Elle va au collège en short, on lui fait mettre un pantalon

Les photos de la jeune fille postées par sa maman
Les photos de la jeune fille postées par sa maman
À Clermont-Ferrand, une collégienne partie à l'école en short s'est vue reprocher par la CPE sa tenue "incorrecte". Elle lui a alors fait enfiler un jean sale. Un exemple pas si rare de slut-shaming dans les écoles.
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C'est un message sur Twitter qui a tout de suite enflammé les internets mardi soir 4 septembre. Celui d'une mère habitante de Clermont-Ferrand qui a vu revenir sa fille à la maison en pantalon, alors qu'elle l'y avait envoyé en short. Cette tenue n'a pas plu à la Conseillère principale d'éducation (CPE) du collège où sa fille est élève de 6e. Sans réelle explication, on lui a fait changer son short pour un jean sale, comme le montre les photos de la mère postées sur Twitter et partagées presque 30 000 fois.

Le soir-même, les parents de la collégienne ont tenté de joindre la principale pour avoir des explications. On les a redirigé vers la CPE. Selon la maman, Galliane, contactée sur Twitter : "Le sexisme n'est plus la 'raison' invoquée par la CPE. Toutefois, on note que si ce n'est du sexisme direct, ça reste toutefois toujours une histoire d'injonction patriarcale et liberticide, notamment auprès des jeunes filles."

Elle ajoute : "D'après ma fille, la CPE lui a demandé de venir dans son bureau pour se changer, car sa tenue n'était pas correcte. Sans autre explication. C'est lors de notre appel qu'elle a justifié de cette tenue correcte pour s'habituer au monde du travail. Explication qu'elle n'a donc pas donné à notre fille sur le moment, lui laissant l'interprétation sexiste que sa tenue excitait les garçons."


Quand elle a évoqué le sexisme de cette décision avec la CPE, celle-ci a démenti cette justification : "Elle l'a complètement nié, pour elle, ça n'existe pas. Or, dans ce collège où ma fille aînée a également fait sa scolarité, c'est le message qui circule concernant les shorts. Mais en 3e, je peux comprendre, les filles savent qu'elles attirent le regard des garçons. En 6e, elle n'en a pas conscience et le travail de la CPE est d'expliquer cela aux nouvelles élèves, pas de sanctionner directement et sans rien dire."

"J'ai reçu des centaines de témoignages"


Le cas de cette jeune adolescente qui vient de faire sa rentrée au collège, une période déjà compliquée quand on est élève, n'est pas unique. D'ailleurs, Galliane raconte avoir reçu de nombreux autres exemples de faits similaires : "J'ai reçu des centaines de témoignages de jeunes filles qui ont subi cette politique de la tenue vestimentaire qui ne doit pas être provocante pour ne pas déconcentrer les garçons. Ma fille n'a pas inventé cette justification, elle a lieu partout. On interdit dans tous les collèges et lycées des shorts, mais aussi des débardeurs et les bretelles fines sous prétexte que ça excite ou déconcentre les garçons. Et l'argument du monde du travail n'est reste pas moins sexiste puisqu'il fait le jeu du patriarcat ou la femme, plus que l'homme, doit répondre aux injonctions sur son apparence et physique."

Selon le règlement de l'établissement communiqué par la mère de cette jeune fille : "Tous les élèves doivent porter une tenue propre et décente et proscrire les vêtements négligés ou provocants." Alors qui décide ce qui est correct ou pas ? Selon Galliane, "c'est à l'appréciation de l'équipe de direction" qui souhaite "habituer les élèves à avoir une tenue correcte, pour les habituer au monde du travail."

L'argument du monde du travail ne peut être jugé pertinent. Comme le souligne l'une des réponses de la militante féministe Karine Plassard : "L'argument de la tenue de travail, heu comment dire !? C'est induire déjà d'accepter une discrimination, il n'y aurait que celles et ceux bien habillé.e.s qui accéderaient à un taf, et c'est quoi la bonne tenue de travail pour une femme !?"

Sur le fait que le pantalon était sale quand sa fille est rentrée à la maison (ce qui pourrait justement être considéré comme une tenue "incorrecte"), Galliane répond qu'une nouvelle fois, la CPE n'était pas d'accord : "Elle a nié que le pantalon était sale. Pourtant on voit sur la photo qu'il est loin d'être immaculé."

Concernant la réaction de sa fille, Galliane a tweeté : "Elle va bien heureusement. Elle est assez innocente et naïve pour ne pas avoir trop compris l'histoire s'exciter les garçons. Mais porter un jean qui pue, elle a pas aimé."

En marge de cette série de tweets, la maman a également reçu de nombreux commentaires racistes ou complètement déplacés et faisant preuve de slut-shaming.

D'ailleurs Galliane répond ironiquement : "C'est level infini de la bêtise/pudibonderie/racisme/islamophobie/sexisme. Royaume des donneurs de leçons et des Jean Michel je-sais-tout..."

Dans certains commentaires, les internautes s'interrogent : cet exemple, qui n'en est qu'un parmi d'autre, montre qu'il serait peut-être temps en cette rentrée 2018 de se préoccuper des règlements intérieurs qui demandent des tenues correctes et qui s'adressent la plupart du temps aux filles.

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