Pourquoi les femmes dans le bâtiment sont un atout en béton

Alix Foissey, chargée de sécurité sur un chantier à Sartrouville. Elle fait partie des 11% de femmes à travailler dans le secteur du bâtiment.
Alix Foissey, chargée de sécurité sur un chantier à Sartrouville. Elle fait partie des 11% de femmes à travailler dans le secteur du bâtiment.
Depuis les années 2000, le secteur du bâtiment tente de briser les préjugés en attirant davantage de femmes. Grâce à un matériel plus performant et plus léger, il n'est plus nécessaire d'être un homme pour être maçon, carreleur ou ouvrier. En 13 ans, l'emploi salarié féminin dans ce secteur a progressé de 50%.
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Mag
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"Être une femme peut être un atout sur le chantier". Alix est chargée de sécurité sur plusieurs chantiers. Elle sort tout juste de l'Ecole Supérieur de Commerce de Paris, où elle a suivi une formation de conducteur de travaux, spécial BTP (Bâtiments travaux publics). Dans sa promotion, elles n'étaient que trois filles sur un total de cinquante étudiants.

Pourtant, les filles sont de mieux en mieux perçues par les clients du bâtiment et selon la Fédération Française du Bâtiment (FFB), leurs retours sont très positifs : "Les femmes apportent une touche plus féminine, elles laissent le chantier plus propre, elles sont moins vulgaires. Pour les clients, cela rassure beaucoup d'avoir une femme sur un chantier", constate la FFB.

Dans sa thèse, Stéphanie Gallioz, doctorante en sociologie du travail et des rapports sociaux de sexe, ajoute que les femmes sont dotées d'une plus grande patience et ont un rôle pacificateur sur les chantiers. Alix le confirme : "Parfois, les ouvriers se comportent différemment parce que tu es une femme, et c'est assez positif". Pour Anne-Sophie, conductrice de travaux, "les hommes sont mêmes plus attentionnés parce que je suis la seule femme".

Malgré ces expériences concluantes, les chiffres révèlent que les femmes ne représentent que 11 % des effectifs dans le BTP. Parmi elles, 59,6 % travaillent dans l'administratif.

Pour Alix, le chantier est ouvert à tous, mais si si peu de femmes y travaillent, c'est parce "qu'elles ne veulent pas se salir les mains", estime la jeune chargée de sécurité. Pourtant, certaines femmes de terrain affirment avoir rencontré des comportements machistes qui, même s'ils sont moins nombreux qu'avant, sont encore bel et bien présents. Sur des forums spécialisés, certaines professionnelles évoquent le phénomène : "J'ai obtenu mon diplôme malgré un professeur ayant une conception des femmes bien réduite, et un maître de stage qui ne me laissait pas toucher un seul outil...", témoigne une carreleuse.

"Pas besoin d'être un bodybuildeur pour entrer dans le bâtiment"

"Avec les nouvelles technologies, les chantiers se sont mécanisés", explique Anaïk Cucheval, porte-parole de la Fédération Française du Bâtiment (FFB), pour qui il est évident que "les femmes ont leur place autant que les hommes". C'est pourquoi, depuis le début des années 2000, la FFB s'est lancée dans une grande campagne pour sensibiliser les femmes aux métiers du bâtiment.

"On s'est rendu compte que les femmes qui étaient hôtesses d'accueil ou caissières s'étaient toujours interdit de penser au secteur du bâtiment. Elles ne s'étaient jamais posées la question de savoir si elles pouvaient travailler dans cette activité".

En novembre 2012, l'association des femmes du Bâtiment promeut l'intégration de toutes dans les métiers liés à la construction, et cherche à favoriser durablement cette intégration. Un an plus tard, à l'occasion de la journée internationale de la femme, la fédération publie une nouvelle campagne, baptisée "Les femmes aussi ont le Bâtiment dans la peau".

Campagne lancée par la FFB à l'occasion de la Journée de la Femme en 2013.
Campagne lancée par la FFB à l'occasion de la Journée de la Femme en 2013.

En décembre 2014, l'organisme crée, en partenariat avec le Moniteur et Bouygues construction, le trophée de la femme dans le Bâtiment. Objectif : récompenser des parcours exemplaires, et susciter des vocations.

La présentation des lauréates du Trophées de la femme dans le BTP.

En 2005, l'association et la FFB publient un guide de bonnes pratiques "Les femmes dans le bâtiment, c'est possible !".

Mais les acteurs du bâtiment ne sont pas les seuls à promouvoir plus de femmes dans la construction.Le Ministère du Logement, de l'Egalité des territoires et de la Ruralité encourage également les initiatives locales d'associations et collectifs. C'est le cas de l'association "Habiter au quotidien" de Cormeilles-en-Parisis, qui, le 22 mai 2014, à l'occasion de la journée de l'égalité, avait mis en valeur les femmes du bâtiment de la ville au cours d'une cérémonie.

Ces années de campagne semblent porter leurs fruits. "Il y a 10 ans, une femme sur un chantier faisait sourire. Aujourd'hui, elle suscite de l'admiration et du respect", assure la FFB. Un respect qu'Alix confirme et qu'elle juge essentiel pour exercer son métier.

De 2000 à 2013, l'emploi salarié féminin a progressé de 50%. Mais depuis 2010, l'observatoire des métiers du BTP constate que l'effectif est en baisse et "vieillit". Cette baisse d'effectif s'explique par la crise économique qui touche le secteur. Depuis 2008, le nombre de salariés est en net repli. Le constat est alarmant : 140 907 postes en moins pour 2014.

Témoignages

Pierre, PDG d'une entreprise de maintenance chauffage robinetterie, 230 salariés

"Dès 2004, j'ai eu l'intuition que, face à une clientèle de plus en plus exigeante, les femmes avaient le profil idéal. C'est un métier dont les caractéristiques leur plaisent : travail en équipe, autonomie et relations commerciales. J'en ai embauché quatre en CDI et une en contrat de professionnalisation."

Gérard, cogérant d'une entreprise de peinture, revêtements de sols collés, 31 salariés

"Je me suis lancé dans le recrutement de trois femmes. Je compose les équipes en fonction des caractères et cela se passe très bien avec leurs collègues et les maîtres d'ouvrage. Au début, cela faisait sourire mes confrères, mais, comme ils voient que cela marche, ils envisagent de s'y mettre aussi !"

Cécile Picco et Emilie Papin.

Dossier réalisé en partenariat avec les étudiants de l'Institut Européen de Journalisme.

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