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Par   -  Publié le 27 juillet 2010
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Kaori Ito, danseuse non classique

A 12 ans la Japonaise rêvait de danser Gisèle sur les planches de l’Opéra Garnier. Mais dans un pays où l’on peut encore confondre danse et striptease, elle a fait le deuil des tutus roses pour explorer le versant expressif et obscur de son art. Reconnue dans le monde entier à 31 ans, la danseuse et chorégraphe s’arrêtera au festival Escapades de Condom les 6 et 7 août, le temps de quelques « Solos ».

Un mur à franchir

Un mur à franchir © Regina Mierzwa

Petit bout de femme timide et réservée, Kaori Ito aurait-elle pu passer à côté de son destin artistique ? Si aujourd’hui elle évoque la jouissance de « se lâcher complètement et de se transformer sur scène », la danseuse remercie la famille atypique qui l’a élevée à Tokyo. Son père est sculpteur, il fabrique entre autres les personnages de Disney pour les parcs et les boutiques, sa mère crée des bijoux : « ma maison ressemblait aux décors de Tim Burton, les passants croyaient que c’était une maison de fous ! J’ai grandi dans cet univers fantaisiste sans aucune barrière pour l’imagination. » D’où un penchant pour le spectacle et toutes les formes d’art ou d’expression : la danse, le cinéma, le cirque, la peinture et bientôt le film documentaire…

Danse classique et rigueur japonaise
A trois ans les jambes hypertoniques de Kaori ne demandent qu’à bouger. Plutôt dissipée, la petite fille ne tient pas en place. Rien de tel que la danse classique pour canaliser cette énergie, pensent ses parents. A la sauce japonaise, les cours de ballet ne se limitent pas au mercredi après-midi et la discipline est de fer. A 12 ans Kaori voit déjà son emploi du temps chargé du stress des concours et des représentations. « Je n’avais pas plus de talent que les autres, je n’étais pas très souple et n’avait pas un bel en-dehors. Tous les soirs je m’étirais dans mon lit pour parvenir au grand écart. » Acharnée à l’excès elle n’en retire pas encore de plaisir : « C’était comme un mur qu’il fallait que je monte, un défi que je ne voulais pas abandonner », raconte-t-elle.
Son adolescence à l’écart du commun des jeunes-filles, comprimée par des doubles journées entre l’école et les cours de danse, prend fin lorsqu’elle aperçoit le reste du monde et la richesse de sa propre culture.

Rencontre avec la danse contemporaine

Rencontre avec la danse contemporaine © Regina Mierzwa

«  Au Japon, quand je dis que je suis danseuse, on croit que je suis stripteaseuse », déclare-t-elle en riant. Le mythe de la danseuse étoile demeure européen. Et si les tutus de l’Opéra de Paris font rêver les jeunes filles comme Kaori, elles n’osent même pas rêver de ce genre de carrière. « Lorsque j’ai croisé Sylvie Guillem à 11 ans, je l’ai regardée avec admiration ; elle était grande, européenne, c’était sa place, et je me demandais pourquoi moi j’irais jouer les princesse dans Le lac des Cygnes, alors qu’elle le faisait si bien. » L’école de ballet classique au Japon calque l’enseignement européen : « on copiait littéralement la création occidentale, en travaillant beaucoup plus dur, j’ai commencé à me lasser. »

New York, New York
A 17 ans, Kaori veut ouvrir les yeux et décide de rattraper son retard pour explorer l’autre danse, celle qui crée, qui vit à Tokyo et suscite la polémique. « J’ai ouvert le programme culturel de la ville et suis allée voir tous les spectacles sur la liste. » Elle assiste à une représentation de Butô, danse nippone très expressive, noire et torturée, puis Pina Baush… La danse prend une autre dimension, « la danse permet de toucher les gens sans les mots, et je trouve cela très fort », dit-elle aujourd’hui. Elle se nourrit de stages aux côtés de grands chorégraphes, rencontre critiques, producteurs et artistes, et la voilà qui commence à créer. Ses premiers solos sont très vite primés, notamment du National Conference Award, prix des Rencontres internationales chorégraphiques de Seine-Saint-Denis exporté au Japon. En 2004 le prodige décroche une bourse du gouvernement, et prend un aller-simple pour New York ; c’est là que la danse contemporaine s’épanouit et forme les meilleurs danseurs. Elle y intègre le cours de la compagnie Alvin Ailey.

