Votre voisin de bureau booste-t-il votre productivité ?

Votre voisin de bureau nuit-il à votre productivité ?
Votre voisin de bureau nuit-il à votre productivité ?
Une récente étude publiée dans la "Harvard Business Review" affirme que notre productivité au travail dépendrait en grande partie des collègues à côté de qui nous sommes assis.
A lire aussi
Dans le bureau de... Baya Rehaz, auteure et comédienne
News essentielles
Dans le bureau de... Baya Rehaz, auteure et comédienne

Pour accroître la performance et la productivité de leurs salariés, les managers peuvent décider de se montrer davantage bienveillants à leur égard. Ils leur accordent aussi parfois des formations ou optent pour des événements de team building afin de renforcer la cohésion d'équipe. Si toutes ces initiatives sont évidemment les bienvenues car elles participent au bien-être au bureau, il existe aussi un moyen tout aussi efficace et bien plus abordable d'augmenter la productivité de son équipe : en réorganisant la place de chacun.e dans l'open space.

Dans un article paru en février dernier dans la Harvard Business Review , Jason Corsello, vice-président du développement stratégique chez Cornerstone OnDemand, et Dylan Minor (professeur adjoint à la Kellogg School of Management, expliquent avoir découvert qu'en regroupant les bons types de collaborateurs ensemble, les managers peuvent significativement améliorer la productivité et la qualité du travail.

Pour parvenir à cette conclusion, les deux chercheurs ont analysé pendant deux ans la productivité (temps moyen pris par un travailleur pour effectuer une tâche donnée), l'efficacité (le taux quotidien moyen auquel un travailleur renvoie une tâche à un autre car il n'a pas pu la résoudre) et la qualité (la satisfaction du client ayant confié la tâche) du travail de quelques 2 000 employés d'une grande entreprise technologique basée aux États-Unis et en Europe.

Mesurer "l'effet de retombée"

À la lumière des résultats, les deux chercheurs ont constaté que la personne assise à côté de vous au bureau avait effectivement un impact (positif ou négatif) sur votre productivité et la qualité du travail que vous produisez au cours d'un jour donnée. C'est ce qu'ils appellent "l'effet de retombée" : environ 10% de la performance d'un travailleur a un impact sur ses voisins de bureau. Jason Corsello et Dylan Minor expliquent ainsi qu'en remplaçant un salarié dilettante par quelqu'un de zélé, il est possible de faire grimper la productivité de ses voisins de bureau de 10% en moyenne.

Mais l'expérience menée par les deux experts ne s'arrête pas là. En fonction des résultats qu'ils ont obtenu, Jason Corsello et Dylan Minor ont catégorisé les travailleurs en trois types :
- les travailleurs productifs, qui ont fini rapidement leur travail mais dont celui manque de qualité,
- les travailleurs de qualité, qui ont produit un travail de qualité supérieure mais dans un temps plus important,
- les généralistes, qui ont rendu un travail moyen, aussi bien de par leur productivité que leur qualité.
Dans l'échantillon donné, 25% des personnes étaient des travailleurs productifs, 25% étaient des travailleurs de qualité et les 50% restants étaient des généralistes.

Les chercheurs ont ensuite formé de manière aléatoire différentes équipes et procédé épisodiquement à des changements de place dans les bureaux. Ils ont alors constaté que les meilleurs aménagements étaient ceux regroupant des employés productifs et de qualité assis l'un à côté de l'autre. Un travailleur de qualité a essayé d'améliorer sa vitesse de rendement tandis que le travailleur productif a lui tâché d'améliorer la qualité de son travail. Lorsque les travailleurs productifs étaient assis à côté de travailleurs de qualité, un gain de productivité de 13% et un grain d'efficacité de 17% ont été constatés.

En revanche, accoler les bureaux de deux travailleurs productifs n'a pas augmenté de façon significative leur productivité. Il en est de même avec les travailleurs de qualité : le fait d'être voisins de bureau n'a pas rendu le travail meilleur. Quant aux généralistes, puisqu'ils étaient moyens dans les deux catégories, ils ont été moins affectés par l'effet de retombée.

Mieux penser la gestion spatiale des travailleurs

Quelle conclusion tirer de cette expérience ? Pour Jason Corsello et Dylan Minor, les résultats qu'ils ont mis en évidence devrait inciter les employeurs à repenser l'espace de travail de leurs salariés afin non seulement de les rendre plus productifs, mais aussi accroître la qualité de leur travail. "Notre étude nous amène à croire qu'une meilleure gestion spatiale des travailleurs peut améliorer la performance de l'individu et de l'équipe. Mais les gestionnaires doivent d'abord se pencher sur la performance des employés et voir où ils voudraient que l'effet de retombée se produise [...] Certes, différentes organisations auront différentes tâches et différents types de retombées. L'arrangement optimal des places pour l'entreprise que nous avons étudiée peut ne pas être le meilleur pour toutes les entreprises. Mais cela illustre comment la conception du bureau peut influencer la performance. Une fois qu'une entreprise identifie les retombées existantes, la direction peut planifier l'espace de l'organisation pour produire de meilleurs résultats. De cette façon, l'espace physique, que les entreprises peuvent gérer de manière relativement peu coûteuse, peut constituer une ressource commerciale importante."