Quand l'échec conduit au succès : la revanche des "rebelles intelligents"

Quand l'échec mène au succès
Quand l'échec mène au succès
Ancien élève en échec scolaire et n'ayant jamais obtenu le Bac, Olivier Roland est aujourd'hui un entrepreneur à succès. Selon lui, il est possible de réussir en dehors du système. Et si l'échec était la véritable condition pour s'accomplir professionnellement ?
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Dans Tout le monde n'a pas eu la chance de rater ses études (Ed. Alisio), Olivier Roland nous encourage à réussir autrement que par le système éducatif classique. Plus particulièrement, il souhaite interpeller les "rebelles intelligents" qui, comme lui, ont été étouffés par le système scolaire et qui veulent autre chose que faire du "métro/boulot/dodo". Car Olivier Roland a arrêté ses études à 18 ans sans même obtenir le Bac. Un an plus tard, il a monté son entreprise d'informatique- qu'il a par ailleurs revendue depuis. Aujourd'hui, il est entrepreneur, blogueur professionnel et voyage 6 mois par an.

Plus qu'une simple critique de l'éducation en France - par ailleurs totalement inadaptée aux aspirations modernes selon lui -, l'auteur nous donne une toute autre définition de l'échec. Un échec qui, s'il est scolaire ou professionnel, ne détermine en rien notre avenir. Au contraire, celui-ci pourrait même être la clé de notre épanouissement.

Terrafemina : Comment expliquez-vous votre réussite sans même être passé par le système éducatif ?

Olivier Roland : Tout simplement parce que je n'ai jamais cessé d'apprendre. Et je n'ai pas besoin de l'école pour ça. Et ça, c'est quelque chose dont beaucoup de personnes ne se rendent pas compte : on peut très bien se former par soi-même, à plein de choses dans la vie, sans passer par l'école. Evidemment, ce n'est pas valable pour tout. Si vous voulez être médecin, par exemple, là les diplômes sont obligatoires. Mais dans l'écrasante majorité des cas, il est possible de s'éduquer par soi-même, différemment et surtout d'une manière plus efficace que le système scolaire. Et les personnes qui entreprennent cette démarche, je les appelle les rebelles intelligents.

Finalement, le moment où j'ai le plus appris dans ma vie, c'est en lançant mon entreprise. C'est un projet qui m'a permis de sortir de ma zone de confort. Quelques mois avant la création de mon entreprise, quand j'étais encore à l'école, j'étais en situation d'échec scolaire et démotivé. Et quelques temps plus tard, j'étais une toute autre personne. La seule différence : j'avais trouvé quelque chose qui me passionne. Alors oui, l'échec peut conduire au succès.

Vous faites une critique virulente du système éducatif français. Que lui reprochez-vous ?

O. R. : Quand on s'intéresse de plus près au système éducatif français, qui est par ailleurs le même depuis la fin du XIXe siècle, on comprend tout de suite que l'objectif était de créer de bons ouvriers. Et ça se voit dans l'organisation de l'école : les enfants sont rangés en rang d'oignons et ils écoutent tous attentivement l'autorité suprême, c'est à dire le maître. Ils ont également des horaires fixes et il y a encore quelques temps, ils portaient tous un uniforme. Là, on a clairement un parallèle avec l'usine. Ce système est très bien pour les gens qui veulent devenir des employés. Mais pour ceux qui ont une fibre créative ou entrepreneuriale, c'est un système étouffant.

Mais que l'on ne s'y trompe pas. Je ne dis pas de quitter absolument le système scolaire, ni que celui-ci est mauvais et encore moins de ne pas passer son Bac. Je conseille d'ailleurs aux jeunes de passer au moins leur Bac. Il faut juste prendre conscience des lacunes du système. Et comme celui-ci est d'une lenteur extrême pour se réformer... La solution reste de compenser soi-même ces manques. Il suffit de regarder le nombre de personnes qui savent parler anglais en France. On ne cesse de nous rabâcher que c'est important de maîtriser une langue étrangère, pourtant seulement 19 % de Français sont capables de gérer une discussion basique dans une langue étrangère, d'après une étude Eurobaromètre de la Commission européenne.

En France, on nous demande d'apprendre des choses, mais jamais on ne nous apprend à apprendre. Par exemple, pour retenir un texte, il y a plusieurs méthodes qui seront plus ou moins concluantes pour certaines personnes et pas pour d'autres. Et à l'école, on nous demande juste d'apprendre, sans jamais nous dire comment faire. Et ça c'est un gros problème. Pour y pallier, heureusement, il y a plusieurs alternatives. En France, on a Montessori par exemple. Mais ce n'est pas assez selon moi.

