Cyberdépendance, l’addiction du siècle ?

Par Marine Deffrennes
Publié le 16 juin 2010

L’addiction sans toxicomanie

L’addiction sans toxicomanie © iStockphoto

Psychiatres et addictologues à Paris, les docteurs Dan Véléa et Michel Hautefeuille ont co-écrit Les addictions à Internet publié aux éditions Payot,  pour mieux identifier les différentes formes de dépendance à Internet.

Terrafemina : Vous distinguez dans votre livre « cyberdépendance » et « dépendance cyber assistée ». Quelles est la différence ?

Dr Dan Véléa : Dans la dépendance cyber assistée, ce n’est pas Internet qui pose problème, mais son usage. Le web joue le rôle de support pour l’addiction. Une addiction au sexe ou aux achats sera encouragée et facilitée par les sites pornographiques ou le cyber achat.
La cyberdépendance est une addiction à ce qui est spécifique à Internet : les sites, les jeux online multi-joueurs, les Tchat, les forums et sites de rencontres.

TF : Comment peut-on être accro sans drogue ?

D.V. : L’addiction sans toxicomanie commence dans les dépendances naturelles : la dépendance à la mère ou la dépendance à la masturbation par exemple. L’addiction comportementale a été théorisée en 1945, pour les accros au travail. Dans toute addiction, la réaction du cerveau est la même : le comportement ou le produit en question envoie des charges de DOPAMINE, molécule du plaisir, et de SEROTONINE, deux substances toujours impliquées dans les phénomènes de dépendance.

TF : Les comportements des adolescents sur Internet inquiètent les parents. Mais est-ce justifié ? N’est-ce pas le même débat que pour les « télévores » dans les années 90 ?

D.V. : Il faut faire attention et rester cohérent sur ces questions. En tant que spécialistes, nous ne devons pas dramatiser ni banaliser ces comportements. Certains jeunes présentent une fragilité dans la construction de leur moi, et dans leur processus identitaire, c’est un terrain propice à la dépendance. Il y a aussi des gens qui n’avaient aucune prédisposition mais qui tombent dedans à force de pratiquer. L’addiction est souvent la manifestation d’un dysfonctionnement de la relation parents/enfants, il est essentiel de maintenir la communication et le lien familial pour éviter ou reconnaître ces problèmes.

Reconnaître la cyberdépendance

Reconnaître la cyberdépendance © iStockphoto

TF : Comment peut-on identifier un comportement addictif ?

D.V. : Il y a un facteur très révélateur : le temps. Si votre fils passe plus de 5 heures par jour, voire toute la nuit sur son ordinateur, il faut peut-être y regarder de plus près.
Le deuxième facteur est l’intensité de ce comportement. S’il ne fait que ça, se replie sur lui-même et se désintéresse du monde réel, on peut s’inquiéter. Il y a là certainement une souffrance à prendre en compte.
Ensuite une addiction à Internet peut entraîner des troubles de la personnalité et des troubles du sommeil que l’on peut repérer.

TF : Sans prise en charge, quels sont les risques de l’addiction à Internet ?

D.V. : Le gros risque, c’est de ne plus rien faire d’autre, et de perdre toute communication avec la réalité, donc avec ses proches. La plupart de mes patients trouvent leur raison de vivre et leur place seulement dans le jeu. La phrase qui revient c’est : « Dans le jeu, j’existe », les personnes cyberdépendantes s’identifient davantage à leur avatar qu’à la réalité.

Des centres de désintoxication ?

Des centres de désintoxication ? © iStockphoto

TF : Il existe en Chine des centres de désintoxication à Internet, faut-il ouvrir des structures spécialisées en France ?

D.V. : La Chine a adopté un système de camps de redressement pour les toxicomanes, ce sont des camps de concentration avec une méthode militariste. On trouve là-bas des gens en état d’overdose de jeux vidéo, on tâche de les sevrer brutalement par la discipline, les douches froides et la violence. Il n’y a ni psychologues ni psychiatres dans ces centres. Ce n’est évidemment pas la solution.
En France il  n’existe pas de structure spécialisée pour l’addiction à Internet, ce serait une bonne chose qu’une clinique voie le jour. On a mis du temps à prendre en compte cette addiction. La dépendance aux jeux est soignée dans les mêmes services que la toxicomanie, il y a peu de spécialistes dans ce domaine.

