Par   -  Publié le 12 mai 2011
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Religions et Internet : la tradition à l'épreuve des nouvelles pratiques

La présence du religieux sur le territoire numérique dérange

La présence du religieux sur le territoire numérique dérange

La religion version numérique ? La plupart des pratiquants n’y croient pas ou n’en veulent pas. Ainsi selon le sondage réalisé par l’institut CSA pour l’Observatoire Terrafemina-Orange sur les religions et le numérique, 69% d’entre eux estiment qu’il n’est pas souhaitable que les différentes religions soient présentes sur Internet. Un chiffre impressionnant, que la sociologue spécialiste des religions Isabelle Jonveaux explique par le fait que ces croyants « tiennent à ce que la religion conserve sa différence, et ne soit pas banalisée, qu’elle garde sa place hors du temps ».
Une attitude passéiste qui inquiète Delphine Horvilleur, rabbin à Paris : « il ne faut pas tomber dans l’équation trop simple : technologie égale mort de la spiritualité, notre génération peut en faire quelque chose de noble et spirituel, et cela peut être un vecteur de communauté renforcée ». La jeune femme a longtemps vécu aux Etats-Unis, où les nouvelles technologies sont tellement bien insérées dans la vie de tous les jours qu’elles ont fini « par envahir la pensée religieuse ».
En France, les réticences culturelles restent très fortes. Pourtant, les religions ne peuvent pas passer à côté de la révolution Internet ; d’autant qu’historiquement, leur présence sur les nouveaux médias a été décisive : l’imprimerie, le téléphone ou la télévision ont tous façonnés la pratique religieuse moderne. « Toutes les religions se posent la question de leur présence sur la Toile et la manière de le faire, » estime la sociologue Isabelle Jonveaux. Ainsi, comment la religion s’insère-t-elle dans les pratiques numériques, et dans quel objectif ?

Les nouvelles pratiques : Cathoogle ou I’m Halal

Les nouvelles pratiques : Cathoogle ou I’m Halal

Les Français se disent très peu familiers des possibilités de vivre leur Foi sur Internet. Comme le montre le sondage CSA, seul un croyant sur cinq (20%) dit avoir déjà été sollicité sur Internet pour donner à une opération caritative religieuse, et 13% pour adhérer à une communauté de croyants.
Pourtant, si l’on explore un peu le territoire numérique, on remarque que la religion n’est pas la dernière en place. Et elle ne s’en tient certainement pas aux sites institutionnels, froids et purement informatifs. Présents depuis une dizaine d’années sur le net, les sites d’information décryptent l’actualité sous le prisme religieux : oumma.com, juif.org, radinrue.com… « Internet rend service en permettant un accès au savoir, explique Saïd Branine, directeur d’oumma.com, par exemple nous donnons les horaires des prières, et les dates exactes de début et fin de Ramadan, qui sont très utiles pour les pratiquants musulmans ». Les moteurs de recherche sont plus récents mais tout aussi significatifs : Cathoogle filtre les recherches en fonction des valeurs des catholiques ou encore I’m Halal s’adresse aux Musulmans.
Le numérique aide en quelque sorte à pratiquer sa religion, notamment via les smartphones : que ce soit pour trouver l’horaire de la messe la plus proche (application messe info), ou lire des versets du Coran, tranquillement installé dans son salon, ou même dans le métro. La prière se numérise, et de manière ludique : on peut même glisser des messages virtuels dans le Mur des Lamentations (application Kotel), ou célébrer la fête juive de Hanoukka sur son iPhone.
Sur les blogs, forums et les réseaux sociaux, on se retrouve entre croyants, on tisse des liens communautaires et on exprime sa foi sans retenue. « C’est le côté positif de l’évolution sociale du Web, estime François Nautré, consultant en nouvelles technologies auprès d’institutions catholiques, on cache de moins en moins sa religion sur Facebook, ne serait-ce que par l’adhésion à des groupes communautaires ciblés ».  Grâce au net, on peut ainsi se faire des amis partageant la même confession religieuse (Chrétiens en réseau, Entrefeujs ou Mon islam), voire même trouver sa moitié ! Les sites affinitaires, derniers nés du marché de la rencontre amoureuse en ligne connaissent un vrai succès : pour preuve Mektoube pour les musulmans,  JDate pour les juifs, Theotokos pour les catholiques…
Mais le numérique permet aussi de sensibiliser les croyants et de récolter des fonds. Plusieurs applications sur Iphone sont payantes, à l’image de celle du Secours Catholique (dont l’application permet d’allumer un cierge virtuel en signe de soutien). Et puis les religieux savent bien comment faire le buzz sur la Toile : le clipdub des moines bâtisseurs de monastère a été vu plus de 80 000 fois, rien que sur le site Dailymotion. Les moines ont parodié la chanson de Claude François « Si j’avais un marteau » en vue de susciter un élan de générosité, et récolter les 3,7 millions d’euros nécessaires pour financer la construction d’un monastère près de Béziers. Quant au MEJ, le Mouvement eucharistique des Jeunes, il se targue d’avoir réalisé le plus gros flashmob de France lors de son rassemblement à Quimper le 29 décembre dernier (source : famillechrétienne.fr) : 1500 participants, et une vidéo visionnée sur le net plus de 30 000 fois.
Ces initiatives peuvent faire sourire, ou choquer. Mais aux yeux de certains croyants, elles offrent de nouvelles possibilités de vivre leur foi. Et pour les institutions, il s’agit d’outils de fidélisation voire même de recrutement indéniables.

