union Européenne où il y a un travail considérable à faire pour modifier les perceptions en matière de violences basées sur le genre, en particulier l'idée que la violence contre les femmes est souvent provoquée par la victime ou que les femmes exagèrent souvent en matière d'abus sexuels ou de viols".

Et en effet, il serait temps de cesser de normaliser le viol et de voir les agresseurs sur les bancs des accusés, au lieu des victimes.