Des herbicides et des perturbateurs endocriniens dans les protections périodiques

Les protections périodiques
Les protections périodiques
L'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) a rendu ses conclusions sur la composition et la dangerosité des protections périodiques vendues en France. Et cela n'est pas complètement rassurant.
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Accrochez-vous, parce que si vous utilisez tous les mois des protections périodiques : l'état des lieux de leur composition n'est pas joli joli. L'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) a rendu le jeudi 19 juillet un rapport sur "l'évaluation de la sécurité des produits de protections intimes".

Bilan, l'Anses estime à propos des serviettes et des protège-slips qu'"un certain nombre de substances trouvées dans ces protections intimes sont des perturbateurs endocriniens suspectés". En citant par exemple les dioxines, les furanes, le lindane, l'hexachlorobenzène et le quintozène. Les trois dernières sont pourtant interdites en Europe depuis presque 20 ans. D'autres sont considérées comme des "sensibilisants cutanés connus ou suspectés".

On y retrouve également l'herbicide de Monsanto, le glyphosate, mais aussi des hydrocarbures aromatiques polycycliques et des phtalates. Les tampons, eux, contiennent des substances aux noms barbares : des dioxines, des furanes et des phtalate. Toutes sont des perturbateurs endocriniens.


Pour l'Anses, certaines de ces contaminations peuvent avoir eu lieu lors du processus de fabrication ou d'emballage des produits. La coupe menstruelle n'est pas exempte. Cité par le journal Le Monde, le professeur Gérard Lasfargues, qui est directeur délégué de l'Anses, explique qu'elles "peuvent libérer des composés organiques volatils ou des phtalates. On a d'autant plus besoin de données qu'elles sont de plus en plus utilisées, notamment par les jeunes femmes."


En 2012, l'histoire de Lauren Wasser, un mannequin américain, avait permis de mettre en lumière le syndrome de choc toxique (SCT), provoqué par les tampons et mais également par les coupes menstruelles. Elle avait dû être amputée d'une de ses jambes (puis d'une deuxième en décembre 2017). Le SCT est causé par la présence d'un staphylocoque doré dans le vagin, qui se développe avec le port d'un dispositif de protection interne et qui pénètre dans la circulation sanguine. Une vingtaine de cas sont recensés chaque année en France.

Par la suite, une Française, Mélanie Doerflinger, avait lancé une pétition pour connaître la composition des tampons de la marque Tampax. Plus tard, en mars 2016, c'est le magazine 60 millions de consommateurs qui révélait la présence de résidus de substances chimiques dans les protections périodiques. Un mois plus tard, l'Anses avait été saisie pour évaluer leur sécurité.

Une recherche sur les protections périodiques qui reste faible

Dans son rapport, l'Anses recommande l'amélioration des procédés de fabrication pour réduire au maximum la présence de produits chimiques dans les protections périodiques : "Le Comité d'experts scientifiques recommande d'éliminer ou, à défaut, de réduire autant que possible la présence de substances chimiques dangereuses dans les matériaux constituant les protections intimes, notamment les substances présentant des effets CMR (cancérogène, mutagène et reprotoxique), perturbateurs endocriniens et sensibilisants cutanés." On pense notamment au blanchiment de la matière qui compose les protections. Ils et elles recommandent également l'affichage du procédé de blanchiment sur l'emballage afin d'informer les utilisatrices.

Au final, l'Anses conclut à "l'absence de risque sanitaire" au vu des substances qui ne dépassent pas la réglementation en vigueur.

Dans son rapport, l'Anses souligne "un faible nombre de rapports d'organismes publics et la rareté des publications scientifiques". L'organisme note également : "Les matériaux de fabrication des protections intimes sont mal documentés et que les auditions des représentants des fabricants de ces produits n'ont pas permis de les caractériser de façon précise."

Des erreurs dans l'utilisation des protections


En plus de la composition des protections périodiques, l'Anses s'est interrogée sur les pratiques autour de ces dispositifs. Elle a questionné plus de mille femmes pour en dégager des données. L'Anses révèle par exemple, que le lavage des mains est problématique dans leur usage : ainsi 6 % des femmes ne se lavent pas du tout les mains avant et après l'application de protection périodique et 39 % ne se lavent pas les mains avant de changer leur protection.


La majorité du panel a abandonné l'utilisation des serviettes après 25 ans. L'étude enseigne également que sur les femmes interrogées, 13 % avaient changé leur type de protection au cours des douze derniers mois. Ce qui confirme une tendance de fond : la perte de confiance dans l'utilisation du tampon. Aussi, 79 % des répondantes déclarent garder leur tampon la nuit, et 30 % des femmes ne changent pas leur coupe menstruelle toute une journée.


Même si ces produits sont en contact direct avec les muqueuses, en France, les protections périodiques ne sont pas considérées comme des dispositifs médicaux et aucune réglementation ne les encadre. L'affichage de leur composition n'est pas obligatoire sur les boîtes.

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