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Par   -  Publié le 22 février 2010
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La gestation pour autrui loin des oubliettes

65% des Français seraient favorables à la légalisation des mères porteuses selon un sondage du JDD paru en octobre 2009. Alors que le rapport Léonetti préconise l’interdiction de la gestation pour autrui, le Sénat propose une loi pour la légaliser. Enquête sur une prise de conscience en germe...

Une réalité clandestine en France

Une réalité clandestine en France  © Goodshot/Gettyimages

Ils seraient entre 400 et 500 couples français à tenter chaque année l’aventure de la GPA -gestation pour autrui- à l’étranger. Plus connue sous le nom de recours à une « mère porteuse», cette pratique interdite en France depuis 1994 ne cesse d’alimenter les controverses.

Laure Camborieux fait partie de ces femmes qui ont traversé l’Atlantique pour faire porter leur enfant par une autre, depuis elle a créé l’association Maia, pour accompagner et informer les couples infertiles sur les solutions existantes : « Au sujet de la gestation pour autrui nous ne pouvons évidemment agir sous quelque forme que ce soit, nous nous contentons d’informer. Les couples sont libres, mais hors de nos frontières ils ne s’adressent pas forcément aux bonnes personnes. »

Laure et son mari ont eu la chance de tomber sur une famille sérieuse en Californie, préférant un contact direct et amical à l'entremise d'une agence. De nombreux couples ont choisi l'état de Californie,  eldorado de la GPA : la loi y est non seulement beaucoup plus flexible que dans la plupart des états américains ou des pays ayant légalisé (entre autres le Canada, le Danemark, Israël, le Royaume-Uni, l’Australie ou la Grèce), mais surtout les couples étrangers y sont les bienvenus et repartent avec des actes de naissance déclarant directement le ou les enfants nés de mère porteuse comme leurs propres enfants. Le hic survient dans  l’hexagone, où la justice refuse toujours de reconnaître les documents américains : « mes enfants ont la nationalité américaine, en France ils n’ont pas d’état civil, si nous disparaissons ils n’ont plus rien » explique Laure.


C’est entre autres pour légiférer et faire exister ces enfants sur le sol français qu’un groupe de 70 sénateurs, droite et gauche confondues, a mené sa propre enquête sur la GPA, parallèlement à la mission parlementaire sur les lois bioéthiquesUne proposition de loi  a vu le jour à la fin janvier, à mille lieues de l’interdiction prônée par le rapport Léonetti. Un voyage outre-Manche et un aperçu des pratiques étrangères aurait fait basculer ce bastion de sages du côté des pros « GPA ».

 

Un acte banalisé à l’étranger

Un acte banalisé à l’étranger © Goodshot/Gettyimages

Etonnant de constater combien il est aisé sur Internet d’entrer en contact avec une agence de mères porteuses ou des femmes étrangères candidates à la GPA. Tapez « Surro angel », contraction de « surrogate mother» (mère de substitution), sur un moteur de recherche, vous n’avez que l’embarras du choix. «Conceptual Options », une agence de San Diego (Californie) spécialisée dans la GPA et le don d’ovocytes, dispose même d’une interface en français. La fondatrice, Theresa Erickson, avocate de formation, comprend la réticence de certains gouvernements à légaliser : « il faut être sûr que les femmes ne sont pas exploitées, mais quand une agence réputée gère la chose, cela n’arrive pas ». Les critères pour devenir mère porteuse varient selon les agences, mais les plus sérieuses recrutent des femmes de moins de 37 ans, en bonne santé, et ayant déjà eu au moins un enfant à elles.

