Féminisation du sida : 51% des personnes séropositives sont des femmes

Photo d'illustration d'une femme se cachant le visage.
Photo d'illustration d'une femme se cachant le visage.
Au départ considéré comme une "maladie d'hommes", le sida s'est féminisé et 51% des personnes séropositives dans le monde sont aujourd'hui des femmes. A l'occasion de la Journée internationale de lutte contre le sida ce vendredi 1er décembre, zoom sur les facteurs à risques, qu'ils soient biologiques, anatomiques ou sociaux, auxquels sont exposées les femmes.
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Chaque jour, 5750 personnes sont infectées par le virus du sida et 3013 en meurent. Soit une personne toutes les 30 secondes environ. Au total, 36,7 millions de personnes sont séropositives dans le monde et 51% d'entre elles sont des femmes, 60% sont originaires d'Afrique subsaharienne. Contrairement aux idées reçues, la pandémie VIH sida s'est largement féminisée ces dix dernières années.

Découvert en 1983 par les biologistes Françoise Barré-Sinoussi et Luc Montagnier, après la contamination de plusieurs patients homosexuels, le sida est considéré à tort comme une "maladie d'hommes". On parle à l'époque de "peste rose". L'épidémie devient le "cancer gay", la "maladie des 4 H" (pour hémophile, homosexuel, haïtien, héroïnomane). Aujourd'hui encore, on sous-estime la contamination des femmes. Mais les chiffres sont là pour contrer les idées reçues.

L'anatomie de la femme facilite la contamination

Bien qu'au niveau mondial, presque autant de femmes et d'hommes souffrent du sida, la dimension de genre est désormais à prendre en compte : le risque de transmission du virus du VIH d'un homme contaminé à une femme est en effet deux fois supérieur à celui d'une femme contaminée à un homme. Selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), la plus grande surface des muqueuses, la perméabilité du col de l'utérus, la plus grande quantité de fluides transférés par l'homme, le contact prolongé du sperme avec la muqueuse vaginale et les éventuelles microdéchirures des tissus du vagin lors de la pénétration, augmentent les risques pour les femmes d'être contaminées. Selon l'ONU Femmes, à l'échelle mondiale, environ 17,8 millions de femmes (de 15 ans et plus) vivaient avec le VIH en 2015. Les adolescentes et jeunes femmes de 15 à 24 ans seraient les plus infectées (2,3 millions, soit 60% de la population mondiale de cette tranche d'âge).

Les facteurs à risques

Outre les facteurs anatomiques et biologiques, l'environnement social peut également exacerber les risques de contamination. Dans certains pays où leur position sociale est inférieure, les femmes ne sont pas toujours en mesure de négocier l'utilisation d'un préservatif, ni même de parler de sexualité et de prévention. Plus le sujet est tabou, moins les risques sont connus. Selon une analyse d'études mesurant la prévalence cumulée du VIH dans 50 pays et rapportée par les Nations Unies, "on estime que, dans le monde, les travailleuses du sexe ont environ 14 fois plus de risques d'être infectées que les autres femmes en âge de procréer".

Les violences domestiques et sexuelles à leur égard sont également un facteur à risque. "Une étude menée en Afrique du Sud a démontré que le lien entre la violence infligée par un partenaire intime et le VIH était plus marqué en présence d'un comportement dominateur". Le manque d'éducation et d'accès à un système de santé rendent également les femmes plus vulnérables face à la maladie. En mars dernier, l'ONUSIDA avançait que dans le monde, "seuls 30 % des pays comptent autant de filles que de garçons dans les écoles secondaires de deuxième cycle et qu'en Afrique centrale et occidentale, seule une jeune femme sur trois entre 15 et 24 ans déclare pouvoir prendre elle-même ses propres décisions en matière de soins de santé. Au Bostwana, il a pourtant été démontré que chaque année scolaire supplémentaire réduisait le risque d'infection au VIH de 11,6 % chez les filles".

L'exclusion sociale des femmes séropositives

De nombreuses femmes atteintes du sida luttent contre la stigmatisation et l'exclusion sociale, aggravées par l'insuffisance de leurs droits en raison des inégalités hommes-femmes. Il n'est pas rare dans certains pays qu'une femme contaminée ou veuve d'un ancien séropositif se retrouve empêtrée dans des litiges patrimoniaux avec sa belle-famille ou exclue de sa communauté.

Dans un communiqué datant de 2011, le planning familial s'insurgeait déjà de la stigmatisation permanente des patients et affirmait que la lutte contre le sida ne pourrait jamais relever de la seule réponse médicale. "En témoigne la stigmatisation et la précarisation des personnes vivant avec le VIH qui perdurent malgré les progrès médicaux, le poids des normes sociales sur la sexualité qui tend à régresser malgré les quelques avancées de ces dernières années, la féminisation au niveau mondial révélant combien le déficit immunitaire est en lien avec le déficit statutaire".

En outre, si les avancées médicales sont réelles, qu'il est aujourd'hui possible de vivre avec le sida, le planning familial appelle à ne pas céder à "la tentation de régler les problèmes de société par l'injonction et l'ingestion de molécules". L'évolution des mentalités passe d'abord par l'éducation des jeunes générations, la prévention et l'égalité des droits en matière d'accès aux soins.


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