L’école américaine lui apprend à « être » sur scène : « j’ai gagné 120% d’énergie, nous dansions jusqu’à l’épuisement, j’aime cette idée d’aller au bout de soi. » Variant les plaisirs et les découvertes, des battle de hip hop aux cours de Merce Cunningham, ce n’est que lorsque le chorégraphe français Philippe Decouflé lui propose un premier rôle dans son spectacle Iris qu’elle s’imagine faire une carrière de danseuse. Elle a 22 ans.

Interprète, chorégraphe et productrice

Interprète, chorégraphe et productrice © Regina Mierzwa

La France
Iris se joue à Paris, au Théâtre National de Chaillot, une porte ouverte sur toutes les plus grandes compagnies, et c’est le très sélect et renommé ballet d’Angelin Preljocaj d’Aix-en-Provence qui lui fait signer un CDI en 2006. Dans Au revoir parapluie, Mademoiselle Ito joue les acrobates pour James Thierrée, petit-fils de Charlie Chaplin, elle multiplie les rencontres avec le cinéma et le théâtre, chorégraphiant des scènes comme dans Sans moi d’Olivier Panchot où elle dirige Clémence Poesy. Le Japon semble très loin, mais plus pour très longtemps.

Et le Japon…
A 28 ans ressurgit en effet l’envie de parler sa langue natale : « j’avais besoin de donner forme à tout ce que j’avais vu et entendu, de faire aboutir un chapitre de cette vie disparate. J’ai cherché un langage pour présenter ma culture. » Noctiluque, créé en 2008, fera le tour du monde. Pour sa première production Kaori multiplie les clins d’oeil à son enfance et aux monstres gentils du folklore japonais. Alors qu’elle vit à Paris lorsqu’elle n’est pas en tournée, elle rêve d’un plat japonais et regrette l’esprit nippon, plus altruiste selon elle que la mentalité européenne très individualiste. Elle s’est d’ailleurs lancée dans l’écriture d’un documentaire pour illustrer le décalage entre son pays et l’image de celui-ci véhiculée par l’occident.

Danser jusqu’à 103 ans
En pleine préparation de la chorégraphie du prochain spectacle de Denis Podalydès, l’artiste continue de ne pas tenir en place, et lorgne un rôle au cinéma, « pour essayer une autre forme d’expression, plus subtile que l’exagération des mimiques théâtrales » selon elle.
Elle souhaiterait multiplier les rôles à l’infini et danser « jusqu’à 103 ans, comme Kazuo Ono, le danseur de Butô ». Mais quand on lui parle de s’essayer au rôle de mère, elle accepte d’envisager une pause…

 

Kaori Ito se produira au festival Escapades de Condom, dans deux de ses créations : L’Albatros inspiré du poème de Baudelaire le 6 août, et Solos le 7 août. Renseignements et réservations en cliquant ici !

Site officiel de Kaori Ito.

 

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Voir aussi :  japon    parole de femme    artiste    danse   
 

3 commentaires

pussy01360 - 27/07/10 16:09
Beau parcours pour cette jeune femme, comme quoi, quand on a un rêve il fait s'accrocher.
ysabella - 28/07/10 23:07
J'aimerais beaucoup la voir danser. J'aime son côté pugnace et admire sa volonté d'être aller au bout de son rêve et de continuer sur les chemins de l'Art.
pacey2004 - 23/08/10 10:10
La danse demande beaucoup de rigueur, c'est très dur. Bravo à elle.

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