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Par   -  Publié le 7 octobre 2010
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Observatoire Orange-TF : L’école est-elle has been ?

L’Observatoire Orange-Terrafemina sur les révolutions numériques pousse les portes des salles de classe. Ipod, Google Earth, blogs, tableaux interactifs, podcasts, les nouveaux outils de travail des écoliers n’ont pas fini de faire parler. Parents et profs sont-ils prêts à voir l’école changer de visage ? Le système éducatif saura-t-il armer les « digital natives » (génération du tout numérique) pour la vie professionnelle ?  Voici les résultats de notre enquête sur l’école de demain.

Une révolution qui n’épargne pas l’école

Une révolution qui n’épargne pas l’école

Caroline Jouneau-Sion, enseignante en histoire-géographie au lycée lycée Germaine Tillion à Sain-Bel (Rhône), n’a pas attendu qu’on lui livre un TNI – tableau numérique interactif- pour connecter sa classe à Internet : « Avant que le Wi-fi ne soit installé dans le bâtiment, j’autorisais parfois les élèves à sortir leur smartphone pour chercher des informations ». Dépassé le mythe du prof enfermé derrière ses binocles et ses livres aux pages jaunies : la troisième vague de l’observatoire réalisé par Orange et Terrafemina dévoile une génération d’enseignants dopés à la 3G et au multimédia. Consultant chargé des nouvelles technologies au sein de la société Education & Territoires, Serge Pouts-Lajus acquiesce : « Quand il se présente, le professeur d’aujourd’hui doit donner son adresse email juste après son nom, et annoncer des projets informatiques dès le premier jour. Les profs l’ont compris et sont très motivés. » Et les parents n’en attendent pas moins d’eux ! Selon le sondage réalisé par l’institut Isama pour Orange et Terrafemina, 98% des parents d’élèves estiment que la maîtrise des outils numériques est importante pour l’avenir de leurs enfants, et 93% souhaitent que ces nouveaux outils soient utilisés à l’école. Mais de quoi parle-t-on ?

La mutation du prof en geek

La mutation du prof en geek

TNI, balado-diffusion, Telescol, Pronote, Etherpad, le jargon de la salle des profs évolue au gré des nouveaux logiciels de géométrie – comme Cabri géomètre en passe d’enterrer le vieux compas en bois-, de géographie – comme Scribblemaps où l’on crée des cartes sans les crayons de couleur-,  de français - comme lirebel pour des exercices d’orthographe en autocorrection. L’expérience du numérique semble même avoir transformé certains profs en geeks confirmés : « Plus de possibilités pédagogiques, plus d’autonomie, d’initiatives et d’interactivité. On peut associer des extraits vidéo, des images et du texte très facilement, par rapport aux photocopies en noir et blanc, y a pas photo ! » déclare l’un des enseignants du groupe focus réuni par WebLab pour Orange et Terrafemina. Mais ces gadgets ne métamorphosent pas seulement la salle de classe, ils « modifient profondément la fonction pédagogique », analyse un professeur de collège. « Au cours des séances en salle informatique, je dois être derrière eux, pour les accompagner et voir ce qu’ils font, explique Caroline Jouneau-Sion, enseignante en lycée, le professeur debout face à la classe n’a pas d’intérêt avec le numérique. » Quant à la projection futuriste qui fait disparaître le maître au profit de l’ordinateur, les parents n’en veulent pas, 95% d’entre eux révélant ainsi leur attachement à l’école et à sa forme traditionnelle, conscients, comme cette enseignante en anglais que « la machine ne remplacera jamais le travail de réflexion et d’exercice de l’esprit critique. »

Une nouvelle mission sans formation

Une nouvelle mission sans formation

Face à leurs nouveaux assistants, certains profs ont baissé les bras : « on a vu des TNI – tableaux numériques interactifs- prendre la poussière au fond des classes faute de formation et de ressources appropriées, raconte un enseignant en collège, certains collègues plus âgés se sont découragés. » Les problèmes d’entretien, de mises à jour, les virus et toutes les pannes viennent noircir le tableau quotidien du grand rêve numérique. Les méthodes high tech  créent une dépendance pernicieuse : « Quand ça ne marche plus on est vraiment démuni », se plaint une institutrice de CE2, accro au TNI. Les flottes d’ordinateurs en réseaux dans les écoles fonctionnent pourtant comme celles des entreprises, l’équipe de maintenance en moins… Des stages sont proposés, mais dans la jungle de l’école multimédia, c’est la débrouille qui sauve apparemment : les meilleurs initiatives sont celles nées de profs astucieux et soucieux d’alléger la charge de leur travail. Quitte à y passer cinquante heures !

Une « salle des profs mondiale »

Une « salle des profs mondiale »

On les appelle « sites mutualistes de professeurs » : Sésamath, Wikiprof, les Clionautes, autant de démarches fondées sur le partage des contenus et des expériences pédagogiques. « A l’origine la création de Clionautes.org, site des enseignants en histoire créé par Jean-François Jarraud, il y avait une réflexion sur ce qu’il était possible de faire avec les outils numériques. Chaque professeur pouvait montrer ce qu’il faisait en classe et avec quels supports, puis les ressources, séquences et propositions de cours ont alimenté les échanges », explique Caroline Jouneau-Sion, ex présidente de Clionautes.org. Le dernier volet du projet, Clionautes.ning, prend la forme d’un réseau social : une fabrique de cours où les profs s’aident et collaborent. « Cette préparation commune rompt la solitude du professeur et produit de meilleurs cours, pour nous c’est rassurant », ajoute l’enseignante. Le dialogue et l’échange ne sont plus l’apanage des ados, « ma salle des profs est mondiale ! » s’exclame un enseignant converti.

