Les lolitas version numérique : quelle image de la femme ?

Par Alix Foriel
Publié le 6 mars 2012

Les lolitas version numérique : quelle image de la femme ?

Les lolitas version numérique : quelle image de la femme ?

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C'est un phénomène dont on parle beaucoup : l'hypersexualisation des jeunes, et particulièrement des jeunes filles. Des lolitas sur-connectées, sous influence du numérique, et qui construisent leur sexualité et leur image de la femme à travers les informations que leur envoie internet. L'Observatoire Orange-Terrafemina avec NRJ analyse ces nouveaux comportements, et s'interroge sur le rôle des parents, des enseignants et du gouvernement. Quelle est leur marge de manœuvre face à l'immense pouvoir du numérique sur les adolescents ?


Des minimiss de 8 ans, maquillées et en talon, des mannequins de 10 ans couvertes de bijoux et posant lascivement dans Vogue, des adolescentes qui connaissent tout du Kâma-Sûtra ou presque… l’hypersexualisation des jeunes filles dont les médias font souvent leurs gros titres et qui fait l’objet du rapport rendu le 5 mars par la sénatrice UMP de Paris Chantal Jouanno, regroupe en réalité diverses manifestations. Mais il est sûr qu’Internet et les pratiques numériques qui y sont associées n’y sont pas étrangers.
D’après le sondage réalisé par l’institut CSA pour l’Observatoire Orange-Terrafemina avec NRJ sur les « lolitas version numérique », plus de 8 Français sur 10 considèrent que l’accès sur Internet à un contenu sexuel non adapté représente un danger pour les enfants et les adolescents. Ils sont 74% à penser que ce danger est équivalent pour les garçons et les filles, tandis que les parents de petites filles en primaire se montrent plus inquiets que les autres (15% contre 7%). Mais que font-elles donc sur Internet ?

Les lolitas séduisent sur Facebook

« Elles n’arrêtent pas de se prendre en photo puis de se dire qu’elles sont belles sur Facebook », affirme la mère d’une jeune adolescente, interrogée lors du groupe focus organisé par l’institut WebLab-13 articles pour l’Observatoire. Cette nouvelle tendance à se mettre en scène sur Internet, la psychologue spécialisée dans l’enfance et l’adolescence Béatrice Copper-Royer la définit comme une  « hypernarcissisation des jeunes filles car les réseaux sociaux les renvoient à leur image ». Or, poursuit-elle, « avec l’écran, le rapport à l’intimité et à la pudeur est bafoué ».  En effet, la surenchère des images peut conduire à certains dérapages, comme des filles qui s’exhibent sur le net, alors qu’elles n’oseraient jamais le faire en face de leurs copains. Ces dérapages, le sociologue Michel Fize, auteur du livre « Les Nouvelles adolescentes » (éd. Armand Colin), les attribue à un « désir de séduction et de popularité ». C’est pourquoi il préfère le terme d'« hyperféminisation » à celui d'« hypersexualisation », car selon lui « il n’y a pas de désir de passage à l’acte sexuel, en tout cas pour les filles du primaire et d’une partie du  collège ». Il est vrai qu’en France, l’âge du premier rapport sexuel reste 17 ans…
Pourtant, l’accès à des contenus sexuels voire pornographiques est particulièrement facile sur Internet, d’autant qu’il est gratuit. Avec 260 millions de pages pornos sur le Web, quelle est la probabilité pour qu’un enfant tombe sur l’une d’entre elles ? 52% des Français interrogés par l’institut CSA affirment ainsi que l’accès sur Internet à des contenus à caractère sexuel rend les jeunes filles plus vulnérables car plus influencées.  Pour M. Fize, « Internet oriente les pratiques : on s’embrasse plus tôt, les attouchements sont plus précoces et plus osés ». Selon lui, les filles en arrivent à anticiper les désirs des garçons, elles prennent des initiatives dès la fin du collège, et après la 3e, les élèves entrent dans un jeu sexuel plus élaboré qu’avant.

