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La rédaction
- Publié le 20 mai 2009
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Mars, Vénus et les Journalistes III
Le grand chantier
« Quand on est une femme, il faut simplement en faire deux fois plus », résume Michèle Cotta, ancienne présidente de Radio France et de la Haute Autorité de la Communication audiovisuelle, ensuite passée par la direction de l'information de TF1 et la direction générale de France2 . « On est peut-être plus bosseuses, suggère-t-elle, mais c'est parce qu'on a eu à se donner d'avantage pour réussir ».
Une théorie appuyée par Pierre Tripier, sociologue du travail, qui voit là un effet de sélection naturelle à la Darwin: « Pour monter elles ont dû montrer qu'elles étaient très très très bonnes, alors que les hommes ont juste eu à être très très bons ».
Porte-bébé cherche responsabilité
Les jeunes filles journalistes d'aujourd'hui refusent ces sacrifices. Elles sont prêtes à beaucoup travailler parce que c'est un métier passion, parce qu'elles entrent sur le marché du travail alors que la presse est en crise, parce que le reste du monde est désormais en crise. Mais pas parce qu'elles sont des filles.
Anne-Laure, élève dans une école de journalisme parisienne, admet qu'elle a conscience d'une discrimination faite aux femmes. Mais qu'elle ne la ressent pas. « Je ne crois vraiment pas qu'être une femme m’empêchera d'accéder à des postes de management plus tard. Le fait que je veuille avoir des enfants, et que cela puisse être pénalisant par rapport à mon emploi est aussi une motivation supplémentaire pour “monter” vite; m'installer dans le paysage journalistique avant de prendre mon "congé mat" »
C’est peut-être un vœu pieux. Les jeunes femmes sont aujourd'hui toujours vues comme de potentiels porte-bébés. Alors que la France s'enorgueillit d'avoir en moyenne plus de deux enfants par femme, cette même prouesse est la raison invoquée pour expliquer le manque d'accès des femmes aux postes de responsabilité.
Les femmes journalistes qui veulent monter en grade « sont pénalisées par le fait d'avoir des enfants », affirme le sociologue spécialiste des médias Jean-Marie Charon. « On ne leur propose pas un poste trop élevé quand elles ont des enfants en bas âge, ce qui modifie leur trajectoire de carrière », et peut leur faire perdre entre cinq et dix ans si elles ont plusieurs enfants, par rapport à leurs collègues masculins.
Contre le phénomène de « retard de carrière » pris suite à une grossesse, le groupe Bayard et son journal La Croix ont mis en place une commission sur la question des salaires, souligne Dominique Quinio, qui vérifie notamment que les femmes en congé maternité ne sont pas pénalisées lors des augmentations collectives. Valérie Decamp, la directrice générale de La Tribune, se souvient avoir eu l'occasion de faire évoluer des femmes tout juste rentrées de congé maternité: « elles n'en reviennent toujours pas ! ».
Le pire n'est pas tant le congé maternité, que les femmes à des postes de cadres ont de toute façon tendance à écourter, mais plutôt l'idée que ce seront elles qui s'occuperont des enfants quand ils seront malades ou requerront d'avantage d'attention parentale.
Comme ce sont toujours les femmes qui assument la plus large part des tâches parentales, « c'est sur elles et uniquement sur elles que pèse ce genre de tension, de déchirement, de choix », estime Dominique Méda. Corinne Sorin, directrice de la rédaction de 20 minutes, a « un mari formidable. Il travaille à la maison et s'occupe d'emmener notre fille à l'école et d'aller la chercher. C'est grâce à lui que j'ai pu accéder à ces fonctions de direction stratégique ». « Tant que les hommes n'expérimenteront pas ce qu'est la prise en charge concrète des enfants au quotidien, confirme la sociologue, la question du rapport au pouvoir différencié - ou prétendu tel - des hommes et des femmes restera entière ».
Le Nord et les quotas
Comment parvenir à cette évolution?
Une première piste serait de regarder vers les pays nordiques : « Ce sont des Suédois qui ont assumé le fait que pour la première fois une femme puisse diriger un quotidien d'informations en France », note Valérie Decamp, ancienne directrice générale de Metro France, propriété du groupe de presse suédois Metro International. Selon elle, les différences entre notre système de travail et le système scandinave rendent le modèle du Nord impossible à suivre. En Suède, 480 jours de congé parental sont accordés, dont 60 réservés à chacun des parents. Le reste est divisé par les parents, comme ils le souhaitent. Si le père, par exemple, ne prend pas ses 60 jours, ils perdent ainsi la rémunération élevée qui accompagne la mesure. « Mais ils n'ont pas les 35 heures ! », intervient Valérie Decamp, « le congé paternité, s'il complète le congé maternité, d'accord, mais s'il s'y ajoute ce n'est plus possible à gérer ». " C’est la chef d’entreprise qui parle ", glisse-t-elle.
On pourrait se tourner vers la politique des quotas, mais nos interviewés, hommes, femmes, journalistes ou sociologues, ne sont pas convaincus. En même temps « si on ne compte que sur la logique et l'intellect des organisations ça ne fonctionne pas...», regrette Dominique Quinio.
Ceux et celles qui occupent des postes stratégiques pensent qu'il est possible, et souhaitable, de favoriser les femmes sans souscrire véritablement à la discrimination positive.
Discriminer en demi-teinte?
Au lieu de venir d'une loi, l'impulsion vient, dans ces cas-là, soit de la volonté d'une personne, soit de la volonté politique d'une entreprise. « Je ne fais pas de discrimination positive pour les femmes, mais j'y fais attention », explique Hélène Jouan; Michèle Cotta et Corinne Sorin affirment avoir « favorisé les femmes à égalité de compétence et de sympathie ». Bruno Patino, quant à lui, se félicite d'avoir nommé Dao Nguyen quand il présidait le Monde Interactif, la première directrice de la rédaction de Télérama Fabienne Pascaud, et de voir Laurence Bloch à la direction générale adjointe de France Culture. « C'est une position idéologique de ma part de nommer des femmes. Il faut faire un effort, je ne crois pas que ça s'auto-régule naturellement. J'essaie donc de pratiquer avec cet objectif là, même si ce n'est pas le seul que je prends en compte ».
Révolutionner l'organisation du travail et des tâches familiales, ce défi est à la portée du secteur des médias. Première étape, insistent tous nos sociologues, dresser un véritable bilan social annuel pour établir un constat public et faire évoluer la situation. Et peut-être regarder du côté des pure-players ?
Les journalistes web ne s'arrêtent finalement jamais de travailler : il n'y a plus vraiment de bouclage, au contraire d'une édition papier par exemple. Entre leur ordinateur portable, leur Blackberry et leur iPhone, ils sont connectés en permanence, et ils peuvent écrire ou éditer des articles depuis chez eux. Il devient donc possible d'assumer ses responsabilités professionnelles alors même qu'on s'occupe du petit dernier malade de la varicelle, qu'on soit le père ou la mère. Une piste comme une autre pour empêcher le fatal « retard de carrière », et permettre l'accession des femmes aux postes de direction stratégique.
Johan, Eric, Jean-Marie, embauchez-nous. On aura des enfants, ça ne changera rien du tout, et d'ici 20 ans, ça sera nous les chefs.
Charlotte Pudlowski et Cécile Dehesdin

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un bel article que je viens de découvrir merci
merci pour cet article