Big Data et vie privée : 71% des Français inquiets quant à la collecte de leurs données

Big Data et vie privée : 71% des Français inquiets quant à la collecte de leurs données
Big Data et vie privée : 71% des Français inquiets quant à la collecte de leurs données
Plus de 70% des Français s’inquiètent de la collecte de leurs données personnelles sur Internet, mais seulement 30% tentent de lutter contre, selon une étude de l’Observatoire Orange-Terrafemina. Lucidité, résignation ou paranoïa ? Vincent de Stoecklin, fondateur du site data-business.fr, invite à voir le verre à moitié plein : le partage des données est le prix à payer pour la gratuité des services. Interview.
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Passionné de Big Data et d'Analytics, Vincent de Stoecklin a créé le site data-business.fr, une communauté française de réflexion et d'analyse sur l'impact des data sur l'entreprise et les individus.

Terrafemina : D'après l'étude de l'Observatoire Orange-Terrafemina*, les Français se montrent plutôt résignés face à la collecte de leurs données personnelles en ligne. Ils sont une grande majorité (81%), par exemple, à penser que lorsqu'ils font des achats sur Internet, les informations les concernant sont transmises à d'autres entreprises commerciales privées. Qu'en pensez-vous ? Paranoïa ou lucidité ?

Vincent de Stoecklin : Je ne suis pas étonné car c'est en effet ce qu'il se passe. Pour ma part en tant que consommateur je ne suis pas choqué par la collecte de mes données puisque cela fait partie du business model des entreprises Internet. C'est ce qui me permet d'avoir accès à des contenus et à des promotions gratuitement. Il faut savoir aussi qu'en France nous sommes mieux protégés qu'aux États-Unis, avec le système d'opt-in/out où l'on vous demande votre accord pour diffuser vos coordonnées (le consommateur coche une case pour dire si oui ou non il veut recevoir des emails de partenaires, ndlr). Certains services comme Facebook ne nous demandent pas notre accord directement, mais c'est inscrit dans les conditions générales. C'est le « prix à payer » pour la valeur du service.



Tf : Quelles sont précisément les données qui sont collectées sur nous en ligne ?

V. d. S. : Il est impossible d'établir une liste complète mais pour l'essentiel ce sont : l'adresse email, l'adresse postale, l'âge, le département, l'historique de recherche et de navigation (grâce au système des cookies). Les données concernant vos achats peuvent être utilisées par la société dont vous êtes client, sur Amazon ce système est très pointu et le site vous redirige vers d'autres produits susceptibles de vous intéresser, mais aussi être revendues à d'autres sociétés, et il est très difficile de savoir lesquelles.

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Tf : Il n'y a donc aucun moyen de savoir quelle société possède quelles informations sur moi ?

V. d. S. : Des évolutions intéressantes voient le jour justement dans ce domaine. On appelle cela le « Vender Relationship Management » (VRM) en référence au CRM, « Customer Relationship Management ». Il s'agit d'applications capables de recenser toutes les traces d'un consommateur en ligne, de lui offrir un tableau de bord de ses données afin qu'il en prenne le contrôle. L'ambition du projet Privowny.com par exemple, est de permettre au consommateur de récupérer le pouvoir sur son profil d'internaute et de gérer sa consommation en conséquence. À terme, grâce à ce genre d'outil, nous pourrions challenger les marques pour qu'elles nous proposent un service ou des réductions vraiment adaptées à nos besoins. Je pense que l'opacité du traitement de nos données ne joue pas en la faveur des marques, car elle entame la relation de confiance. 

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Tf : Le paradoxe révélé par cette étude est que malgré une inquiétude avérée chez 71% des sondés, seulement un tiers cherche à protéger ses données personnelles. S'agit-il d'un problème d'éducation, de méconnaissance ou d'absence d'outils pour se protéger ?

V. d. S. : En réalité les moyens sont très limités. À part ne pas utiliser Facebook, ni Google, et ne pas envoyer d'emails, je ne vois pas comment on peut lutter contre l'utilisation de nos données. La vie privée numérique est bel et bien un oxymore, comme le constate votre étude.

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Tf : Les internautes ont-ils raison de s'en remettre aux sites qu'ils connaissent bien pour gérer leurs données ?

V. d. S. : S'il est question de se protéger contre les fraudes de carte bleue, en effet il vaut mieux faire confiance aux géants comme Amazon, eBay, Fnac ou Google. Mais concernant l'utilisation des données personnelles, les grands groupes sont les plus performants dans ce domaine, de fait ce sont ceux aussi qui ciblent le mieux les consommateurs… Là encore Amazon est un champion, capable d'optimiser pour chaque individu la page d'accueil du site, de tester en direct votre réactivité par rapport à la position d'un bouton ou d'une rubrique. Ce genre de système s'appuie sur des données personnelles comportementales, et on est en droit de se demander si on ne tombe pas dans la manipulation commerciale...

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Tf : Certaines de nos internautes interrogées en ligne par l'Institut Treize Articles ont exprimé leur réticence à utiliser le cloud, pour protéger leurs données personnelles. Que leur répondez-vous ?

V. d. S. : Le principe du cloud est de vous permettre de stocker vos documents non pas sur votre ordinateur mais sur un serveur extérieur, donc théoriquement accessible aux administrateurs de ce serveur... Dropbox et Google drive sont les services de cloud les plus utilisés par les particuliers mais aussi de plus en plus par les entreprises, parce que c'est très pratique ! Pour le particulier, il est beaucoup plus prudent d'héberger du contenu dans le cloud que sur son PC. En cas de plantage vous ne perdez rien. Pour une entreprise on peut se poser la question de la sécurité des informations stockées.


*D
'après une étude online pour l'Observatoire Orange-Terrafemina. Étude qualitative réalisée par le Web Lab de Treize articles auprès d'une vingtaine de femmes très connectées issues de la communauté Terrafemina, âgées de 18 à 60 ans du 16 au 18 janvier 2014. Étude quantitative réalisée par Polling Vox auprès d'un échantillon de 1017 personnes représentatif de la population internaute française, les 22 et 23  janvier 2014.


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