Notre société dans son ensemble est hypersexualisée

En plaçant la sexualité des jeunes sous influence, Internet véhicule également une image de la femme caricaturée. « A force de voir des hommes dans des positions dominantes et des femmes soumises, on réenclenche une vision rigide des rapports hommes-femmes, » analyse M. Fize. Dans son rapport, C. Jouanno constate « une réapparition des stéréotypes sexués dès le plus jeune âge et une hypersexualisation globale de la société qui véhicule une image dévalorisée de la femme face à l'homme  en reproduisant les codes de la pornographie ». Selon elle, c’est la société toute entière qui porte atteinte à l’image de la femme. « Autant je suis confiante dans notre capacité à prévenir l'hypersexualisation des petites filles, autant je crois urgent de prendre conscience de la régression de l'image de la femme corsetée dans le primat de l'apparence "sexy"», affirme la sénatrice.
Les parents aussi gardent confiance. Ainsi, selon notre sondage, 42% des Français estiment qu’il faut laisser les filles se faire leur propre idée en leur donnant tout de même des conseils. Naïveté ou réalisme ? Sur Internet, impossible de tout contrôler en permanence. Mieux vaut donc accompagner les enfants, comme le conseille la psychologue pour enfants B. Copper-Royer : « Je pense que les parents ont une éducation à faire, un contrôle à mettre en place. Il faut qu’ils rappellent à leurs enfants les valeurs, et les notions d’intimité et de pudeur. » Les mères présentes au groupe focus de notre Observatoire l’ont bien compris. « C’est à nous de leur dire sans arrêt que ce n’est pas la réalité », explique l’une d’elles.  « Elle avait mis des photos olé olé, on en a parlé et on les a supprimées, » renchérit une autre.

Qui se charge d’éduquer ?

L’important est de ne pas laisser Internet se charger seul de l’éducation sexuelle des enfants. « Tout le monde la revendique, mais personne ne la fait, » s’insurge M. Fize. Les parents n’osent pas, ou bien se laissent déborder par des codes ados qu’ils ne maîtrisent pas. Les enseignants n’ont pas le temps de dispenser les heures d’éducation sexuelle règlementaires.
Le gouvernement, lui, réfléchit activement aux moyens de prévenir cette hypersexualisation.  C. Jouanno propose dans son rapport de rappeler les conseils de base aux parents concernant le numérique. « L’enjeu fondamental est celui de l’usage des smartphones : nous serions favorables à ce que les systèmes de contrôle parental, et notamment le blocage des sites pornographiques ou violents soient systématiquement intégrés et activés à la vente, » préconise le rapport.
Une charte pour la protection de l’image des enfants dans les médias, réalisée à la demande de la ministre des Solidarités et de la cohésion sociale Roselyne Bachelot, vient d’être publiée et présentée aux différents médias en vue de leur adhésion. Les signataires s’engagent notamment « à ne pas diffuser, y compris dans les espaces publicitaires, d’images hypersexualisées d’enfants, filles comme garçons, notamment dans une mise en scène érotisée ou portant des vêtements, accessoires ou maquillage à forte connotation érotique ».
Parmi les autres mesures fortes avancées par C. Jouanno, l’interdiction pour des marques de choisir des égéries âgées de moins de 16 ans, ou encore l’interdiction des concours de beauté pour les moins de 16 ou 18 ans.
A l’école, la question de l’interdiction des tenues indécentes est posée. 83% des Français sont favorables à une loi en la matière, selon l’institut CSA. Mais comment poser les limites de l’indécence ? Dans son rapport, C. Jouanno préconise une réflexion nationale sur des tenues « respectueuses ». Il faudrait définir des longueurs de jupes, des types de pantalon, des parties du corps à ne pas exhiber, voire revenir aux uniformes comme c’est le cas en Grande-Bretagne par exemple ? Les lolitas ont le temps de grandir.

Crédit photo : Purestock

 

Résultats de l'Observatoire Orange-Terrafemina sur les lolitas version numérique

Les résultats complets de l'Observatoire Orange-Terrafemina
L'étude qualitative par l'Institut Treize articles WebLab

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Les lolitas version numérique : l'interview de Chantal Jouanno
Les lolitas version numérique : l'interview de Michel Fize
Les lolitas version numérique : l'interview de Béatrice Copper-Royer
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13 commentaires

