Quand l'aumônier de l'Assemblée nationale déclare que l'IVG est un crime

Quand l'aumônier de l'Assemblée nationale déclare que l'IVG est un crime
Quand l'aumônier de l'Assemblée nationale déclare que l'IVG est un crime
Invité sur CNews lundi 17 avril pour débattre du vote des catholiques en France, l'aumônier de l'Assemblée nationale Laurent Stalla-Bourdillon a déclaré qu'il considérait l'IVG comme "un crime".
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À moins d'une semaine du premier tour de l'élection présidentielle, les esprits sont loin de s'apaiser et le débat, hélas, pas toujours à la hauteur. La preuve avec cette séquence qui s'est déroulée lundi 17 avril sur CNews, et dont Marianne et L'Express se font l'écho.

En ce lundi de Pâques, le journaliste Pascal Praud a réuni dans son émission "L'heure des pros" des intervenants pour débattre du vote des catholiques en France. Parmi eux, le journaliste du Point Jérôme Béglé, la journaliste proche de l'extrême-droite Charlotte d'Ornellas, ainsi que l'éditorialiste de Challenges Bruno Roger-Petit et Laurent Stalla-Bourdillon, prête-aumônier de l'Assemblée nationale depuis 2012. Son job ? "Sensibiliser les parlementaires aux questions spirituelles et les aider à décrypter les positions de l'Église", expliquait l'intéressé dans un portrait que lui consacrait Libération en 2015.

Sur le droit à l'avortement, justement, le décryptage opéré Laurent Stalla-Bourdillon laisse peu de place au doute. Interrogé par Pascal Praud sur sa position quant à l'interruption volontaire de grossesse, l'aumônier des députés n'y va pas par quatre chemins et déclare sans sourciller que "[sa] position est celle de la doctrine de l'Église catholique : l'IVG est un crime".

Quand l'aumônier de l'Assemblée nationale déclare que l'IVG est un crime

Alors que le droit à l'IVG est régulièrement remis en question et que François Fillon – candidat adoubé par la Manif pour tous – a déclaré que "sa foi" l'empêchait d' "approuver" l'avortement même s'il ne comptait pas revenir dessus s'il était élu, la sortie de Laurent Stalla-Bourdillon a de quoi inquiéter. D'autant plus que sur le plateau de l'émission, seul Bruno Roger-Petit semble réellement prendre la mesure de ce que sous-entend le prêtre à moins d'une semaine de l'élection présidentielle.

"Quand j'entends dans la bouche d'un prêtre catholique que l'IVG est un crime, je trouve ça extrêmement inquiétant. Vous vous rendez compte de ce que vous avez dit ? Vous avez probablement aujourd'hui quantité de femmes et de jeunes femmes qui hésitent à pratiquer une interruption volontaire de grossesse et qui vont peut-être le faire. Et vous, sur un plateau de télévision, dans le confort le plus absolu, sans aucune considération pour elles, vous leur dites 'vous êtes des criminelles'. [...] C'est absolument monstrueux", s'indigne l'éditorialiste de Challenges.

Le problème, c'est qu'en lieu de relancer le débat, Bruno Roger-Petit se retrouve face à l'incapacité à étayer ses propos. Et pour cause : hormis lui, personne ne semble s'émouvoir des propos tenus par l'aumônier de l'Assemblée nationale. Pascal Praud lui-même tente de couper l'éditorialiste en lui assénant que "ce n'est pas l'esprit de ce débat". "Pas la peine de faire un numéro", ajoute l'animateur, visiblement peu indigné par cette énième remise en cause d'un droit durement acquis, qui plus est par une figure d'autorité religieuse.

Par ailleurs, inutile de chercher pendant des heures le candidat que soutient Laurent Stalla-Bourdillon. "Les leaders politiques, on passe notre temps à chercher en eux le mal qu'ils ont en eux. On cherche sans arrêt à nous faire dire 'regardez ce qu'il a fait, c'est pas bien, on ne peut pas voter pour lui'. On cherche l'oie blanche", déclare l'aumônier, qui fait dans "l'absolution de François Fillon" selon Bruno Roger-Petit.

Pour rappel, François Fillon a déclaré la semaine dernière encore qu'il n'excluait pas de "gouverner" avec Sens Commun, un mouvement issu de la Manif pour tous, et dont la porte-parole Madeleine Bazin de Jessey s'est fermement opposée à l'extension du délit d'entrave à l'IVG.