Primaire de la gauche : que proposent les candidats sur le monde du travail ?

Primaire de la gauche : que proposent les candidats sur le monde du travail ?
Primaire de la gauche : que proposent les candidats sur le monde du travail ?
Thème abordé lors du 2e débat à la primaire de la gauche, le monde du travail est aussi l'un de ceux qui divise le plus les sept candidats. Abrogation de la loi travail, semaine de 32 heures, aide aux entreprises... Focus sur les points qui font débat et les propositions de chacun.
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Ce jeudi soir, (19 janvier) les sept candidats à la primaire de la gauche s'affronteront dans un troisième débat avant le premier tour des élections, prévu dimanche 22 janvier. Dernière chance de défendre leur programme et de préciser leurs proposition, ce débat diffusé Europe 1, France 2 et LCP sera aussi le moment pour les candidats de se démarquer de leurs adversaires. Et il y a un thème justement qui divise profondément Sylvia Pinel, Manuel Valls, Benoît Hamon, Vincent Peillon, Jean-Luc Bennahmias, Arnaud Montebourg et François de Rugy : le travail. Longuement évoqué lors du deuxième débat des primaires, les thèmes de l'emploi et du travail peinent à rassembler les candidats.

L'abrogation de la Loi Travail

Et le premier point de divergence est évidemment la Loi Travail, entrée en vigueur ce 1er janvier 2017. Défendue par Manuel Valls, qui a usé du 49.3 pour la faire adopter, elle constitue, selon l'ancien Premier ministre, "une avancé" ayant "apporté des droits nouveaux aux salariés". Lors du 2e débat, il a notamment fait valoir que la loi El-Khomri avait permis la mise en place de "la négociation dans l'entreprise" ainsi que les "compte personnel d'activité" et "compte pénibilité".


Ancienne membre du gouvernement, Sylvia Pinel a aussi déclaré qu'elle ne reviendrait pas sur la Loi Travail, tout comme François de Rugy. "Cette loi a été soutenue par certaines organisations syndicales réformistes, il y a des avancées comme le droit à la déconnection, le compte personnel d'activité ou encore le compte pénibilité", a avancé la présidente du Parti radical de gauche. Le candidat écologiste, lui, propose de faire de la Loi Travail une loi expérimentale. "Cela veut dire que la loi serait valable 5 ans. Après ce délai, un débat apaisé serait organisé au Parlement qui se prononcerait de nouveau" pour ou contre le texte, explique Thibault Leclerc, chargé de la communication de François de Rugy.

Deux candidats se positionnent clairement pour son abrogation : Benoît Hamon et Arnaud Montebourg, tandis que Vincent Peillon promet de revenir sur certaines de ses dispositions sans toutefois l'abroger intégralement.

Le temps de travail

Autre point de divergence entre les candidats : le temps de travail, ou du moins sa diminution. Et un candidat s'oppose clairement aux autres : Benoît Hamon. L'ancien ministre de l'Éducation nationale a placé, avec le Revenu universel d'existence, le partage du temps de travail au coeur de son programme. Sans revenir sur la durée légale du travail, maintenue à 35 heures, Benoît Hamon propose d'inciter les entreprises à valoriser la réduction du temps de travail en échange d'une baisse de 10% des cotisations. Cette réduction du temps de travail, qui pourrait prendre diverses formes (semaine de 4 jours, congé sabbatique, temps partiel) permettra selon le candidat d'améliorer le bien-être des salariés tout en créant des emplois.

Pour Arnaud Montebourg, Sylvia Pinel et François de Rugy, pas question en revanche de toucher au temps de travail. Tout comme Manuel Valls, qui a affirmé sur France Info être "pour une société du travail, pour la dignité que procure le travail". A contrario de Benoît Hamon, l'ex-Premier ministre veut au contraire encourager les salariés à travailler plus, notamment en réinstaurant la défiscalisation des heures supplémentaires. Une proposition également présente dans le programme d'Arnaud Montebourg.

Jean-Luc Bennahmias, lui, ne se prononce pas contre une réduction effective du temps de travail, mais propose aux TPE et PME de renégocier le temps de travail "secteur par secteur et branche par branche".

Vincent Peillon mise lui sur le maintien des 35 heures et sur l'instauration d'un "compte personnel d'activité" (CPA). Cette "banque des temps" selon l'expression utilisée par Vincent Peillon, permettra aux salariés de réduire ou interrompre momentanément leur temps de travail afin de prendre des congés, suivre une formation ou réduire son activité pour s'occuper de ses enfants ou d'un parent dépendant.

