Par
Marine Deffrennes
- Publié le 28 juillet 2010
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L’art selon Elles, les femmes débarquent en Normandie
De l’impressionnisme au contemporain, du côté des femmes
© Suzanne Valadon
Soline Haudouin et Géraldine Genin dirigent l’agence Tilt, spécialisée dans la communication culturelle. Elles sont chargées du commissariat de l’exposition « L’art selon elles » présentée à l’Espace culturel les Dominicaines à Pont-l’Evêque.
Terrafemina : Comment est née l’exposition « L’art selon Elles » ?
Géraldine Genin: L’espace culturel les Dominicaines de Pont-l’Evêque organise chaque année une grande exposition estivale sur trois mois, en prenant une thématique transversale de l’histoire de l’art capable de toucher à la fois les novices et les gens qui ont un regard confirmé. Le choix de se consacrer aux femmes s’est imposé dans la lignée des nombreuses initiatives comme celle du Centre Pompidou dont l’exposition « Elles» se poursuit jusqu’en 2011. En tant que commissaire de l’exposition, notre agence devait sélectionner les œuvres et surtout problématiser leur regroupement, donner un sens à la présence féminine dans l’art depuis le 19e siècle.

Suzanne Valadon, Femme s'essuyant, eau-forte, 48x31 cm, courtesy Galerie Paul Prouté Paris.
TF : Quelle approche avez-vous choisie pour présenter cette kyrielle d’artistes femmes ?
G.G. : La difficulté principale était de construire et de tisser l’exposition qui couvrait une vaste période – de 1850 à nos jours. Nous avons surtout cherché à ne pas stigmatiser un genre artistique féminin, en montrant comment les femmes se sont approprié petit à petit des thèmes généralement réservés aux hommes dans l’histoire de l’art.
Soline Haudouin: Le nu par exemple, domaine généralement réservé aux hommes a été abondamment traité par Suzanne Valadon (1865-1938). Elle a beaucoup travaillé avec son maître Edgar Degas et en a subi l’influence ; elle a repris l’image de la femme à la toilette, qui, à l’aube du 20e siècle n’était pas encore traitée par les femmes. Rosa Bonheur (1822-1899), elle, a peint les marchés bovins, lieux masculins par excellence ; elle cherchait déjà à s’affranchir du sexisme de la société en affirmant son homosexualité et en portant des pantalons. L’exposition souligne à quel point ces femmes se sont aventurées là où on ne les attendait pas.


Carole Benzaken, Ibowa-4 (allumé et éteint), 2010, crayon de couleur et encre de Chine sur film inclus dans un cadre lumineux, 37 x 50,5 cm, courtesy Galerie Nathalie Obadia, Paris.
TF : La scénographie de l’exposition n’est pas chronologique, quel parcours proposez-vous au public ?
G.G. : Nous déclinons le parcours en quatre espaces thématiques : le paysage, l’abstraction, le regard sur la société et l’intimité. Nous voulions confronter les œuvres au-delà des époques, cela permet de créer des correspondances. Dans les paysages on peut voir une œuvre de Carole Benzaken (née en 1964) qui joue sur notre perception d’un décor naturel confrontée à une huile sur toile de Georgette Agutte (1867-1922) ; les traitements sont opposés mais un dialogue s’établit.
S.H. : le parcours thématique permet de ne pas être didactique et de montrer la variété des thèmes et des techniques (sculpture, huile, crayon, vidéo, crochet, etc.) utilisés. Le public est amené à comprendre que toutes ces femmes ont joué un rôle dans l’élaboration de l’histoire de l’art, en tant qu’artiste et non en tant que femme.
Vignette : Suzanne Valadon, Femme s'essuyant, eau-forte, 48x31 cm, courtesy Galerie Paul Prouté Paris.
Femme artiste ou artiste femme ?
© Suzanne Valadon
Terrafemina : Depuis mai 2009, le Centre Pompidou expose aussi ses artistes femmes dans la rétrospective ELLES, s’agit-il d’une mode ou y a-t-il encore un combat à mener pour la reconnaissance des artistes femmes ?
Soline Haudouin: Si ces expositions ont lieu, c’est qu’il y a encore quelque chose à dire. A l’école des Beaux-Arts de Paris, les effectifs sont majoritairement féminins, pourtant dans les galeries, les artistes exposés sont le plus souvent des hommes. Sans tomber dans la revendication féministe, on se rend compte qu’il est nécessaire de montrer la contribution des femmes à l’histoire de l’art. Une partie du travail a été fait, mais les artistes contemporains que nous rencontrons nous avouent qu’elles ont parfois du mal à se faire une place sur le marché de l’art, les raisons en sont multiples mais le fait d’être une femme n’aide pas toujours.
TF : Pensez-vous que l’art soit sexué ? Peut-on identifier une féminité artistique ?
Géraldine Genin : Non, là-dessus nous sommes d’accord et les artistes aussi. Pour autant il est toujours intéressant de voir comment les gens perçoivent une œuvre. La photographe contemporaine Sophie Ristelhueber nous a confié que très souvent on prenait son travail pour celui d’un homme et quand elle se présentait les gens étaient surpris. C’est une question de regard porté sur les œuvres, et ce regard peut se tromper.