E-pratiquants : les jeunes n'ont pas peur de prier en ligne

E-pratiquants : les jeunes n'ont pas peur de prier en ligne

Malgré les fortes réticences, le sondage CSA fait tout de même apparaître un intérêt plus marqué des pratiquants réguliers d’une part, et des jeunes d’autre part. « Il s’agit d’une nouvelle génération informatique pour qui il est normal de vivre sa religion par le biais d’internet, analyse la sociologue Isabelle Jonveaux. Pour eux, il est tout à fait naturel de retrouver son aumônerie ou sa communauté religieuse sur internet ou sur Facebook ».
De leur côté, les institutions gèrent  ces nouveaux pratiquants de manière différente selon les religions. A ce titre, les Protestants, forts de très nombreuses églises virtuelles,  semblent les plus avancés. Pour I. Jonveaux, « cela s’explique par le fait que certains courants protestants ont une attitude plus proche du marketing, que l’on ne retrouve pas dans d’autres religions ».
Du côté des Catholiques, on est moins sur l’aspect marketing que sur l’enjeu de conquête d’un nouveau territoire.  Il y a environ un an, le pape Benoît XVI évoquait « l’évangélisation du continent numérique », remarquant que « les nouveaux médias offrent avant tout aux prêtres des perspectives toujours nouvelles et pastoralement immenses ». La volonté d’inscrire la parole divine dans la modernité technologique s’inscrit-elle dans une démarche de recrutement de fidèles ? A en croire le pape, oui : « On peut supposer que, comme le parvis des gentils dans le Temple de Jérusalem, le Web puisse également ouvrir un espace à ceux pour qui Dieu est encore inconnu. »
Chez les Musulmans, la situation est radicalement différente, puisqu’il n’existe pas de parole unique et officielle. Les croyants cherchent donc des réponses à leurs problèmes d’ordre spirituel, ce qui selon Saïd Branine, le directeur d’oumma.com, fait d’internet « une véritable révolution bénéfique pour les Musulmans », car il donne accès à une parole libre et plurielle. Côté juif enfin, la tension entre libéraux et conservateurs freine la modernisation technologique de la religion juive. Delphine Horvilleur, rabbin,  le déplore : « De mon point de vue il est inconcevable qu’une synagogue n’ait pas son site de nos jours, ne serait-ce pour informer des horaires des offices ».

Quel est l'avenir des religions sur le numérique ?

Quel est l'avenir des religions sur le numérique ?

La pratique de la religion en version numérique va-t-elle supplanter les pratiques traditionnelles ? Préférera-t-on prier un jour chez soi sur son ordinateur plutôt que de se déplacer dans une église, une mosquée ou une synagogue ? Peu d’experts y croient. « Il ne faut pas chercher la spiritualité virtuelle, il faut la vivre », estime Saïd Branine, le directeur d’oumma.com.
En revanche, les nouvelles technologies vont certainement faire évoluer les religions.  Ainsi, Internet permet aux croyants de s’exprimer librement, et de communiquer leur propre vision de la foi. Les institutions se retrouvent alors dépossédées de la parole religieuse par les personnes, ce que la sociologie appelle le bricolage : « les gens construisent une pratique individuelle des religions, ce qui est un problème pour les autorités religieuses qui peuvent être dépassées », analyse Isabelle Jonveaux.
S’ouvre alors un terrain propice aux intégrismes. Ainsi, aux Etats-Unis, un groupe chrétien  lançait récemment « Gaycure », une application pour iPhone censée guérir l’homosexualité par la pratique religieuse. L’application a été rapidement retirée du marché par le groupe Apple, mais elle constitue un exemple édifiant des dérives possibles, dont les autorités religieuses sont d’ailleurs bien conscientes. A elles de se former désormais pour combattre ces dérives et apprendre à leurs fidèles à garder un œil critique sur les messages qu’ils reçoivent grâce aux outils numériques.


LES RESULTATS DE L’OBSERVATOIRE ORANGE SUR INTERNET ET LES RELIGIONS

Les résultats du sondage CSA sur Religion et Internet
Le benchmark des pratiques religieuses par l’Institut Treize articles web lab

VOIR AUSSI

Religion et Internet : l’interview d’Isabelle Jonveaux, sociologue spécialiste des religions
Religion et Internet : l’interview de Saïd Branine, directeur de oumma.com
Religion et Internet : l’interview de Delphine Horvilleur, rabbin
Religion et Internet : l’interview de François Nautré, spécialiste NTIC auprès des catholiques

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Voir aussi :  culture web    internet    religion   
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7 commentaires

exhine - 12/05/11 19:27
C'est vrai qu'on trouve des forums et sites d'athéisme , on y apprend aussi beaucoup de choses variées dignes d'intérêt.
dakota76 - 15/05/11 18:39
Je ne connaissais pas l'existence de tout ces sites religieux mais je n'ai rien contre on apprend beaucoup et si cela peut aider.
angelabeille - 05/07/11 07:41
ALors là, je n'ai jamais pensé a chercher ce genre de chose sur internet ! allumer une bougie virtuelle.... allons donc... Dieu est partout, en nous... pas besoin d'internet pour prier ou allumer une bougie !
country33 - 22/11/11 22:38
Oui enfin si ça leur plait c'est génial , moi ça ne me gê,ne pas du tout. Bonne prière.
ladymam - 01/01/12 23:05
je ne savais pas que l 'on pouvait prier en ligne ou même allumer un cierge , mais bon pourquoi pas !
franmic64 - 02/01/12 23:59
J'adhère à condition qu'il n'y ai pas de dérive : sectes, fanatiques et autres...
milk4491 - 28/04/12 10:40
Je pense que oui c'est bien les sites en ligne .. après je ne pense pas qu'ils vont remplacer les traditionnels lieu de cultes.. tout simplement parce que c'est un moment bien spécial que de prier en groupe

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