Le bien-être au travail

Le bien-être des travailleurs est au coeur du programme de plusieurs candidats à la primaire de la gauche. Parmi eux, Arnaud Montebourg qui souhaite inciter les entreprises à favoriser le télétravail. "On réduira la pollution par les transports dans les grandes agglomérations, on diminuera les charges foncières des entreprises ayant moins besoin de bureaux, on augmentera la productivité des salariés car plus heureux au travail et moins fatigués par les temps de transport."

Benoît Hamon, lui, s'engage à faire reconnaître le burn-out comme maladie professionnelle. "Grâce à cette mesure, les entreprises seront reconnues responsables de la souffrance au travail de leurs salariés. Elles seront contraintes soit d'en assumer le coût (soins, prévention), soit de modifier en profondeur leurs méthodes de management." Il table aussi, pour en finir avec le mal-être au travail, sur un "droit à la déconnexion pour tous".

Pas de proposition en revanche pour Manuel Valls, qui considère que les questions de bien-être doivent être réglées en entreprise par le dialogue social. Vincent Peillon, lui, voudrait conditionner le versement du CICE (Crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi) à "la signature d'accords d'entreprise ou de branche consacrés à la formation, à la recherche-développement et à la qualité de l'emploi et des conditions de travail".

L'emploi

Chaque candidat à la primaire développe dans son programme des idées pour relancer l'emploi et inverser la courbe du chômage. Pour Benoît Hamon, relancer l'emploi nécessite de partager ce dernier : il propose de créer un Revenu universel d'existence, financé par la création d'une "taxe robot" afin de mieux répartir le travail et laisser à ceux qui le souhaitent la possibilité de moins travailler sans perte de salaire.


La mesure est vivement contestée par les autres candidats à l'exception de Jean-Luc Bennahmias qui souhaite lui aussi mettre en place un revenu universel s'il est élu président.

"Plutôt qu'annoncer la fin du travail, je préfère la fin de l'austérité", déclare pour sa part Arnaud Montebourg. Pour relancer l'emploi, le candidat à la primaire propose de favoriser le CDI en créant un système de bonus/malus sur les cotisations d'assurance chômage. La création d'un contrat d'activité pour les chômeurs de longue durée et la généralisation de l'expérimentation "Territoires zéro chômage" figurent aussi dans son programme.

Les aides à la création d'entreprise

Favoriser l'emploi, c'est aussi favoriser la création d'entreprise. Manuel Valls souhaite ouvrir un droit à la création d'entreprise en faisant bénéficier les entrepreneurs d'un prêt de l'État à taux zéro et d'un accompagnement dans ses démarches.

Jean-Luc Bennahmias mise lui sur la création d'un statut de créateur d'entreprise, ainsi que sur l'instauration durant cinq ans de deux emplois zéro-charge pour les PME qui embauchent. Benoît Hamon explique lui vouloir faciliter la reprise d'entreprises en SCOP par les salariés.

La formation

Chaque candidat veut aussi renforcer le droit à la formation. Pour François de Rugy propose, pour plus d'efficacité, de déléguer aux régions les compétences de l'État relatives à la formation et à l'orientation professionnelles.
Manuel Valls parle lui de mettre en place un "droit à la qualification et à la reconversion professionnelle pour tous", tandis que Benoît Hamon table sur un rapprochement entre formation continue et formation initiale pour créer "un droit universel à la formation tout au long de sa vie".

Vincent Peillon détaille sa volonté d'instaurer un "compte personnel d'activité" permettant à chaque travailleur de suivre une formation. Même proposition chez Arnaud Montebourg qui propose de créer un régime d'assurance-formation ainsi qu'une "carte vitale temps-formation" pour "suivre des formations et reprendre des études tout au long de sa vie".

L'uberisation du travail

C'est l'un des thèmes de campagne d'Arnaud Montebourg, qui a trouvé écho chez d'autres candidats. Il s'agit chez l'ancien ministre du Redressement productif de garantir une protection sociale et un revenu décent à l'ensemble des travailleurs indépendants.


Manuel Valls veut lui mettre en place une protection sociale universelle qui profitera aussi bien aux salariés qu'aux travailleurs indépendants, mais aussi aux commerçants et artisans. François de Rugy propose une mesure similaire, de même qu'une assurance chômage destinée aux indépendants.

Benoît Hamon plaide lui contre "l'uberisation débridée" en requalifiant les collaborateurs en salariés afin qu'ils bénéficient des mêmes droits, notamment en cas de licenciement abusif.

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