Qui sont les quatre femmes à reposer au Panthéon ?

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En attendant l'inhumation en juillet prochain de Simone Veil au Panthéon, elles ne sont que quatre femmes à reposer dans le monument de la rue Soufflot.
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Le 30 juin 2017, Simone Veil décédait à l'âge de 89 ans. De son incroyable existence, les Français auront retenu sa déportation à Auschwitz à l'âge de seize ans, sa participation active à la construction européenne et surtout, son engagement sans faille pour les droits des femmes. C'est elle qui, le 26 novembre 1974, alors qu'elle était ministre de la Santé, était montée à la tribune de l'Assemblée nationale pour présenter son projet de loi sur l'interruption volontaire de grossesse. Jusqu'ici considéré comme un crime, le recours à l'avortement est finalement dépénalisé le 17 janvier 1975 au terme d'âpres débats dans l'hémicycle, où seules neuf députées faisaient face à 481 hommes.

Parmi elles, Simone Veil donc, à qui la Patrie a décidé de rendre hommage. Le 19 février dernier, l'Elysée a annoncé que l'ancienne ministre entrera au Panthéon le 1er juillet prochain. Elle y reposera au côté de son époux, Antoine Veil, disparu en 2013.

Simon Veil y rejoindra Sophie Berthelot, Marie Curie, Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle-Anthonioz, les quatre et uniques femmes sur soixante-seize personnalités panthéonisées à avoir été inhumée dans le monument aux grands hommes.

Qui étaient-elles ? Retour sur les grandes femmes auxquelles la patrie est encore trop peu reconnaissante.

Sophie Berthelot (1837-1907), scientifique

Première femme à avoir été inhumée au Panthéon, Sophie Berthelot ne doit pas son repos éternel dans le monument aux grands hommes à ses travaux scientifiques mais à sa qualité d'épouse du chimiste et homme politique Marcellin Berthelot.

C'est le président de la République d'alors, Armand Fallières, qui a décidé d'octroyer à Sophie Berthelot cette distinction "en hommage" à sa vertu conjugale. Jusque dans la mort, Sophie Berthelot a été réduite à son rôle de "femme de" et n'a jamais été considérée comme autre chose que l'épouse d'un homme brillant. Lors de son éloge prononcé au moment de son inhumation, Aristide Briand a ainsi d'elle qu'elle "avait toutes les qualités rares qui permettent à une femme belle, gracieuse, douce, aimable et cultivée d'être associée aux préoccupations, aux rêves et aux travaux d'un homme de génie. Elle vécut avec Berthelot dans une communauté de sentiments et de pensées qui les groupa en un couple parfait où n'auraient tressailli qu'un même coeur et brillé qu'un seul esprit [...]".

Marie Curie (1867-1934), physicienne et deux fois prix Nobel

Marie Curie
Marie Curie

Il a fallu attendre le 20 avril 1995 à Marie Curie, soit plus de soixante ans après sa disparition, pour enfin être inhumée au Panthéon. Première femme à y faire son entrée en son nom propre, Marie Curie est aussi une formidable femme scientifique. Épouse de Pierre Curie, elle a contribué à ses côtés à mieux comprendre le phénomène des radiations. Ensemble, ils reçoivent le prix Nobel de physique en 1903. Première femme à être auréolée d'un Nobel, elle le reçoit une seconde fois en 1911, cette fois-ci en son seul nom pour sa découverte du radium et du polonium. Première femme à diriger un laboratoire universitaire, elle est aussi la première femme à devenir professeur à la Sorbonne. En 1914, elle est nommée directrice du laboratoire de physique et de chimie de l'Institut du radium, qui deviendra par la suite l'Institut Curie. Elle est décédée en 1934 des suites d'une leucémie, déclenchée par une trop grande exposition aux éléments radioactifs. C'est d'ailleurs pour cette raison que son corps est placé dans un cercueil contenant une couche de plomb de 2,5 mm d'épaisseur.

Germaine Tillion (1907-2008), ethnologue et résistante

Germaine Tillion
Germaine Tillion

Grande figure de la Résistance, Germaine Tillion a fait son entrée au Panthéon le 27 mai 2015. Elle est l'une des pionnières d'une nouvelle discipline universitaire, l'ethnologie, qu'elle pratique en Algérie dès les années 1930. Le 17 juin 1940, elle "voit sa vie basculer" en entendant le discours de capitulation du Maréchal Pétain. Elle entre alors en Résistance et fonde le réseau du Musée de l'homme, dont elle devient en 1941 chef de la filière d'évasion de prisonniers de guerre. En 1942, elle est dénoncée, arrêtée et envoyée en déportation au camp de Ravenbrück avec sa mère. Elle relate son expérience dans les camps nazis dans Ravensbrück (1946), puis dans Le Verfürgbar aux enfers, une "opérette-revue" jouée au théâtre du Châtelet en 2007. Après la guerre, Germaine Tillion poursuit son engagement en contribuant notamment à la création, en 1951, de la Commission internationale contre le régime concentrationnaire, qui a dénoncé l'existence des goulags en URSS. Elle s'est éteinte le 19 avril 2008 à cent ans.

Geneviève de Gaulle-Anthonioz (1920-2002), résistante et militante pour les Droits humains

Geneviève de Gaulle-Anthonioz
Geneviève de Gaulle-Anthonioz

Geneviève de Gaulle-Anthionoz fut elle aussi une figure de la Résistance, entrée au Panthéon le même jour que Germaine Tillion. Nièce de Charles de Gaulle, membre du Réseau du Musée de l'homme, elle est arrêtée par la Gestapo puis déportée en 1944 au camp pour femmes de Revensbrük, où elle rencontre Germaine Tillion avec qui elle se lie d'amitié. Marquée à jamais par son expérience concentrationnaire, elle en tire La Traversée de la nuit, paru en 1998. Après la guerre, Germaine de Gaulle s'engage en politique. En 1958, elle travaille au cabinet d'André Malraux au ministère de la culture, puis devient, en 1964, la présidente d'ATD qui devient en 1968 d'ATD-Quart monde. Première femme à recevoir la grand-croix de la Légion d'honneur, elle est nommée en 1988 au Conseil économique et social, et se bat pendant dix ans pour l'adoption d'une loi d'orientation contre la grande pauvreté. Celle-ci est votée en 1998, quatre ans avant la mort de Geneviève de Gaulle-Anthonioz.