Ouvrir l’école, pour le meilleur ?

Ouvrir l’école, pour le meilleur ?

Pour le consultant en éducation Serge Pouts-Lajus, les nouvelles technologies doivent permettre de faire tomber les cloisons de l’école, relancer le dialogue entre l’élève, le professeur, et les parents. Ceux-ci se déclarent prêts à regarder ce qu’il se passe sur les pupitres : 85% des parents interrogés au cours de notre enquête approuvent l’idée du blog pour renforcer le suivi pédagogique des élèves, 99% sont favorables à l’installation des espaces numériques de travail dans les établissements. Ces ENT, sortes d’intranets améliorés, permettraient de faciliter et de banaliser l’échange direct entre la sphère familiale et la sphère scolaire, encore trop sanctuarisée, selon S. Pouts-Lajus. Un rapprochement qui ne convainc pas tout le corps enseignant, qui craint déjà l’allongement du temps de la classe hors des murs de l’école. Les inquiétudes s’accumulent : « Les échanges par mails peuvent rendre les élèves ou les parents envahissants, doit-on passer nos week-ends et nos vacances à répondre aux courriels ? », « « Est-ce une faute professionnelle si on ne les ouvre pas ? », « J’ai arrêté car les élèves me confiaient trop de choses, je ne suis pas formée pour leur donner une aide psychologique », etc.

Coup de jeune pour l’image du prof

Coup de jeune pour l’image du prof

Quant à ceux qui avaient oublié de verrouiller leur profil Facebook, ils ont vite fait de s’amender. Les parents interrogés dans notre sondage voient, pour 73% d’entre eux, plus d’avantages que d’inconvénients au développement d’Internet et des réseaux sociaux pour l’éducation de leurs enfants. Mais du côté des profs, les cas d’insultes, voire de menaces de mort sur une page de profil se banalisent.  « Pendant l’un de mes cours en salle informatique j’en ai pris en train de consulter des sites pornographiques, ils avaient réussi à contourner les deux filtres de l’école », raconte Caroline Jouneau-Sion.

Si les règles et les limites doivent encore être posées, la meilleure arme des pédagogues consiste à détourner les outils des élèves à des fins pédagogiques : réaliser une opération marketing sur une page Facebook, faire campagne sur Twitter, « Discuter, échanger et construire sur ces réseaux est devenu une compétence, même les hommes politiques s’en servent, note cette enseignante en terminale, mes élèves aussi veulent apprendre ces méthodes. » Une solution ad hoc pour revaloriser et moderniser l’image de l’enseignant face à ses élèves. Et quand un prof se met à tweeter, c’est toute l’institution scolaire qui s’offre un bon lifting…

Marine Deffrennes

 

ALLER PLUS LOIN :

Observatoire Orange-TF : l’école à l’ère numérique

Observatoire Orange-TF : Nathalie Kosciusko-Morizet croit à l’école numérique

Observatoire Orange-TF : 3 questions à C. Jouneau-Sion

Observatoire Orange- TF : 4 questions à S. Pouts-Lajus

Observatoire Orange-TF : 3 questions à C. Morin-Desailly

Sésamath : le site collaboratif des profs de maths

Télécharger les résultats du baromètre Orange-TF en pdf

Retrouvez le premier dossier de l'observatoire Orange-TF : les femmes face aux révolutions numériques

Retrouvez le deuxième dossier de l'observatoire Orange-TF : les femmes et les jeux en ligne

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10 commentaires

sequoia - 07/10/10 13:59
Je pense qu'il ne faut ni diaboliser ni idéaliser les technologies numériques, mais les considérer comme un outil parmi d'autres. Internet ne remplce pas le livre mais le complète. Il faut surtout que les pouvoirs publics assurent à la fois l'installation et la maintenance de ces outils et la formation des maîtres. Et partout, pour qu'il ne se crée pas d'inégalité entre les établissements ni entre les élèves.
omaha - 11/10/10 14:25
je pense un peu comme toi séquoia, il faut qu'internet devienne un atout de recherche, un complément. Mais il ne doit en aucun se substituer au livre. Mon fils est en cm2 et une fois par semaine il a cours d'informatique, je trouve cela plutot bien
country33 - 13/10/10 08:01
C'est certain qu'il ne faut pas foncer tête baissée dans tout ceci , ni refuser les nouvelles technologies . Vovons aussi avec notre temps .
lorenzo070604 - 25/10/10 09:50
j'aurais bien aimer avoir tout ca quand j'etais a l'ecole !!
votreop - 08/05/11 19:15
Attention, les technologies ne peuvent pas remplacer la présence d'un instituteur, ne l'oublions pas!
exhine - 08/05/11 20:21
Pour tricher , les nouvelles technologies sont géniales , quelle heureuse avancée pour les cancres .
dakota76 - 23/05/11 10:00
Cela ne remplace tout de même pas la présence et les conseils d'un bon professeur, c'est indispensable.
paulhan2night - 06/11/11 21:49
certains enseignants ont du mal avec les "nouvelles" technologies mais il ne faut pas mettre tout le monde dans le même panier
jeant - 15/11/11 19:24
Charlemagne doit se retourner dans sa tombe! L'école ne sera jamais has been!
country33 - 16/11/11 18:27
On avait pas tout ça et on est pas resté des ignares pour autant, maintenant on a beau faire mais d'une mule on en fera jamais un cheval de course.

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