Jennifer entrait donc dans les candidates éligibles. Cette américaine de 33 ans, manager en ressources humaines vit avec son fils de 4 ans.  Enceinte de quatre mois et demi, elle lui a expliqué que l’enfant à naître ne deviendrait jamais son petit-frère : « Il y a des femmes qui veulent un bébé comme maman, mais elles ne le peuvent pas car leur ventre est « cassé », alors maman fait grandir un bébé dans son ventre pour le donner ensuite. »  Elle n’a jamais rencontré la future mère, elles se sont envoyé quelques emails… Celle-ci est italienne et célibataire. Elle s’efforce de  rester discrète car la GPA n’est pas autorisée dans son pays, mais cela n’inquiète pas Jennifer, dont le nom ne figurera nulle part sur les papiers de l’enfant : « Je vais accoucher en Californie, par césarienne comme ce fut le cas pour la naissance de mon fils, c’est plutôt un avantage pour la maman, qui pourra planifier son voyage et être là au bon moment. »

Des exemples à suivre ?

Des exemples à suivre ? © Goodshot/Gettyimages

Jennifer touchera 30 000 dollars  -soit environ 22000 Euros - de « compensation», pour ses 9 mois de grossesse. Loin de se sentir humiliée par le procédé et l’argent versé, elle s’estime valorisée : « Je donne à quelqu’un une chance de construire sa propre famille, c’est quelque chose qu’elle n’aurait pu faire sans mon aide. C’est un sentiment merveilleux. » Mais comment faire la part entre les candidates généreuses et les femmes implicitement contraintes par leur situation économique ?

En Géorgie, où 17% de la population totale se trouve en situation d’extrême pauvreté, la GPA commerciale est autorisée depuis 1997. Mariam Kukunashvili, experte en management et économie de la santé, a créé sa propre agence de mères porteuses et de don d’ovocyte : « Payées entre 10000 et 12000 dollars, - le salaire mensuel moyen ne dépasse pas 68 dollars (soit un peu moins de 50 Euros) dans le pays ( NDLR) - Les candidates sont des mères de famille qui ont des besoins financiers, elles nous connaissent grâce aux émissions et aux articles qu’elles lisent dans la presse. ». Pour Mariam, il n’est pas question d’exploiter la pauvreté de ces femmes : « Les mères porteuses et les parents d’intention s’aident mutuellement : l’une a l’argent mais ne peut pas avoir d’enfant, l’autre peut porter un enfant mais a besoin d’un coup de pouce financier. Malheureusement personne ne reçoit tous les dons de la nature ou de Dieu. » Venus de toute l’Europe, Allemagne en tête, ses patients, -couples infertiles, homosexuels ou célibataires- quittent le pays avec un bébé qui porte leur nom, mais qui n’a parfois aucun lien génétique avec eux (lorsqu’il est issu d’un double don de gamètes), et qui ne connaîtra sans doute jamais la bonne âme qui l’a porté.

 
C’est dans le but d’éviter les dérives mercantiles et génétiques incontrôlables dès lors  qu’elles se jouent dans des juridictions étrangères, que de plus en plus de personnalités politiques, de psychiatres et de médecins se penchent sur le sujet et changent leur fusil d’épaule.

Plus qu’une loi, un remède nécessaire

Plus qu’une loi, un remède nécessaire © Goodshot/Gettyimages

« Le blocage de la France sur le sujet des mères porteuses est légitime, il est éthique et sage », estime Valérie Sébag, maître de conférence en Droit à l’Université Paris XIII et spécialiste des questions de bioéthique. « Mais aujourd’hui le débat évolue et le droit français doit trancher sur la question pour que nos valeurs éthiques ne soient pas remises en question par des fuites vers l’étranger, » ajoute la juriste.
La proposition de loi déposée par un groupe de sénateurs -emmené par Michèle André, sénatrice dans le Puy de Dôme – s’est inspirée des modèles britannique et grec. Son parti pris : considérer la GPA comme une nouvelle technique d’Aide médicale à la procréation, au même titre que la fécondation in-vitro, le don de spermatozoïdes ou d’ovocytes.