Vous parlez des "rebelles intelligents". Qui sont-ils ? Tout le monde a-t-il cette faculté à être et agir hors du système ?

O. R. : Le rebelle intelligent n'a pas d'âge. Et ça peut même être une personne qui possède tous les signes du succès : Bac +5, un bon poste dans une grande entreprise et une belle maison, par exemple. Ce qui rapproche les rebelles intelligents, c'est qu'au fond d'eux, ils ont ce désir de réussir autrement. Même si tout va bien dans leur vie, ils se rendent compte que quelque chose leur manque. Généralement, ces gens se lancent dans des activités en lien avec la création. Cela peut être lancer son entreprise, écrire un livre ou encore partir faire le tour du monde durant 1 an. Ils vont être animés par ce désir de faire quelque chose d'autre, quelque chose d'audacieux.

Et si tout le monde n'est pas fait pour être un rebelle intelligent, il y en a bien plus que ce que l'on veut bien nous faire croire. Le problème, c'est que ces personnes ne savent pas comment explorer d'autres pistes de travail ou d'apprentissage, tout simplement parce qu'elles ne savent pas qu'il y en a d'autres.

Olivier Roland, l'auteur de "Tout le monde n'a pas eu la chance de rater ses études"
Olivier Roland, l'auteur de "Tout le monde n'a pas eu la chance de rater ses études"

Vous partez d'un paradoxe : c'est parce que l'on échoue que l'on réussit dans la vie. D'après vous, le véritable échec n'existe pas ?

O. R. : Selon moi, il y a toujours un moyen d'utiliser ses échecs pour rebondir. Je ne dis pas que c'est forcément facile ou enthousiaste mais c'est possible. C'est Winston Churchill qui disait : "Le succès, c'est d'aller d'échec en échec sans perdre son enthousiasme". Et je pense qu'il a raison. Quand on est face à un échec, deux options s'offrent à nous : se morfondre et rester dans son cocon ou se dire qu'on mettra tout en oeuvre pour se surpasser les prochaines fois.

De plus en plus de nouveaux termes émergent : burn out, bore out et plus récemment brown out. Pensez-vous que la société commence à reconnaître comme tels ceux que vous nommez les rebelles intelligents ?

O. R. : Oui, totalement. Et les chiffres parlent d'eux-mêmes. Il y a une étude qui a été faite sur 220 000 personnes, dans une dizaine de pays. Pour le cas de la France, seulement 7% des gens sont passionnés par leur travail contre 26% qui détestent leur boulot. Et entre ces deux pourcentages, il y a une grande majorité de personnes qui font un travail parce qu'il faut bien vivre et payer ses impôts. Mais ce n'est pas quelque chose qui va les transcender. Et ces gens là sont largement en dessous de leur potentiel. C'est un des plus gros échecs de la société moderne selon moi.

Dans votre livre, vous parlez d'allumer "son feu sacré". Et c'est ce que vous avez notamment fait en décidant de monter votre entreprise très jeune. Quels conseils donneriez-vous pour réussir à allumer ce feu sacré ?

O. R. : Déjà, il faut savoir qu'il y a énormément de gens qui sont excellentes dans plein de domaines mais qui ne le savent pas. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'elles n'essayent pas. Et c'est ça la clé. Il faut trouver quelque chose qui nous passionne. Et le savoir ne suffit pas ! Il est important de se lancer dans un projet audacieux, de sortir de sa zone de confort. Sinon, jamais vous ne réussirez à le trouver.

Après, il y a aussi des gens qui pensent ne pas avoir de passion. Mais c'est juste un problème d'exploration. La plupart du temps, la raison est qu'elles n'ont même pas essayé ! Et je pense que le plus gros problème des gens qui ne trouvent pas, c'est qu'ils passent juste trop de temps chez eux, à regarder la télévision.

Et lorsque l'on a trouvé notre passion, il est aussi important d'apprendre. Jamais il ne faut s'arrêter, que l'on soit plus jeune ou même adulte. Et je ne parle pas seulement de ce que l'on trouve dans les livres. Moi par exemple, je n'ai jamais autant appris qu'en montant ma boîte. C'est un projet qui m'a permis d'acquérir des savoirs pratiques. Parce qu'au final, qu'est-ce qui compte aujourd'hui dans un monde où les métiers évoluent et la moitié n'existeront plus là dans 20 ans ? C'est la créativité, la capacité à apprendre soi-même, l'autonomie, la responsabilisation et aussi savoir s'adapter.

Olivier Roland, Tout le monde n'a pas eu la chance de rater ses études (Éd. Alisio).

olivier-roland.com

Le livre "Tout le monde n'a pas eu la chance de rater ses études" nous offre une tout autre définition de l'échec
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