a.breau - 06/03/12 14:53
Ma cousine, effectivement, qui a 16 ans, passe ses journées à poster des photos d'elle, faisant la moue, sur Facebook. Et ses copines commentent à chaque fois "tu es trop belle mou amour je t'aime". Ca me consterne.
fidjikelyna - 06/03/12 15:11
les parents sont les 1er fautifs ils prennent leur enfants pour des poupées ou assouvir leur rêve mais un enfant c'est pas fait pour çà
omaha - 06/03/12 15:12
et adele des filles plus jeunes le font, les copines de mon fils qui ont 12 ans le font aussi, elle se dénude un peu l'epaule, bien maquillé et vas y que je me montre
jeant - 06/03/12 18:14
En partenariat avec NRJ? mdr, NRJ diffuse le soir des émissions que des jeunes et très jeunes filles écoutent. Et ces émissions ne sont pas particulièrement de leurs âges...
country33 - 06/03/12 18:34
Je crois quie l'on vit dans un monde un peu fou, car ce que vous dites je le sais , je connais des parents qui disent que leurs enfants sont presque des anges et à plusieurs reprises je suis allée sur leur page facebook (qu'elles m'avaient donnée bien sur), je n'intervient jamais mais quand je lis certaines comm...je suis vraiment consternée, c'est une horreur entre les photos et les commentaires.
linelu7 - 06/03/12 21:32
il faut encadrer ce genre de choses. l'accès à internet doit être régulé par les parents à la maison . . . . .. . . . .. . . . .
angelabeille - 07/03/12 08:42
Oulà... cela me fait peur... ma fille de 15 ans met très peu de photo d'elle sur sa page, et quand elle le fait, elle est 'habillée' correctement... je suis heureuse de ne pas avoir de lolita !
country33 - 07/03/12 09:32
Mais le pire dans tout ça c'est que ces personnes qui prennent leurs enfants pour des anges et qui vous font des soirées de morales, mais ils ne savent même pas que leurs gamines s'exibent sur le net.
omaha - 07/03/12 11:23
il ne faut pas non plus jeter la pierre au parents, en général ce sotn des gens qui rentrent tard et qui n'ont pas le temps de s'occuper de leurs enfants
jeant - 08/03/12 22:06
C'est bien là le problème, les mères sont beaucoup mieux au foyer pour s'occuper des enfants.
NanouTerraFemin - 11/03/12 00:53
Ah parce qu'il n'y a que les mères selon vous qui devraient s'occuper des gosses ?? C'est sûr, éduquer un enfant ça n'est pas une partie de joie tous les jours ; les pères préfèrent se réserver le WE, quand on peut jouer et déconner... Ca va là, on n'est plus à l'époque où la femme n'est là que pour donner une descendance au mâle, faut arrêter les stéréotypes... En effet, aujourd'hui les parents sont souvent vite débordés, peu présents, mais il faut également prendre en compte l'ampleur que prennent les familles minoparentales : comment rester à la maison et gagner sa vie pour faire manger la famille dans ce cas, a fortiori quand le super pater se fiche des rejetons, ne paye pas la pension... ??? Avant d'espérer utopiquement que les nouvelles jeunes générations ralentissent Internet, il faudrait peut-être que les professionnels y mettent du leur : entre les campagnes publicitaires où parfois des gamines sont les égéries, le star-system qui n'arrange rien (stars féminines toutes plus parfaites les unes que les autres), le diktat de la beauté dont est victime la population féminine... Le phénomène est bien trop international. Vous avez vu LOL ?? Un des passages résume très bien le fait : chaque parent croit son ou ses enfants "au lit" pendant que ceux-ci les bernent... Et outre les parents débordés, que dire de ceux qui rentrent dans le jeu des gosses ? Les gamines qui se prennent pour des femmes et leurs mères qui refusent de vieillir ; les pères qui fument leur pétard avec leur gosse... B oui, il n'y a pas que les lolitas qui franchissent des limites discutables. Mais encore une fois, on ne peut pas inculper seuls les parents, arrivés à un certain âge, on a tous dupé nos parents ; simplement les années passent et cette moyenne d'âge descend petit à petit, comme celle des premiers rapports, comme celle du premier portable, etc. Le soucis est qu'on ne peut pas espérer de nos enfants qu'ils s'en tiennent aux Bisounours jusqu'à 14 ans, étant donné que l'hypersaxualisation -entre autres- est un outil de la mode (la mode au sens large du terme...).
linelu7 - 12/03/12 20:30
puisque qu'on parle d'hypersexualisation, il y a un phénomène de mode assez inquiétant en ce moment : les mini miss . . . . .. ..
country33 - 28/01/13 12:35
C'est ça qui est trèa dangereux et pourtant on connait avec les actualités que parfois ça abouti à des drames qui sont irréversibles.

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