La meilleure arme des féministes ? La honte

Tex, viré de France 2 après une blague sur les femmes battues.
Tex, viré de France 2 après une blague sur les femmes battues.
Et si on arrêtait de leur donner la parole ? Est-ce que pour notre santé mentale, on arrêterait pas de relayer les tirades sexistes de Tex, Polanski ou Catherine Millet ?
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L'ancien animateur des Z'Amours, Tex, vient de déclarer dans un éclair de génie à Libération que dans son ancienne émission, il avait observé "la nouvelle génération, les mecs dominés. Ils font la vaisselle et quand leurs femmes rentrent du travail, elles disent que c'est mal fait. Je préfère nos vieux schémas qui étaient un peu plus simple".

C'est sûr : pour la génération des mecs qui se font servir, c'était plus simple. Je n'envie pas la vie de ma grand-mère qui toute sa vie a servi mon grand-père et qui, tous les soirs, lui apporte son plateau devant la télé. Tex ajoute que #Balancetonporc, "c'est la fin de notre liberté[...] Balancer, ça veut dire trahir. On balance pas. A l'école, ceux qui balançaient, on les chopait dans un coin et on leur pétait la gueule." [NDLR : Respirez profondément]

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On n'a retenu qu'une seule phrase de l'interview très peu flatteuse de Tex. Mais tout entière, elle respire le malaise d'un homme au summum de la ringardise. Après s'être permis de rire des violences faites aux femmes ("Les gars, vous savez ce qu'on dit à une femme qui a déjà les deux yeux au beurre noir ? On lui dit plus rien ! On vient déjà de lui expliquer deux fois !"), il a été viré. Une blague sans tact, sans finesse, une blague de faignant. Comme il le raconte dans l'interview de Libé, cela semble être sa philosophie. "Dès que la télé t'aime bien dans un truc, tu te casses plus trop le trognon, tu continues à faire la même chose". Peut-être d'ailleurs Tex que vous avez été viré parce que vous étiez ringard. La blague sur les femmes battues n'étant qu'une goutte d'eau ayant fait déborder le vase du mauvais goût.

Une belle brochette de parias

Oui, on est outré par les propos de Tex. Tout comme ceux de Roman Polanski qui, au lieu de se taire et de faire profil bas, a déclaré à Newsweek à propos de la libération de la parole des femmes et du mouvement #Metoo : "Il me semble que c'est une hystérie collective, du genre de celles qui arrivent dans les sociétés de temps à autre". On se pose sur une chaise et on reprend sa respiration. Vous avez autorisation de vous mettre la main sur le front en lâchant un "mais c'est pas possible".

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Pour Roman Polanski, ces événements "prennent parfois une tournure plus dramatique, comme la Révolution française ou la nuit de la Saint-Barthélemy en France, et parfois moins sanglante, comme en 1968 en Pologne ou le maccarthysme aux États-Unis". Comparer #MeToo à un massacre contre des protestants, à une répression antisémite contre des étudiants ou à une campagne anti-communiste ? Les vieux cinéastes rabougris et aigris, qui se traînent déjà de gros dossiers, ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît. Polanski est poussé dans ses retranchements. Si sa rétrospective à la Cinémathèque de Paris s'est quand même déroulée en sa présence, les féministes l'ont acculé, lui ont foutu la honte. Polanski a fini par être exclu de l'Académie des Oscars. Exclusion qu'il conteste puisqu'il attaque maintenant l'Académie.

Dans le reste de la brochette des parias, on trouve Catherine Millet, signataire de l'innommable tribune sur "la liberté d'importuner", qui s'était elle fendue d'un "J'ai beaucoup de compassion pour les frotteurs". Elle s'affiche désormais sur le mur de la honte du musée imaginaire du harcèlement de rue de Lausanne. Bill Cosby est accusé de faits incomparablement plus graves. Déjà jugé coupable d'agression sexuelle, trente-cinq femmes l'accusent publiquement. Il a déjà été exclu des Oscars. Les concerts de Bertrand Cantat réunissent toujours des fans, mais il est passé du côté des parias de la société. Les festivals lui ferment leurs portes. Le chanteur R'Kelly, qui est beaucoup trop longtemps passé entre les gouttes alors qu'il est accusé depuis des années de violences sexuelles, vient d'être supprimé des playlists de Spotify et d'Apple. L'exclusion par le porte-monnaie.

Ou donnons-leur la parole. Pour mieux leur foutre la honte.

Et si finalement, la honte ne serait pas la meilleure arme des féministes ? En clouant au pilori les publicités qui veulent nous vendre du vernis à ongle qui matche avec la couleur de la carrosserie de notre voiture. En cornerisant les perpétrateurs de propos sexistes ou les titres de presse minimisant les meurtres de femmes.

C'était bien le but du mouvement #MeToo : libérer la parole mais aussi que la honte change de camp. Oui, les réseaux sociaux sont pervers, les loups se lâchent facilement, en meute. Mais ils permettent aussi de ringardiser le sexisme. Il doit se passer la même chose avec le sexisme que ce qui s'est passé avec le racisme. Le sexisme doit devenir infréquentable.

Tex a été viré de France 2 pour une blague sexiste
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