« Quantified self » : du gadget fitness à la prescription médicale

 « Quantified self » : du gadget fitness à la prescription médicale
« Quantified self » : du gadget fitness à la prescription médicale
RunKeeper, Fitbit ou le bracelet Nike nous aident à mieux marcher, courir, manger, mais combien de temps supporterez-vous de mesurer vos moindres faits et gestes ? L’Observatoire Orange-Terrafemina révèle le peu d’enthousiasme des Français quant aux applications de « quantified self », tandis que le monde médical s’interroge sur l’efficacité de ces outils pour le suivi de certaines pathologies. Décryptage avec Lionel Reichardt, consultant et blogueur spécialiste dans le domaine de la e-santé.
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Terrafemina : Comment définissez-vous le terme « quantified self », et pourquoi lui préférez-vous celui de modified self ?

Lionel Reichardt : Le terme « quantified self » désigne la possibilité offerte à chacun de mesurer des données le concernant, de son sommeil à son poids, sa consommation calorique, mais aussi ses finances ou son activité informatique… La question que je pose est : comment tenir dans le temps une telle démarche de mesure et comment en tirer un réel bénéfice ? Avec un certain recul sur les applications de quantified self existantes (principalement des bracelets de mesure des pas ou de l’activité physique, ndlr), on observe un taux d’abandon important de ces outils au bout de quelques semaines. D’où le concept plus ambitieux de modified self, qui s’intéresse aux aspects sociologiques de la motivation des individus et qui cherche à créer des applications qui donnent du sens à la démarche.

Tf : Quelle est selon vous la recette d’une application de quantified self efficace et stimulante sur le long-terme pour l’utilisateur ?

L. R. : On peut citer plusieurs leviers de motivation comme la gamification. Sur une brosse à dent connectée pour les enfants, l’aspect ludique avec une collecte de points va engager le jeune utilisateur, mais ça fonctionne aussi avec les adultes ! Les applications RunKeeper et Nike l’ont bien compris en proposant des challenges et des niveaux à atteindre par un système de couleur. Ce parti-pris s’appuie souvent sur un autre levier de sociabilisation. Le joggeur peut ainsi partager ses performances avec ses amis, se fixer des objectifs communs avec un ses partenaires de course. On voit ensuite le développement de services de coaching directement reliés à la collecte des mesures : votre coach, plus ou moins sévère, vous reprend lorsque vous ne marchez pas assez vite ou que vous mangez trop… je pense que la recette la plus performante est celle qui sait actionner tous ces leviers, en faisant appel à l’intelligence de l’utilisateur et en personnalisant au maximum l’expérience.

>> étude « Wearable technologies », l'infographie complète <<

Tf : Du bracelet aux capteurs sur les vêtements, il n’y aura bientôt plus de frontière entre le corps et l’outil numérique. Que penser de ces procédés plutôt invasifs qui pourraient nous faire basculer vers une humanité médicalisée voire robotisée ?

L. R. : Des patchs et des implants existent déjà pour mesurer des données sur nos corps, et je pense que ces supports permettront de répondre intelligemment à des problématiques ponctuelles. Un capteur permettant d’éviter la mort subite du nourrisson par exemple, en le réveillant lorsque son cœur s’arrête de battre. Il n’est pas question d’imposer un usage ou un autre, ni de prétendre créer des applications universelles, mais plutôt de proposer des solutions pertinentes pour des pathologies précises.

Tf : Comment s’assurer que ces vêtements, bracelets et autres technologies censées améliorer notre santé sont sans danger et homologuées par le monde médical ?

L. R. : Dans ce domaine la frontière entre fitness et santé est encore floue. On peut s’assurer qu’un produit est aux normes d’un point de vue médical s’il a l’agrément FDA aux Etats-Unis ou CE en Europe. De ce point de vue les Américains ont une certaine avance sur le Vieux Continent, une étude montre que 50% des médecins outre-Atlantique sont amenés à recommander une application ou un site Internet pour accompagner leurs prescriptions. En France, les praticiens sont peu à l’aise car peu formés sur la santé connectée. Il y a encore tout à construire d’un point de vue légal et les possibilités sont infinies pour répondre à des pathologies et des besoins précis. Je pense que l’évangélisation se fera par le biais des professionnels, de leur utilisation des objets connectés et intelligents, et de la pharmacie.

>> Voir le dossier complet et les résultats de l’étude « Wearable Technologies : sommes-nous prêts à voir nos corps connectés ? »