TF : Comment soigne-t-on cette addiction spécifique ?

D.V. : Certains proposent d’utiliser le jeu vidéo dans la thérapie, je me méfie de ce genre d’idée… Il s’agit simplement d’amener une prise de conscience de l’usager, qui doit faire une démarche volontaire et individuelle pour guérir de son addiction. On pratique ensuite des thérapies cognitives et comportementales.

TF
: S’agit-il, comme pour l’alcoolisme ou les drogues, de ne plus jamais toucher à un ordinateur ?

D.V.
: Il vaudrait peut-être mieux voir les choses autrement, même pour l’addiction à l’alcool ou aux drogues. Gérer mieux sa consommation d’alcool ou plafonner son temps de connexion à Internet serait peut-être plus efficace. Il s’agirait d’accompagner le patient pour qu’il apprenne à ne pas tomber dans l’excès.


Les addictions à Internet, de Michel Hautefeuille et Dan Véléa, éditions Payot, 18 Euros.

 

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13 commentaires

janissou - 17/06/10 16:38
Un réel problème oui. Il y a d'ailleur un autre psy assez "mediatisé" le Dr LOWENSTEIN William qui a écrit un bon bouquin : "ces dépendances qui nous gouvernent" et que je vous invite à lire. Facile à lire d'ailleurs. Ce psychiatre bosse dans la clinique Montévidéo à Boulogne Billancourt, mais malheureusement cette clinique n'est pas conventionné par la SS. C'est la famille de Rothschild qui finance cet établissement qui fait aussi de la recherche sur les mécanismes qu amène à devenir dépendant. Dommage seul ceux qui ont les moyens peuvent s'y faire soigner!
isa169 - 26/07/10 22:55
l'addiction est quelque chose de bien embétant!!!
omaha - 07/10/10 08:44
c'est un probleme en effet. Je passe personnellement énormément de temps sur mon ordinateur et je crois qu'en effet c'est comme une drogue, la preuve je dois me déshabituée lorsque nous sommes en vacances et pendant deux trois jours je sens bien que j'ai un manque
country33 - 18/12/10 14:15
Avant j'étais sur l'ordinateur maais pour des jeux innocents et maintenant sur les forums , j'apprends des choses en discutant c'est génial car ça m'aide beaucoup pour la mémoire que j'avais perdue ...
dakota76 - 11/07/11 08:34
Je passe pas mal de temps sur l'ordinateur c'est certain, je suis toujours à la recherche d'informations mais je ne pense pas que j'en suis encore dépendante.
amankelyna - 30/08/11 14:30
je pense que les gens ce rende pas compte mais tre souvent son accro des fois ca peut etre grave car pour les faire deccrocher de l ordinateur cela peut etre tres difficile.
paulhan2night - 27/10/11 19:05
je pense aussi que c'est une des grabdes addictions de notre époque, beaucoup de gens passent leur journée sur des sites au détriment de la"vraie" vie, limite à se transformer en no life
franmic64 - 28/12/11 22:37
J'adore l'informatique mais ne me connecte que le soir à la maison!
sandrine6405 - 28/12/11 22:40
Pour ma part, si je vais sur l'ordinateur c'est que j'ai fini toutes mes tâches ménagères et j'y vais en quelques sortes pendant mes pauses
franmic64 - 31/01/12 00:33
Je dois avouer que si je le pouvais, je passerais plus de temps devant mon ordinateur!
country33 - 08/02/12 15:08
C'est vraoi que je vais drolement mieux depuis que je me suis passionnée pour les forume set je passe beaucoup de temps sur l'ordi.
ladymam - 30/03/12 21:42
je viens justement de m' en rendre compte , nous avons été couper du net pendant deux mois et au début je ne savais même plus comment m 'occuper et combler le temps libre , je me suis donc remis a lire et en fait bien contente !
linelu7 - 19/04/12 10:27
on est toutes plus ou moins actives sur le net mais cela n'empêche pas pour autant de garder contact avec la réalité. . . . . . . . . . . .. .

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