Musique en ligne : le nouvel âge d'or du clip vidéo ?

Musique en ligne : le nouvel âge d'or du clip vidéo ?
Musique en ligne : le nouvel âge d'or du clip vidéo ?
Et si Internet avait rendu service aux artistes ? Partagée, likée, tweetée, la musique est portée par la puissance exponentielle des plateformes de vidéos et des réseaux sociaux. L'Observatoire Orange-Terrafemina s'intéresse aux métamorphoses de nos playlists et aux nouvelles stratégies 2.0 des stars de la chanson. Analyse des résultats de nos études avec Charles Decant, rédacteur en chef du site d'actu musicale PureCharts.com.
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Terrafemina : D’après l’enquête de l’Observatoire Orange-Terrafemina*, 78% des 15-45 ans écoutent de la musique sur Internet, mais la majorité (62%) ne se dit pas prête à payer pour cette musique. Ce résultat vous surprend-il ? La gratuité de la musique est-elle un acquis sur lequel il ne sera plus possible de revenir désormais ?

Charles Decant : Il est étonnant en effet que seulement 24% des répondants déclarent acheter de la musique en ligne, d’autant plus qu’on s’adresse à une cible privilégiée : des internautes de moins de 45 ans. Depuis quinze ans, en France, la musique est gratuite sur Internet, peut-être a-t-on atteint un point de non-retour... Les sites de streaming comme Deezer, gratuits au départ, ont fortement dévalué la musique aux yeux des jeunes. Les ados âgés de 15 ans en 2013 n’ont pas connu les singles payants (les anciens « CD 2 titres »), la disponibilité des morceaux était déjà un acquis de leurs grands frères et sœurs. Néanmoins, ce qui est vrai pour les chansons ne l’est pas pour les albums, qui, sans doute à cause de leur valeur psychologique, restent encore majoritairement vendus en CD. 

Tf : Les internautes concernés choisissent en majorité les sites de vidéo Dailymotion et YouTube (89%) pour écouter de la musique, devant les sites de streaming comme Deezer et Spotify (67%). Pourquoi ce choix ?

C. D. : C’est le choix de la facilité et de la gratuité. Sur YouTube et Dailymotion, la gratuité est garantie à 100%, il n’existe aucune solution payante. Qui plus est, YouTube appartenant à Google, quand un internaute tape un titre de chanson dans le moteur de recherche, les premières réponses le renvoient le plus souvent à une vidéo YouTube. Deezer et Spotify proposent toujours une écoute gratuite, mais aussi des abonnements payants, les internautes ne savent pas forcément comment cela fonctionne, et pour Spotify, il faut télécharger l’application… Tout semble un peu plus flou et plus compliqué. 

Tf : Le clip vidéo vit-il une nouvelle jeunesse grâce à Internet ?

C. D. : Oui on observe un certain regain pour la vidéo. Il y a même un nouveau format qui s’est imposé : la lyric video. C’est une sorte de clip où les paroles de la chanson apparaissent à l’écran, le but étant de trouver la façon la plus originale de mettre en scène les paroles. La sortie d'une Lyric video se fait en général une semaine après la sortie d’un single sur iTunes, mais avant le véritable clip. Ce format est devenu un événement en soi, sur lequel on organise un teasing (plan de communication en plusieurs étapes pour attirer la curiosité de l’auditeur et le séduire, ndlr), pour générer encore plus de bruit sur le titre et permettre aux fans de mémoriser les paroles. C’est exactement la méthode utilisée par Katy Perry pour le lancement de son dernier single Roar

Voir la lyric video de Roar de Katy Perry



Tf : Une partie des internautes utilise déjà les réseaux sociaux pour partager ses goûts musicaux. Plus de quatre sur dix partagent leurs découvertes sur Facebook, et un quart fréquentent les « pages fan » d’artistes. Comment les réseaux sociaux transforment-ils le rapport à la musique et aux artistes ?

C. D. : Les réseaux sociaux ont cassé la barrière entre l’artiste et son public. C’est une occasion de faire passer des messages sans l’intermédiaire de la presse, et pour les fans cela donne une impression de rapprochement. Certains supplient leur star de les suivre sur Twitter. Pour les artistes visant un public jeune ou qui ne sont pas encore connus, les réseaux sociaux sont devenus incontournables. Lady Gaga, Miley Cyrus, Rihanna, Justin Bieber et en France Tal, Matt Pokora, Shy’m ou Sexion d’Assaut sont tous sur Twitter et Facebook

Tf : Tous ces artistes ont donc à leur disposition des équipes de community managers, comme les politiques ?

C. D. : Non, pas vraiment. Certains différencient leur compte personnel de leur compte officiel, d’autres mentionnent quand c’est leur équipe qui tweete. Mais les jeunes chanteurs comme Rihanna ou Justin Bieber veulent s’occuper eux-mêmes de leur compte, ils sont nés avec les réseaux sociaux et ne veulent pas qu’on leur dise quoi faire. Ce qui donne lieu à quelques débordements d’ailleurs. 

Tf : Les internautes affirment que leurs découvertes musicales se font toujours majoritairement par le biais de la radio (43%) et de la télévision (20%), mais 61% ont déjà découvert un artiste via Internet. Quel rôle jouent les internautes et les réseaux sociaux dans la notoriété et la popularité des artistes ? Et comment se combinent les différents médias ?

C. D. : La promotion sur Internet s’est ajoutée au dispositif d’ensemble. Dans le cadre d’une grosse sortie, les partenariats se négocient toujours avec les radios pour une exclusivité, mais cela se fait de moins en moins avec la télévision. Les clips sont d’abord diffusés sur Internet, puisque c’est là que le buzz se fait, là qu’il y a le plus gros potentiel de viralisation. Par exemple le dernier clip de Miley Cyrus, Wrecking Ball, sorti le 9 septembre dernier, a totalisé 19 millions de vues sur la Toile en 24 heures, et 100 millions de vues en 7 jours : un record historique. Miley Cyrus a une stratégie très efficace qui consiste à encourager au maximum ses fans à regarder ses clips pour battre des records et susciter des retombées presses encore plus nombreuses, et ainsi de suite. On est en plein dans la mécanique du buzz, et pour elle c’est un carton. Aux États-Unis, les vues sur YouTube sont comptabilisées dans les classements officiels, preuve que la composante Web fait désormais partie intégrante de la stratégie des maisons de disques. 

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*D’après une étude réalisée pour l’Observatoire Orange-Terrafemina par l’institut Polling Vox et l’agence Treize articles. Étude quantitative réalisée auprès d’un échantillon de 1038 personnes représentatif de l’ensemble de la population française âgée de 15 à 45 ans, interrogées en ligne du 19 au 23 août 2013. Étude qualitative Social Panel réalisée auprès d’une vingtaine de femmes très connectées issues de la communauté Terrafemina, âgées de 18 à 60 ans.


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