Wearable technologies : le bracelet est mort, vive le tee-shirt connecté

Wearable technologies : le bracelet est mort, vive le tee-shirt connecté
Wearable technologies : le bracelet est mort, vive le tee-shirt connecté
Marché embryonnaire ou réservé aux grands sportifs, le textile connecté représente un espoir industriel énorme. Sur nous et à même la peau, mais aussi bientôt dans nos fauteuils de voiture ou nos rideaux, les capteurs nouvelle génération pourraient nous rendre de grands services. Pour sa 21e vague, l’observatoire Orange-Terrafemina scrute la « Wearable technology ». Décryptage de Laure Jouteau, directrice marketing de Cityzen Sciences, consortium industriel français spécialiste des textiles connectés.
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Terrafemina : L'industrie des objets connectés explose et notre Observatoire a choisi de s’intéresser précisément au secteur de la « wearable technology ». Comment se développe ce marché actuellement, et quels sont les enjeux ?

Laure Jouteau : Ce sont les applications de quantified self qui ont émergé en premier et dont on a le plus parlé, mais aujourd’hui ce marché est en stagnation relative par rapport à l’équipement de la population en smartphones. Il y a un appétit marqué chez les sportifs et les gens qui sont concernés par des questions de santé, mais globalement le modèle du bracelet qui mesure votre activité physique est en train de s’essouffler.

Tf : Vous croyez donc davantage à l’essor des vêtements connectés ?

L. J. : Oui, je suis dubitative sur le bracelet car à la longue c’est assez inconfortable pour l’utilisateur, mais surtout, il limite le nombre de données mesurées et leur précision. Le meilleur endroit pour mesurer votre rythme cardiaque reste le plexus solaire, et pour évaluer vos foulées, mieux vaut être dans vos chaussures. Le textile est partout et on le porte déjà, on peut placer des capteurs aux endroits les plus pertinents : à la ceinture, sur les abdominaux ou sur les bras… Finalement on est aujourd’hui capables de proposer au joggeur du dimanche les mêmes systèmes que ceux mis en place en laboratoire pour les sportifs de haut niveau.

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Tf : D’après notre étude*, seuls 32% des Français ont déjà entendu parler des vêtements connectés. Est-ce surprenant ? Le premier défi n’est-il pas de vulgariser le concept ?

L. J. : Ce n’est pas surprenant, ces produits sont encore très confidentiels et le grand public se méfie en général des capteurs. En outre, le prix ne permettra pas de démocratiser ce type de vêtements : le tee-shirt mis au point par Cityzen Sciences devrait être vendu autour de 300€ l’an prochain, et sera donc réservé à des sportifs plutôt confirmés ou du moins réguliers. Ce positionnement volontairement haut-de-gamme vise à apporter une solution qualitative et pertinente pour les sportifs de haut niveau qui joueront ensuite le rôle de prescripteurs auprès du grand public.

Tf : Quelles sont les avancées technologiques permettant la fabrication de textiles connectés ?

L. J. : Le plus difficile en termes de recherche et de développement a été fait, à savoir concevoir un textile neutre pour la peau capable de conduire de l’électricité et qui soit à la fois élastique et étanche. Cityzen Sciences fonctionne comme un consortium qui fait travailler ensemble plusieurs industries et maîtrise donc l’ensemble du process industriel : la micro-électronique, le fil, le logiciel. La fabrication de capteurs plus légers et plus performants est devenue moins coûteuse, ce qui permet de proposer des vêtements ultra-légers. Les seuls éléments qui représentent un poids supplémentaire sur le textile sont la batterie et la mémoire (data-logger), car notre tee-shirt promet 20 heures d’autonomie.

Tf : Quand pourrons-nous porter ce type de vêtements et quelles sont les applications les plus prometteuses du textile connecté selon vous ?

L. J. : Grâce à notre structuration industrielle, nous avons dépassé le stade du prototype et sommes capable de faire fabriquer nos produits en 10 000 pièces pour nos clients, des grandes marques et des équipementiers sportifs. À la fin de l’été 2014 notre tee-shirt subira une batterie de tests et sera ensuite expérimenté auprès de grands sportifs. Notre vision industrielle nous pousse à imaginer tous les usages possibles du textile connecté pour les marques : pourquoi pas des sièges de voiture connectés, de la moquette, des rideaux ? Nous travaillons également sur des vêtements de protection dans les métiers à risques : sur un chantier, il sera possible de localiser un ouvrier accidenté et/ou de savoir s’il est en train de faire une attaque cardiaque par exemple. Pour les policiers et les pompiers, une sous-couche de vêtements pourra jouer le même rôle.

Tf : Le domaine de la médecine connectée est en plein essor. Quelles sont les applications de textile intelligent déjà utilisées et à quoi doit-on s’attendre dans les prochaines années ?

L. J. : Ce sont surtout les séniors qui incarnent le Graal de ce marché : s’assurer grâce à ses vêtements qu’une personne dépendante va bien, qu’elle prend ses traitements, être capable prévenir en cas de perte de conscience, etc. La détection des chutes fait d’ailleurs l’objet de nombreuses recherches actuellement. Mais la technologie dans le secteur médical est soumise à des délais beaucoup plus longs, l’expérimentation, les tests et la mise aux normes ralentissent les projets. Mais bientôt les applications de e-santé nous faciliteront vraiment la vie c’est évident.

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Tf : Comment répondez-vous à la préoccupation des Français quant à la gestion des données personnelles : 69% des sondés pensent que les vêtements connectés représentent un risque « car cela renforce le nombre de données disponibles sur chaque individu ». Quand on aborde la question de données médicales et donc intimes, il semble légitime de s’inquiéter de leur utilisation…

L. J. : Il y a en effet beaucoup d’inconnues sur les algorithmes utilisés dans les applications de quantified self et sur l’utilisation des données personnelles. C’est tout l’enjeu de cette industrie, qui devra rassurer l’utilisateur qui veut savoir où sont stockées les informations sur sa santé. Dans le cas des produits développés par Cityzen Sciences, les données appartiennent par défaut aux utilisateurs et ce sont eux qui les gèrent de A à Z. Ils sont les seuls à pouvoir y accéder et décident de les partager ou non.

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*D’après une étude online pour l’Observatoire Orange-Terrafemina. Benchmark réalisée par le Web Lab de Treize articles, et sondage réalisé par Polling Vox auprès d’un échantillon de 997 personnes, représentatif de la population internaute française âgée de 18 ans et plus.