Violences sexistes à l'école : "#MeToo a beaucoup affecté les jeunes"

Violences sexistes à l'école : "l'éducation nationale a le pouvoir d'inverser la tendance actuelle"
Violences sexistes à l'école : "l'éducation nationale a le pouvoir d'inverser la tendance actuelle"
La présidente de l'association Ensemble contre la gynophobie, Lisa Azuelos, dévoile ce jeudi (31 mai) une enquête dirigée par Éric Debarbieux sur les violences sexistes à l'école. Cette campagne vise à sensibiliser les jeunes générations sur les discriminations de genre fortement ancrées dans notre société.
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Le 8 mars dernier, la cinéaste Lisa Azuelos, présidente de l'association Ensemble contre la Gynophobie, annonçait le lancement d'une enquête sur les violences sexistes en milieu scolaire. Dévoilé ce jeudi 31 mai, le rapport de l'Observatoire européen de la Violence à l'Ecole, dirigé par Eric Debarbieux avec Arnaud Alessandrin, Johanna Dagorn et Olivia Gaillard, mêle des témoignages, et les principaux résultats d'enquêtes sur plus de 45000 élèves âgés de 8 à 19 ans.

À travers l'histoire de Lou- personnage féminin fictif que l'on suit depuis sa naissance jusqu'à sa retraite- l'étude décrit la violence "ordinaire" en milieu scolaire, sa fréquence, ses caractéristiques et, la manière différenciée – ou non – dont elle touche les filles et les garçons.

Une violence qui s'exprime très tôt puisqu'elle survient dès l'école maternelle, dévoile l'enquête. 61% des élèves de primaire disent en effet avoir essuyé des insultes. Au collège, cette proportion tombe à 51,2% (dont 21% à répétition) et à 22,6%, au lycée (dont 9% à répétition).

"La violence brutale et les insultes diminuent très fortement du primaire au lycée, mais la forme la plus fréquente chez les plus âgés est l'exclusion sociale. Ce sont bien entre 600 000 et 700 000 élèves qui sont concernés par le harcèlement en milieu scolaire", indique le rapport.

Les petits garçons eux aussi victimes de violences sexistes

Une récente enquête française datant de 2016 dévoile que des insultes sexistes, homophobes et lesbophobes touchent entre 10 à 16% des élèves selon des intensités variées. Près de 22% des filles font l'expérience d'insultes sexistes (être traitée de "pute" ou "salope").

Mais les garçons eux aussi sont très impactés par ces comportements insultants, notamment en primaire et au collège. Ils sont notamment significativement plus victimes (14,2% versus 10,3% pour les filles) du déshabillage forcé à l'école primaire. Concernant les insultes, ce sont les commentaires homophobes qui ressortent à l'encontre des garçons, qualifiés péjorativement de "tapette" ou de "pédé", qui émanent souvent de leurs camarades masculins.

"J'ai lancé cette étude parce que je voulais 'sauver' les filles des violences sexistes qu'elles subissent chaque jour. Mais ma grande découverte a été de constater que les garçons étaient eux aussi victimes. En me rendant dans les écoles, j'ai constaté une grande tristesse et un ras-le-bol des garçons envers toutes ces violences dont ils sont souvent les auteurs mais qu'ils sont contraints d'adopter, par tradition", nous explique Lisa Azuelos.

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Sensibiliser les jeunes pour changer les mentalités

Comme le souligne l'enquête, "la classe n'est pas un espace 'neutre' et les pratiques pédagogiques restent marquées par un traitement différencié des filles et des garçons. Par naturalisation, par habitude ou par continuité de la socialisation familiale, l'école co-produit les différences et les hiérarchies entre les filles et les garçons".

Pourtant, du point de vue de Lisa Azuelos, il n'en faudrait pas beaucoup pour que les jeunes générations contribuent à changer les mentalités. "Les conflits hommes-femmes sont tellement ancrés dans notre société qu'il est difficile pour les anciennes générations de les changer, mais il n'est pas trop tard pour les adolescents d'aujourd'hui et les générations qui les suivent. Les mouvements #MeToo et #Balancetonporc ont beaucoup affecté les jeunes. C'est auprès d'eux qu'il faut intervenir pour faire bouger les choses", estime Lisa Azuelos.

L'association Ensemble contre la gynophobie, qui intervient régulièrement dans les salles de classe des collèges et des lycées pour proposer des ateliers de sensibilisation à l'éducation sexuelle, a en effet pu constater un intérêt certain de la part des étudiants. "Beaucoup de garçons se demandent par exemple ce que signifie être un homme aujourd'hui, et de manière générale, tous ces jeunes se sentent concernés et se posent beaucoup de questions sur leur sexualité et leur identité", analyse Lisa Azulos.

"La violence est trop socialement admise et l'école est le reflet de cette acceptation"

Cette cinéaste militante engagée (elle a notamment réalisé le court-métrage "Rien d'spécial" sur la banalisation des violences faites aux femmes) estime donc qu'il est du devoir de l'Éducation nationale d'inverser la tendance pour mettre fin aux violences qui règnent dans les établissements scolaires. "La violence est trop socialement admise et l'école est le reflet de cette acceptation. Nous n'avons pas sorti cette étude pour dire que les choses vont mal à l'école [ça tout le monde le sait], mais pour montrer qu'il existe des solutions pour faire mieux", souligne Lisa Azuelos.

Sa proposition pour y remédier ? Commencer par respecter les trois séances annuelles d'éducation sexuelle à l'école, qui abordent des thématiques aussi larges que la puberté, la contraception, le sexisme et l'homophobie. "Ce programme doit être obligatoirement dispensé de la maternelle au lycée, conformément à la loi votée en 2001. Le problème, c'est que très peu d'établissements l'appliquent", déplore Lisa Azuelos. Elle espère décliner sa campagne en livre, afin qu'elle serve d'outil au corps enseignant et aux parents pour les aider au mieux à prévenir les violences sexistes à l'école.

Lisa Azuelos, présidente de l'association Ensemble contre la Gynophobie et à l'initiative du rapport sur l'école et les violences sexistes
Lisa Azuelos, présidente de l'association Ensemble contre la Gynophobie et à l'initiative du rapport sur l'école et les violences sexistes
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