Louise Bourgeois, Metamorfosis, 1999, 7 gravures, courtesy Galerie Lelong, Paris.
TF : Certaines artistes ont-elles cherché à affirmer leur féminité, voire à la revendiquer dans leur création et dans leur rôle social ?
S.H. : J’ai dit que dans l’histoire de l’art les femmes existaient en tant qu’artiste et non en tant que femme, mais dans la société, elles ont eu un rôle à jouer en tant qu’ « artiste femme ». Rosa Bonheur et Berthe Morisot ont fait bouger certains codes en se faisant accepter dans des courants très masculins ; les hommes ont joué le rôle de mentor pour elles. Les artistes d’aujourd’hui sont parvenues à se hisser là où elles sont par leur propre cursus, sans le concours d’un maître ou d’un amant collectionneur !
G.G. : Dans les années 60 des artistes féministes ont pris le pli du mouvement social et leurs œuvres voulaient provoquer ou dénoncer : alors que les Guerrilla Girls ont rédigé un manifeste sur « les avantages d’être une femme artiste », on érige Louise Bourgeois en super modèle sans que celle-ci ait revendiqué quoi que ce soit, et Nicola. L. s’interroge sur le corps de la femme dans des œuvres comme La femme-commode ou La femme-table.
Vignette : Berthe Morisot, In the Garden, Photos.com.
De Céline Cléron à Camille Claudel
© Suzanne Valadon
TF : l’exposition permet-elle de (re)découvrir des artistes méconnues ?
Géraldine Genin: l’exposition fait se rencontrer des artistes très connues comme Camille Claudel ou Sonia Delaunay et d’autres plus confidentielles comme Aurélie Mathigot ; des artistes normandes comme Yvonne Guégan, et des artistes internationales comme Yayoi Kusama. Chaque œuvre prend une nouvelle dimension dans une exposition.
Soline Haudouin : Céline Cléron, l’un de nos coups de cœur se retrouve entourée de Louise Bourgeois et de Geneviève Claisse, une personnalité très importante de l’abstraction, et elle y a toute sa place. Les photos de femmes archi-connues de Lisette Model côtoient dans l’exposition celles de Arezu Karoubi, une photographe iranienne que nous avons découverte en préparant cette exposition. Elle propose des autoportraits de nus en jouant sur l’évolution du papier photo. L’œuvre n’est jamais la même, et la perception du corps de la femme évolue.

Céline Cléron, No spring till now, 2007, porcelaine tendre, tige d'argent, 30 x 19 x 15 cm, édition limitée et numérotée, co-édition Sèvres-Cité de la Céramique et Guillaume Priest, collection privée, Paris.
TF : Quelles sont vos coups de cœur parmi les œuvres accrochées ?
S.H : Pour moi il s’agit d’une aquarelle de Rebecca Bournigault, Indonésie 09/ 08, datée de 2008. Elle fait partie d’une série appelée "Les émeutiers", réunissant des portraits d’émeutiers dans diverses régions du monde. Je la trouve impressionnante et je ne saurais expliquer pour quoi elle me touche.

Rebecca Bournigault, Indonésie 09/08, 2008, série Les Emeutiers, aquarelle sur papier, 142 x106 cm, courtesy Galerie Frédéric Giroux, Paris.
G.G. : Oui il y a un contraste entre la douceur, la rapidité d’une aquarelle et le sujet très dur de la souffrance qui est peinte. Nous avons eu toutes les deux un coup de cœur pour cette toile pendant l’accrochage. Je citerais aussi la céramique de Céline Cléron, No spring till now. On y décèle une tension entre un objet féminin, précieux, et la cruauté des insectes épinglés, entre l’objet précieux et l’outil mortifère. Elle fait partie, comme le peintre Carole Benzaken, de ces artistes que nous avons rencontrées et auxquelles nous nous sommes attachées autant qu’à leurs œuvres.
« L’art selon Elles »,
Du 5 juin au 19 septembre 2010
Espace Culturel les Dominicaines
PONT-L’EVEQUE
http://espacelesdominicaines.over-blog.com/article-l-art-selon-elles-51707528.html
ALLER PLUS LOIN :
Willy Ronis, l'émotion photographique

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Je salue cette initiative. Les artistes femmes sont nombreuses et bien évidemment talentueuses.Pourquoi donc ne sont-elles pas encore suffisamment reconnues? Stop au sexisme et à la main mise des hommes dans des domaines complètement injustifiés! Il faut aider les artistes femmes...
très bonne idée d'exposition, les femmes ont autant de talent que les hommes et bien souvent il n'est pas reconnu.