Pas de femmes au bac L : une prof lance une pétition et obtient gain de cause

Pas de femmes au bac L : une prof lance une pétition et obtient gain de cause
Pas de femmes au bac L : une prof lance une pétition et obtient gain de cause
Jamais une femme n'a été au programme du Bac L. Pour donner aux écrivaines la place qu'elles méritent, une professeure de lettres a lancé la semaine dernière une pétition à l'intention de Najat Vallaud-Belkacem. Elle a été entendue.
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Madame de La Fayette, Marguerite Yourcenar, Nathalie Sarraute, Simone de Beauvoir ou encore George Sand. Leurs oeuvres ont beau avoir traversé les siècles et avoir été reconnues pour leurs innombrables qualités littéraires, jamais aucune d'elles n'a figuré au programme de lettre du baccalauréat littéraire.

C'est l'amer constat fait par Françoise Cahen, professeure de lettres au lycée Maximilien-Perret d'Alfortville, dans le Val-de-Marne, qui a décidé d'interpeller la ministre de l'Éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem en lançant une pétition sur Change.org.

"Nous ne réclamons pas la parité, juste une présence"

"Mais jamais une auteure femme n'a été au programme de littérature en terminale L. Nous ne demandons pas la parité entre artistes hommes et femmes. Nous aimerions que les grandes écrivaines comme Marguerite Duras, Mme de Lafayette, Annie Ernaux, Marguerite Yourcenar, Nathalie Sarraute, Simone de Beauvoir, George Sand, Louise Labé... soient aussi régulièrement un objet d'étude pour nos élèves, explique Françoise Cahen sur Change.org. À un type de classe composé en majorité de filles et des profs de lettres qui sont majoritairement des femmes, quel message subliminal veut-on faire passer? Avec Bonnefoy, Jaccottet, Quignard, la littérature contemporaine a souvent été à l'honneur. Mais avec de bons chromosomes Y."

Par ailleurs, observe la professeure de littérature, contrairement au programme du Bac L, les femmes ont toute leur place dans les programmes de l'agrégation ou encore de Normale Sup. "Pourquoi alors cet excès de testostérone précisément en terminale, au bac littéraire ? Que veut-on nous signifier symboliquement ? L'impossibilité de devenir artiste ?", s'interroge-t-elle.

Najat Vallaud-Belkacem s'engage

Vendredi 13 mai dans l'après-midi, alors que la pétition avait déjà recueilli près de 11 000 signatures, le ministère de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et la Recherche a fait savoir que la ministre Najat Vallaud-Belkacem avait "pris connaissance de la pétition".

"La question de la place des femmes, de leur image, est pour moi essentielle. [...] Votre revendication s'inscrit totalement dans mon combat et il me semble important d'y apporter une réponse", écrit Najat-Vallaud Belkacem dans sa réponse à la pétition lancée par Françoise Cahen. La ministre déplore que "depuis 2002, la commission en charge du choix des oeuvres inscrites aux programmes de littérature de la série littéraire n'a pas mis à l'étude une seule oeuvre d'une auteure".

Ce sera désormais chose faite, assure la ministre de l'Éducation nationale, qui souhaite qu'un critère de genre soit ajouté "afin que les oeuvres des auteures femmes puissent être étudiées". "Un travail de sensibilisation sera par ailleurs mené afin que ce critère soit aussi retenu dans le choix des textes sélectionnés pour les sujets d'examens. Vous pouvez compter sur ma détermination et mon engagement pour donner aux femmes toute leur place", assure-t-elle.

Ce lundi 16 mai, la pétition est clôturée. Elle a recueilli 19 896 signatures.

Des manuels scolaires sexistes ?

Ce n'est pas la première fois que le ministère de l'Éducation est interpellé sur le manque de parité au sein des oeuvres figurant au programme du baccalauréat. En 2014, une lycéenne bordelaise avait lancé une pétition similaire dans laquelle elle interpellait alors Benoît Hamon afin que soit laissée une place aux femmes dans les programmes scolaires. Mais, en dépit des 15 000 signatures récoltées, sa pétition était laissée lettre morte.

Ce constat du manque de femmes dans les manuels et programmes scolaires, le centre Hubertine Auclert l'a déjà dressé dans un rapport sénatorial de 2014, qui pointait l'absence de parité et la persistance des clichés sexistes. Sur les 13 192 noms mentionnés en histoire littéraire et artistiques dans les manuels de français du CP à la seconde, seuls 6,1% concernent des femmes et 5% des textes proposés à l'étude sont l'oeuvre de femmes. Ces dernières "représentent 3,7 % des auteurs cités, 6,7 % des artistes et 0,7 % des philosophes".

Le Monde nuance toutefois la pétition mise en ligne par Françoise Cahen, qui affirme qu'aucune femme de lettres n'a jamais figuré au programme du baccalauréat. Le quotidien, qui a épluché les archives du ministère de l'Éducation, révèle que Marguerite Duras figurait aux côtés de Jean Racine et de Pierre Corneille parmi les auteurs de textes à commenter des lycéens de séries E et ES en Amérique du Nord, en 2013. Des extraits d'oeuvres de Simone de Beauvoir et de Colette figuraient quant à eux au bac de français, en 2007 et en 2013. Enfin en 2014, un texte d'Hélène Cadou était au programme pour les lycéens d'Amérique du Nord.