Par
Véronique Vanhove
- Publié le 17 mars 2011
0
2
Lille : Parcours féminin au Palais des Beaux Arts
Lille : Parcours féminin au Palais des Beaux Art
C’est à Anne-Françoise LEMAITRE, directrice du développement et de la communication du Palais des Beaux Arts de Lille, que l’on doit notre journée de la femme avec le groupe Terrafemina Lille.
Rendez-vous était pris le mercredi 9 mars pour une visite sur le thème « La Femme dans l’Art » : sa représentation au cours des siècles selon son rôle, son statut, les codes de société. Parcours passionnant pour une trentaine de visiteuses, à l’écoute de guides brillantes, dans ce bâtiment magnifique dont la collection couvre l’histoire de l’art jusqu’aux tous débuts du XXème siècle.
Tour à tour mère, épouse, pécheresse repentie, institutrice, amoureuse ou mondaine, puissante ou anonyme, la femme apparaît, dans ce lieu d’exposition, à la fois accessible et éternelle, respectable et respectée. Essai de décryptage.
Photo : Anne Françoise Lemaître, directrice du développement et de la communication du Palais des Beaux Arts et Véronique Vanhove pour Terrafemina Lille
La mère
Le parcours peut commencer avec ces Mères de légende de « l’Exaleiptron », très beau vase à figure noire de l’antiquité grecque (-560 av. J.C.) dont une des faces représente deux mères encadrant leur fils au combat ; Achille et Memnon se battent, Thétis, mère d’Achille, et Eos, déesse de l’Aurore, les pleurent car ils vont mourir. La légende se plaît à reconnaître dans la rosée matinale les larmes d’Eos.
Le Moyen Age nous offre quelques chefs-d’œuvre dont la Mère éternelle avec une « Madone mosane » de 1350 en marbre, une Vierge debout qui allaite son enfant, symbole de la charité première, le don total.
La pécheresse
En femme pécheresse repentie la figure de Marie-Madeleine est omniprésente dans toute l’iconographie religieuse, elle synthétise de nombreuses représentations de saintes femmes des écritures : Marie qui lave les pieds du Christ, Marie de Béthanie, sœur de Marthe et de Lazarre, Marie de Magdala, qui assiste à la Crucifixion, la mise au tombeau et la première apparition, et Marie l’Egyptienne, la prostituée repentie et recluse au désert. Elle incarne le péché et la pénitence comme rédemption. Rubens la peint dans sa magnifique « Descente de Croix » de Lille, avec une cascade de cheveux blonds et un grand manteau de soie moirée or, doublé de rose dont le drapé tombe harmonieusement autour de ses pieds.
Image : ENS, Descente de croix © Palais des Beaux Arts de Lille
Séduction et légèreté
La notion de « genre » prend toute sa dimension au XVIIe siècle, avec la primauté de la peinture d’histoire, elle est prétexte à de nombreuses représentions féminines qui, sous couvert d’épopées mythologiques ou d’allégories, renvoient à une évocation légère. La toile « l’Enlèvement d’Europe » de Jordaens à Lille en est un bon exemple : elle illustre le rêve d’Europe, fille du roi de Tyr, (actuel Liban). Zeus la encontre sur une plage et veut la séduire sans craindre les foudres de sa femme Héra, jalouse. Il se transforme en taureau blanc, porte un crocus à la bouche dont l’odeur attire Europe, elle s’approche et il l’emporte sur une île grecque où ils s’accouplent… (Conte tiré des « Métamorphoses » d’Ovide)
La parure, atout et éternel féminin est également présente avec ce très beau portrait de « Mademoiselle Elisabeth de Largillière », fille du peintre Nicolas de Largillière qui la représente l’année de son mariage, vêtue de brocard, velours et dentelles, cheveux poudrés, pierres précieuses et perles, symboles du mariage, fleurs d’oranger piquées dans les cheveux et œillets blancs et rouges montés en broche comme ornement du corsage, qui renvoient à la pureté des sentiments et à l’amour sincère.
Image : JORDAENS, « l’Enlèvement d’Europe » © Palais des Beaux Arts de Lille
Scènes et tendresse du quotidien
Le tableau de Jacobus Vrel, « la leçon de lecture », est le parfait exemple d’une scène du quotidien d’une femme instruite et pédagogue qui veut transmettre son savoir. Cela se passe en Hollande et sans doute dans un foyer protestant où l’attention aux enfants et à leur éducation est une préoccupation de tous les jours, bien plus que dans les foyers catholiques à la même époque.
Dans « le Baiser » de Carolus Duran, l’artiste a rendu avec pudeur et délicatesse la tendre intimité qui le lie à sa femme Pauline-Marie-Charlotte Croizette, artiste elle aussi. Peintre pastelliste et miniaturiste d’un certain renom, celle-ci ne semble pourtant pas avoir conquis la postérité. Une oubliée des historiens de l’art, qui ont longtemps été peu préoccupés par la créativité des femmes…
Image : CAROLUS DURAN « Le baiser » © Palais des Beaux Arts de Lille
Corps féminin, geste masculin
Car, soyons lucides, les femmes sont peintes par les hommes. Notre image ne nous appartient pas. Pour une Camille Claudel (citons son magnifique buste de « Mlle Massary ») reconnue grâce au cinéma, combien d’oubliées ? Certes, il y a Berthe Morisot, mais dans l’ombre de son beau-frère Manet dont elle est le modèle et la muse, (« Berthe Morisot à l’éventail » de Manet).
Le choix de notre représentation appartient au sexe dominant, le plus souvent sans notre aval. « Le meilleur moyen d’entrer dans un musée pour une femme reste de se déshabiller » disait le groupe militant américain des Guerilla Girls en 2008, et en effet 85% des nus représentent des femmes
Image : MANET,Berthe morisot à l'éventail © Palais des Beaux Arts de Lille
Les femmes croquées par les femmes
Pourtant elles excellent dans les arts, mais en marge. A l’Ecole des Beaux Arts, 60% des élèves sont des femmes, mais dans les musées, elles ne représentent que 10% des artistes exposés. Les années 1970 et le féminisme ont ouvert des brèches, les femmes sont plus nombreuses, certaines très connues (Sophie Calle, Annette Messager, Louise Bourgeois…) et les galeristes plus ouverts.
Volontiers pionnières, elles explorent la photo, les performances, les vidéos. En 2008, et pour deux ans, le Centre Pompidou a inauguré un accrochage féminin sur 7000 mètres carrés avec des centaines de toiles regroupées par thèmes. Et pourquoi pas le thème de « la Femme vue par les femmes ? » Ce mercredi 9 mars, autour d’un lunch, fort convivial, la thématique était au rendez-vous, avec son lot de questions, à refaire absolument !
VOIR AUSSI
Un club de buveuses de bière en talons aiguilles dans le Nord
Lille : l’histoire des femmes du Nord au musée de l’hospice comtesse
LaM, le musée lillois s’ouvre à l’Art brut

-





