Par
Marine Deffrennes
- Publié le 10 novembre 2009
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Après l’envoi de son CV à un recruteur, un maghrébin reçoit trois fois moins de réponses positives qu’un candidat lambda. La loi sur l’égalité des chances n’a pas porté ses fruits. Les très controversées politiques de quotas ou de statistiques ethniques finiront-elles par s’imposer en France ?
Le blocage français
Gabriel est né au Sénégal, salarié de la grande distribution, il quitte son travail en 1994 : « Je me suis rendu compte que j’avançais moins vite que mes collègues malgré une formation et des compétences égales. La direction jugeait les personnes sur leur apparence. » Aujourd’hui directeur régional au sein d’une filiale du groupe PPR, il a trouvé en face de lui des interlocuteurs objectifs : « J’ai 650 personnes sous ma responsabilité, car j’ai eu la chance de tomber sur des esprits ouverts. Je ne suis pas là parce que je suis noir, mais parce que je le mérite. » Les quotas, il est contre, même s’il constate autour de lui que la situation des jeunes issus de l’immigration ne fait que stagner voire régresser.
Pour Jean-François Amadieu, la méfiance envers les mesures intrusives de discrimination positive est loin d’être une exception française. Outre le désir de chacun d’être reconnu pour son savoir-faire et sa formation, il met en avant le danger d’un classement par groupes de la population : « Comment identifier les personnes qui doivent être favorisées par les quotas ? Les handicapés, qui doivent être représentés dans les entreprises à hauteur de 6% -selon la loi sur le handicap de 2005-, font une déclaration de handicap parce qu’on considère qu’ils ont une « employabilité diminuée », mais on ne peut et on ne doit pas considérer qu’un maghrébin est dans cette situation de faiblesse. »
Chez les Anglo-saxons on admet le classement de chaque citoyen dans un groupe ethno-racial, mais les Français sont loin d’adhérer à ce qu’ils considèrent comme un étiquetage communautaire remettant en cause l’assimilation des populations étrangères. L’instauration de « statistiques ethniques », mesure proposée plusieurs fois par les politiques, a été récemment refusée par le Conseil Constitutionnel. Les enjeux délicats et complexes font traîner le débat : faut-il un recensement national à l’anglaise ou un sondage volontaire et anonyme ? Chacun peut-il se déclarer librement arabe, kurde ou juif, mettant ainsi en avant une différence qui n’est parfois pas « visible » ? L’Etat peut-il recenser le parcours de chacun en estimant si oui ou non un métis français fait partie d’une minorité victime de discriminations ? « Faux débat » dénonce Jean-François Amadieu, « Nous disposons déjà d’outils pour mesurer la diversité. La Cnil –Commission nationale de l’informatique et des libertés- évalue la discrimination par le patronyme, les associations, les entreprises et l’Observatoire de la discrimination effectue des comptages et des tests. »
Gabriel veut « faire confiance à l’être humain » plutôt que de bloquer sur des solutions trop compliquées à mettre en place, il espère que « la mentalité des jeunes va évoluer sans qu’on ait besoin d’imposer ou d’interdire.» Le gouvernement actuel doit relever ce défi de redonner ses droits et ses chances à la jeunesse des quartiers défavorisés.
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Cybèle - le 12 novembre 2009 à 14h02 - Recommandé par 0 lecteur
laylay - le 12 novembre 2009 à 11h45 - Recommandé par 0 lecteur