Hiroko Koshino expose son style et sa peinture aux Arts décoratifs

Hiroko Koshino expose son style et sa peinture aux Arts décoratifs
Hiroko Koshino expose son style et sa peinture aux Arts décoratifs
Styliste emblématique du Japon depuis 50 ans, Hiroko Koshino déserte les podiums des défilés pour exposer ses collections en même temps que ses peintures. Artiste calligraphe reconnue et directrice d’un empire de la mode, elle pose ses robes et ses tableaux au Musée des Arts décoratifs du 7 au 10 juillet. Interview.
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Terrafemina : Pouvez-vous nous parler de l’exposition qui s’ouvre au Musée des Arts décoratifs le 7 juillet ?

Hiroko Koshino : Le monde d’aujourd’hui a besoin de valeurs spirituelles. Je souhaite poursuivre quelque chose de plus pur, dans cette société régie par la possession et le matérialisme. Je crois que ces valeurs spirituelles touchent la création de notre époque, et je les trouve dans la philosophie ZEN et dans la peinture à l’encre de Chine. D’une certaine façon, cette peinture peut sembler très primitive, mais sans profusion de couleurs, elle atteint l’essentiel, une beauté pure. J’ai moi-même peint pendant des années. Pour cette exposition, j’ai infusé la texture de mes peintures dans les vêtements, pour qu'ils expriment le sens et la spiritualité de mes dessins. Pour mon exposition à Paris en 2010, mes peintures elles-mêmes étaient transformées en textile, et devenaient alors des vêtements. C’était une collection printemps/été, pleine de couleurs. L’exposition de juillet 2011 sera différente. L’étage principal sera en noir et blanc, le premier étage en rouge. En fait je veux présenter mes créations avec le moins de couleurs possible.

TF : Vous ne participez plus aux Fashion week parisiennes depuis longtemps, mais exposez depuis deux ans vos tableaux et vos collections dans des musées de la capitale française, pourquoi ce choix ? Et pourquoi à Paris ?

H. K. : Paris est typiquement le lieu où les gens acceptent la création. Et ceux qui comprennent son importance affluent ici du monde entier. Je veux savoir si mon art est accepté à Paris. Les défilés de mode sont destinés aux acheteurs et aux journalistes, alors que moi je cherche à montrer le processus par le quel je crée mes collections, un défilé ne peut montrer cela, ni les détails et les qualités des produits. C’est pourquoi j’essaie de privilégier les expositions.

TF : Vous êtes à la tête d’un empire qui comprend la mode, le parfum et la cosmétique, comment fait-on pour être à la fois artiste et femme d’affaires ?

H. K. : J’accepte la responsabilité de directrice commerciale. Je suis styliste, et en même temps, j’essaie en permanence de créer des objets qui séduisent le plus de monde possible. Je suis une « marketeuse ». Sans le « sens du marketing », vous êtes juste un artiste. Un styliste est capable de faire résonner les gens avec lui/elle, et de les faire rêver. Je suis chef d’entreprise mais je ne cours pas seulement après les chiffres. Je pense que le management représente une forme de design : ce n’est pas seulement créer de belles choses,c'est aussi exprimer quelque chose dans l’esprit des gens. Comment puis-je exprimer ma singularité en suivant la tendance du moment, et comment puis-je séduire les gens avec ma création ? Tous ceux qui sont dans les affaires, et même les politiciens, doivent posséder le sens du design dans les affaires.

TF : Vous avez ouvert votre première maison de haute-couture en 1964 au Japon, quel regard portez-vous sur la mode et son évolution durant ces 50 dernières années ?

H. K. : Il y a 50 ans, le Japon n’était pas entré dans l’ère de la consommation de masse. La mode consistait plutôt en une production fait-maison. Nous rêvions de la Haute-couture parisienne. A présent, nous sommes fiers de notre création, comme de nos tissus, de toutes nos matières, mais aussi de notre savoir-faire. Avant nous rêvions de Paris et nous imitions ses stylistes. Aujourd’hui nous avons notre propre idée de la mode, qui s'ajoute aux canons historiques de la mode occidentale. Les consommateurs sont également plus mûrs de nos jours. L’explosion de la « Fast-fashion » (H&M, Zara) en est une conséquence. Tout cela cohabite.

TF : Vous êtes une artiste reconnue dans la calligraphie, qu’est-ce qui vous plaît dans cet art ? Comment résonne-t-il avec votre travail de styliste ?

H. K. : La peinture à l’encre de Chine utilise seulement le noir. Vous pouvez obtenir une large variété de noirs en mélangeant l’eau et l’encre. C’est très spirituel et imprévisible. Il est très significatif de constater que l’encre de Chine est appréciée dans cette société matérialiste, et j’ai essayé de transformer cette valeur en vêtements. En insufflant un peu de l’esthétique traditionnelle japonaise dans la mode occidentale, j'ai voulu faire naître une nouvelle forme de création.

TF : Comment avez-vous vécu le séisme et la catastrophe nucléaire qui ont touché le Japon cette année ? Pensez-vous que cet évènement va se répercuter dans la production artistique nippone ?

H. K. : Nous avons beaucoup souffert. Nous avons vécu Hiroshima et Nagasaki. Historiquement, nous avons été marqués par la question nucléaire. Le Japon est entouré de plaques susceptibles de créer un tremblement de terre. Nous vivons dans des conditions naturelles difficiles, et face à ces conditions hostiles, nous créons notre propre culture, une culture d'autant plus forte . Nous avons compris qu’il est impossible de dompter la nature, ressenti notre propre incompétence et notre faiblesse, mais en même temps, nous avons senti notre potentiel. Nous avons appris de ce désastre, à être résistants et à conserver notre identité propre. Nous devons la soigner, et travailler à une création pure et spirituelle.

Hiroko Koshino Creations 2011, Les Arts décoratifs Hall des Maréchaux, 103 rue de Rivoli, 75001, Paris. Du 7 au 10 juillet.
Le site d'Hiroko Koshino

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