Par
Marine Deffrennes
- Publié le 29 juillet 2010
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Darina al-Joundi, au nom du père
Darina al-Joundi, auteur et comédienne
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« Je ne suis pas une victime. J’agis. » Dans la robe rouge devenue emblématique de son charisme sur scène, Darina al-Joundi impressionne. Celle-ci n’acceptera jamais qu’on la plaigne ou qu’on instrumentalise son histoire, qu’elle préfère raconter elle-même. Ses souvenirs d’enfance suivent pourtant le déroulé d’une guerre civile qui a transformé Beyrouth, sa ville natale, en un chaos infernal. Bébé star libanaise dès 8 ans, elle attend d’avoir 33 ans et une carrière dense de plus de 800 heures de télévision et de théâtre, pour écrire son premier monologue.
Le Jour où Nina Simone a cessé de chanter, c’est le jour de la mort du père. C’est le jour où une femme meurtrie mais debout décide de parler parce que, dit-elle, « les mots devaient sortir pour que les gens soient informés et parce qu’ils allaient m’étouffer ». Sur scène, c’est un soliloque cru et violent pour raconter une histoire dérangeante et hors du commun. Celle d’une famille laïque dans un pays où la liberté de confession a fait place à des luttes sanglantes entre pro-Palestiniens et conservateurs chrétiens.
Créée en 2007 au Festival d’Avignon et applaudie unanimement, la pièce a fait le tour de la France.
« Vous êtes des filles libres »
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Comme en psychanalyse, tout commence et gravite autour du père dans l’histoire de Darina al-Joundi. C’est le seul héros qu’elle connaisse. Esprit libre, athée et volontiers provocateur, il lui fait découvrir le vin et l’ivresse le soir de ses huit ans, l’incite à refuser l’esclavage du soutien-gorge, et applaudit ses frasques d’adolescente dans de grands éclats de rire. Dans le roman publié dans la continuité de la pièce – Le Jour où Nina Simone a cessé de chanter, de Darina al-Joundi et Mohamed Kacimi, éditions Actes Sud-, elle raconte : « Dans ce Liban où chacun n’existe que par sa communauté et sa confession, nous n’avions ni communauté, ni confession. Nous ne savions pas si nous étions chrétiennes ou musulmanes. Quand nous posions la question à notre père, il répondait : - Vous êtes des filles libres, un point c’est tout.» Journaliste d’origine syrienne, il est menacé de mort dans son pays : « Quand je suis née il était en prison, j’ai fait sa connaissance à l’âge de trois ans. Mes sœurs et moi avons appris à ouvrir l’œil en permanence et à parler au téléphone par codes ».
Pas d’amertume pourtant vis-à-vis de ce père fan de Che Guevara qui lui fait découvrir le jazz et la poésie, pendant que ses camarades prennent le voile et se marient. Le jour de son enterrement, la fille préférée ose faire taire les sourates du Coran. Si c’était à refaire, elle n’hésiterait pas, mais elle avait sous-estimé le prix à payer pour son insoumission.
A l’épreuve de l’obscurantisme
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Elle a 33 ans. Artiste confirmée à l’écran et sur les planches, Darina vit en France lorsqu’elle apprend la mort de son père. Le retour à Beyrouth sera fatal. « Il est très rare de recevoir une éducation comme la mienne dans le monde arabe, mon père jouait le rôle de paravent. Avec lui nous étions intouchables, sans lui nous devions rentrer dans le moule. Le moindre de nos actes retombait sur notre mère, et l’accusait d’immoralité. » La comédienne n’a rien fait pour dissimuler son extrême liberté sexuelle et morale ; à Beyrouth les étiquettes de « droguée, pute, folle, lesbienne, athée » lui collent à la peau. Une attitude outrancière dans une société où la femme est une langue étrangère, qu’il faut bâillonner.
« Mon père m’avait dit qu’il voulait du jazz à son enterrement, Nina Simone ou Miles Davis, mais surtout pas le Coran. J’ai crié que ce dieu n’était pas le dieu de mon père ». Elle en a payé le prix fort : elle dit avoir découvert la peur seulement à ce moment-là.
Au Liban la loi permet d’interner une femme sur le simple accord de deux membres de la famille et de deux médecins. Battue en pleine rue par des hommes décidés à « refaire son éducation», elle est droguée et se retrouve en camisole à « l’hôpital des femmes folles » de Jounieh, un couvent où se retrouvent les filles trop libres et celles dont les maris ne veulent plus.
Il n’y a pas qu’au Liban…
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« J’ai compris que je payais le prix de ma liberté insensée de femme dans ce pays d’insensés », déclare-t-elle dans le roman publié après la création de la pièce. En « jouant à la chrétienne » et promettant de ne plus danser, ne plus boire, ne plus sortir avec des hommes et se taire, Darina sort de l’asile. Fuyant le Liban pour de bon, elle prend le premier avion pour Paris. «Aujourd'hui je ne retourne pas souvent dans mon pays, ma culture est en moi. Je n’éprouve ni nostalgie ni rancœur. Il n’y a pas qu’au Liban qu’on enferme et qu’on bat les femmes, combien meurent chaque jour en France sous les coups d’un homme ? », - une tous les trois jours selon les chiffres officiels...
La femme libre ne veut pas se transformer en porte-drapeau, mais continuera à « raconter des histoires » et déverser son franc-parler sur scène, « de toute façon le théâtre est fait pour déranger ». Une deuxième pièce devrait voir le jour en Avignon l’année prochaine. Le sujet ? «Il n’est pas question de ne parler que des femmes. C’est l’injustice en général qui me révolte.» La suite sur les planches…
Le Jour où Nina Simone a cessé de chanter, de Darina al-Joundi, représentation le 5 août à 21h30 dans la Cathédrale de Condom. Renseignements et réservations ici !
Darina al-Joundi et Mohamed Kacimi, Le Jour où Nina Simone a cessé de chanter, Actes Sud, 15 Euros.
ALLER PLUS LOIN :
Kaori Ito, danseuse non classique

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- Il y a 17 s 




Chapeau, Darina ! C'est un beau témoignage, qui montre l'urgence de tenir bon face aux attaques communautaristes contre la laïcité (voir l'article sur la burqa).