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Par   -  Publié le 8 juin 2009
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Etre une femme au Yémen

L’union des femmes yéménites a participé le 4 juin dernier à la Haye (Pays-Bas) à la Conférence des ONG féminines. On y a discuté des avancées pour les femmes dans les pays arabes en termes juridique, social, et éducatif. Terrafemina vous emmène au Yémen, un pays où les femmes s’affirment peu à peu.

20 ans et déjà prof

20 ans et déjà prof

Amina est professeur d’anglais à Hadiboh, la plus grande ville de l’archipel de Socotra. A peine 20 ans, toute vêtue de noir, elle a le regard perçant et déterminé. La jeune femme explique qu’ici, à Socotra, « ce n’est pas comme au Yémen continental, les possibilités sont assez ouvertes ». L’île au large de la Somalie est sortie de son isolement il y a quelques années avec l’ouverture de l’aéroport, mais l’influence des traditions musulmanes yéménites tarde à se faire sentir. Ici, le modèle de société est très archaïque et les femmes ne travaillent pas. Mais les Socotris semblent ouverts à toute évolution, pour l’instant.


Après le lycée, Amina a suivi des cours à l’université de Sana’a, la capitale du Yémen, puis elle est rentrée à Hadiboh. « Je voulais enseigner les sciences, c’est mon domaine, mais comme il n’y avait pas de professeur d’anglais au collège, et bien j’enseigne l’anglais » explique-t-elle avec flegme. « Il faut absolument que les enfants apprennent l’anglais, surtout avec le récent développement du tourisme sur l’île ».

Une femme respectée

Une femme respectée

La principale difficulté pour enseigner l’anglais ici sur cette île est due au fait que certains enfants ne parlent que le socotri, la langue locale. « Certains mots en anglais n’existent pas en socotri, comme le mot chien par exemple, car il n’y a pas de chiens sur l’île, donc j’utilise l’arabe pour traduire ». Etre une femme lui permet d’être « plus proche des enfants » et, malgré son jeune âge, elle est respectée pour ses qualités d’enseignante par le personnel éducatif.

A son arrivée dans la salle de classe des garçons, le silence se fait. Tous attendent, droits comme des « i » qu’elle les autorise à s’asseoir. Amina ne plaisante pas avec l’autorité. « L’avantage du voile, c’est que les plus âgés de la classe -16 ans- ne peuvent pas savoir que j’ai seulement quelques années de plus qu’eux. » conclut-elle avec amusement.

Sans formation, pas de travail

Sans formation, pas de travail

La situation d’Amina est loin d’être une généralité, a fortiori à Socotra. Au Yémen, plus de 60% des femmes exercent un travail non rémunéré. Dans les zones rurales, il s’agit de travail agricole, en ville, elles sont souvent cantonnées à des postes de secrétariat, de service à la clientèle, d’éducation ou de puériculture.


En 2006, malgré des avancées, elles ne représentaient encore que 37,5 % des travailleurs de l’économie formelle, et seulement 9,2 % du secteur public formel. Le travail leur est difficilement accessible à cause du poids des traditions et de la discrimination sur le lieu de travail.


Mais aussi parce qu’elles sont très peu à faire des études. En cause, le fait que la société yéménite soit encore très agraire, dominée, surtout au Nord, par des traditions tribales. L’urbanisation concerne seulement un tiers de la population,  en majorité dans trois centres : Sana’a, la capitale, Aden et Taïz, au Sud. Malgré l’école obligatoire, les petites filles ne vont pas toutes à l’école, surtout dans les campagnes où elles aident aux travaux des champs. En conséquence, 70% des hommes sont capables de lire et écrire, alors que les femmes plafonnent difficilement à 30%.


Au cœur de l’Arabie heureuse, comme on appelle le Yémen dans la péninsule, la place de la femme dans la société est en train de changer, même si elle est encore loin d’être satisfaisante aux yeux de Human Rights Watch.

Peut mieux faire

Peut mieux faire

Depuis plusieurs années, des associations comme « Yemen Women’s Association » font pression sur le Parlement pour que les femmes bénéficient d’une protection juridique, notamment en cas de mariages forcés, polygamie et lorsqu’elles sont mineures. Rien n’était prévu dans la constitution yéménite, qui s’appuie sur la charia, la loi islamique.