Gynécologue obstétricien à Paris, Christine Vahdat explique que « le recours à une mère porteuse incarne le seul remède pour les femmes souffrant de pathologies graves de l’utérus ». On recenserait entre 200 et 300 cas par an, en comptabilisant les femmes atteintes du syndrome MRKH (absence partielle ou totale de vagin ou d’utérus), et celles ayant subi une hystérectomie (ablation de l’utérus) à la suite d’une hémorragie pendant l’accouchement (une naissance sur 10000). « Ces femmes finalement peu nombreuses sont mises hors circuit de la maternité, les techniques d’aide médicale à la procréation ne peuvent rien pour elles : la gestation pour autrui ne devrait être autorisée que dans ces cas précis, sous l’autorité d’un collège national qui étudierait chaque dossier avant de décider si oui ou non, le couple peut faire porter son enfant par une autre. Ces patientes gravement touchées par l’infertilité pourraient enfin tenter leur chance » allègue C.Vahdat.

Bien loin de souscrire au dangereux concept du « droit à l’enfant », les groupes de réflexion et les associations d’aide aux couples infertiles (CLARA, Maia, pour ne citer qu’elles) défendent l’idée d’une pratique éclairée et consciente de la gestation pour autrui. Le psychiatre de la famille, Serge Hefez, ne manque pas de rappeler que même encadré par la loi, l’acte de porter un enfant pour une autre ou de laisser une autre porter son enfant ne deviendra jamais anodin en France : « Toutes les femmes ne sont pas aptes psychologiquement à ce genre d’expérience. Mais l’exemple britannique après 10 ans a montré que tout se passait très bien lorsque chacun trouvait sa place et que l’enfant était informé. Pas de troubles de l’identité comme c’est le cas chez les enfants nés de dons de gamètes, et pas de traumatisme pour la mère porteuse dès l’instant où elle garde un lien privilégié avec la famille », lien souvent assimilé à celui d’une « super nounou ».

Après tout, les nourrices prêtaient bien leur sein...

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Voir aussi :  maternité    bebe    parents    embryon   
Le débat sur les mères porteuses... Qu'en pensez-vous ?
           
 

8 commentaires

camille - 22/02/10 12:00
Je trouve déplorable la situation de la France, qui interdit l'accès aux mères porteuses et du coup oblige les couples à partir ailleurs. Quelle hypocrisie!ça rappelle l'époque de l'IVG il ya plus de trente ans où les femmes étaient obligées d'aller avorter dans un autre pays. La Fracne se défausse de ses problèmes d'infertilité et ça c'est inacceptable!
lolo13 - 22/02/10 20:38
je suis pour, c'est dommage que la FRance interdise les mères porteuses, encore un débat qui n'a pas de sens. La France et ses limites !!!!
leslie2613 - 01/03/10 18:43
et bien pour ma part, je reste sceptique sur l'instauration des mères porteuses en france. Je pense d'une part qu'il y a déjà suffisament d'orphelins dans le monde qui ne demandent qu'à être aimé par deux parents et d'autre part je trouve le sytème des mères porteuses risquées en matière d'attachement à l'être qui grandit en soi et qui ne sera jamais votre enfant. je ne suis pas sure que sur un plan psychologique, ce système soit la meilleure réponse au désir d'enfant. mais ce n'est qu'un humble avis
isa169 - 06/03/10 09:19
la france est vraiment un pays trés coçincé avec tant de tabous!!!
country33 - 13/10/11 08:00
Îl y a encore dans certains pays de gros soucis de mères porteuses qui changent d'avis et ne donnent plus les enfants, alors je comprends pourquoi c'est aussi dur de faire des lois sur ce problème là.
ladymam - 23/11/11 16:56
c 'est peut etre bien pour les femmes qui ne peuvent pas donner la vie , mais je sais que je n 'aurai jamais pu porter un enfant et le donner ensuite !!
jujuleretour - Il y a 1 sem
Je ne pense pas que le débat est bloqué par des tabous mais bel et bien par des questions existentielles majeures quant à l'équilibre psychologique des enfants qui sont issus de ces grossesses hors normes ...
franmic64 - Il y a 1 sem
Cet un sujet très délicat certes mais il faut avancer à ce niveau auquel cas, cela se fera, mais à l'étranger. Je ne suis pas persuadée qu'un encadrement sérieux soit mis en place dans ce cas!

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