Jusqu’à récemment, la loi yéménite était également discriminatoire à l’égard des femmes en matière de divorce. Le mari pouvait divorcer sans aucune justification, quand la femme ne pouvait pas quitter la maison familiale sans l’approbation de l’époux. Le récent divorce demandé et obtenu par une petite fille de 9 ans, Nojoud Ali, a amorcé un débat politique et une campagne de sensibilisation dans les villages reculés, pour que les pères ne promettent plus leurs filles à un homme avant leurs 15 ans.


En février 2009, une loi a été adoptée, qui relève l’âge légal du mariage de 15 à 17 ans. C’est un grand pas pour le droit des femmes au Yémen, qui devrait permettre de limiter les mariages d’enfants, même si la situation dans les campagnes est encore loin d’être maitrisée.

Une situation préoccupante

Une situation préoccupante

Selon le rapport 2008 du Programme de développement des Nations Unies (PNUD), le Yémen est le pays le plus pauvre du Moyen Orient, au 153è rang sur 177. Plus de 40% de la population est pauvre, un enfant sur deux souffre de malnutrition et seul un tiers des habitants a accès à l’eau potable.


Avec les faibles revenus provenant des quelques gisements de pétrole disputés par l’Arabie Saoudite au Nord, l’Etat yéménite ne dispose que de peu de ressources pour mener des politiques de développement. L’absence de politique démographique est dramatique dans ce pays où chaque femme a en moyenne sept enfants, et où la moitié de la population est âgée de moins de quinze ans.


Les progrès en termes d’éducation et de droits des femmes sont indéniables sur les quinze dernières années, mais il reste encore du chemin à parcourir.


Antoinette Jeanson


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Voir aussi :  femmes    monde    afrique   
 

7 commentaires

cybèle - 04/10/09 16:06
Nous devons nous réunir mondialement pour parler de la condition des Femmes du Monde Entier ! Pour que les Femmes reprennent le contrôle de leur vie et transmettent leur savoir aux plus jeunes.
C'est fini de travailler seules dans son coin ou en petits groupes, dans nos pays respectifs.
Nous devons prendre notre vie en main de manière individuelle, mais aussi, de manière internationale.
Nous devons développer la Sororité et la Solidarité entre femmes.
A quand un R(assemblement) I(nternational) des F(emmes), annuel?
Ces procédés archaïques sont inadmissibles ! Les hommes se soulèvent pour bien moins que ça. Pourquoi les femmes acceptent-elles que l'on continue de faire du mal aux plus jeunes ? Sous prétexte qu'elles "respectent" les lois de certains pays ? Mais nous parlons d'êtres humaines ! Nous parlons de petites Filles qu'on excise, "infibule", voile, enferme, violente, marie, viole, engrosse, et tue!
Au nom de toutes ces horreurs, quand les Femmes vont-elles se soulever et montrer enfin leur écoeurement ? Cette patience des femmes et des féministes me révolte..
99% des richesses mondiales sont détenues par les hommes : pourquoi le passer sous silence ? C'est de cette manière qu'ils maintiennent nos vies entre leurs mains... Nous n'avons que 1% des richesses mondiales sur cette Terre : ça ne fait bondir personne ?

leslie2613 - 05/02/10 22:07
encore un pays où il ne doit pas être facile d'être une femme
isa169 - 08/03/10 12:16
la place de la femme n'est pas évidente dans ce pays
jeant - 13/09/11 16:48
C'est vrai que dans ces pays...
fidjikelyna - 15/11/11 06:27
la vie ne doit pas etre facile dans ce pays, déjà enfant et au champs çà nous ramène combiede decennies en arrière chez nous???
country33 - 23/11/11 14:17
Comme je viens de le lire sur un autre article , ça devient terrible et elles n'ont pas de liberté ou sinon elles le paye cash.
franmic64 - 14/01/12 15:11
Elle ne doivent pas travailler mais comment est il possible de vivre sans apporter un peu de son savoir en n'étant qu'une machine à faire des enfants!

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