« Manifeste féministe » par des hommes qui n'ont pas peur des femmes

Par Annie Batlle
Publié le 7 février 2012

Laure Adler
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En matière de féminisme, Laure Adler historienne, journaliste, essayiste n'a plus rien à  prouver, depuis longtemps : ni sur le plan théorique, ni sur le plan pratique. A travers son dernier ouvrage, « Manifeste féministe » (Editions Autrement, 2011), elle choisit de parler des femmes et du féminisme à travers le regard et l'action des hommes. Décryptage par Annie Batlle, journaliste et auteure.


Depuis sa thèse d’histoire sur les féministes du 19e siècle  en passant notamment par « Les premières journalistes » (Payot), « Les femmes politiques » (Seuil), jusqu’à son dernier ouvrage, « Manifeste féministe », Laure Adler poursuit  encore et toujours son combat pour l’égalité économique, politique, sexuelle entre les hommes et les femmes. De cette lutte, il n’y a pas de raison d’exclure les hommes, affirme-t-elle. « Tout au long de l’histoire  plusieurs d’entre eux  se sont mobilisés pour que l’on cesse de  tenir les femmes à l’écart de l’éducation, de la pensée, de l’action sociale, économique ou politique ». Aujourd’hui, nombreux sont des féministes convaincus. L’implication des hommes est donc le sujet de son manifeste. Il évoque ceux qui par le passé ont soutenu l’émancipation féminine, et donne la parole à ceux qui  se sentent actuellement concernés par l’égalité entre les sexes.

Descartes avait raison
L’historienne nous renvoie d'entrée à la préhistoire, aux racines de cette peur ancestrale manifestée par les hommes à l’égard des femmes  dotées du fabuleux pouvoir de donner la vie. Peur qu’ils ont instrumentalisée et perpétuée pour pouvoir contrôler ces dangereuses créatures et asseoir efficacement le pouvoir masculin, sous le fallacieux prétexte d’une nature  féminine faiblarde qui  serait bien démunie si le sexe fort ne la protégeait pas, et ne s’arrogeait pas les décisions importantes. Bref la femme est un sous homme qui a besoin des vrais hommes. Il en reste toujours des traces profondes. Au cours des siècles  pourtant, des hommes, et pas n’importe lesquels, rapporte l’auteure, des révolutionnaires, des utopistes, des innovateurs, des politiques ont pris fait et cause pour les femmes. A titre d’exemple, au  17e siècle il y a des hommes qui défendent les « Précieuses « et ne les trouvent pas « ridicules ». Descartes considère les femmes comme des égales et adresse à tous et à toutes son cogito. François Poullain de la Barre, écrit trois essais sur l’égalité des deux sexes qui font date. Même si  les lumières du XVIIIe aveuglent quelques grands esprits sur la question, tels JJ Rousseau,  Diderot, D’Alembert pour qui « la femme n’est que sexe, » il y a des  Condorcet pour qui « le génie n’est pas l’apanage de l’homme » et revendique pour elles le droit à la citoyenneté.
Contre les conservateurs du 19e comme Proudhon « l’idéal de l’homme c’est la cité, celui de la femme c’est la demeure domestique », St-Simon, Cabet, Fourier, Owen donnent à la femme toute son importance dans une société « rêvée ». On sait peu que Léon Blum au tout début du XXe plaide avec audace pour la conquête  par les femmes de leur  propre désir, pour leur émancipation par l’éducation. Et  c'est un homme, dans la mouvance de mai 68, le député Lucien Neuwirth, qui fait adopter par l’Assemblée nationale, la loi pour l’accès à la pilule contraceptive.

Ce n'est qu'un début
La quinzaine de  contemporains « invités » à débattre par Laure Adler dans la deuxième partie de son livre est évidemment trié sur le volet. Il s’agit d’intellectuels, d’artistes, de politiques avec qui elle a entretenu des  liens  au cours de sa vie professionnelle de journaliste et d’éditrice. Partant des questions qui leur sont posées sur leur vie, leur œuvre, leur perception des différences et des inégalités  entre les sexes… Sur le désir, ils s’expriment librement  et longuement dévoilant leur conception du masculin et du féminin. « Il y a tout de même chez la femme quelque chose qu’on ne peut pas copier »  dit Maurice Godelier ; les influences qu’ils ont subies « Je suis fait de ce qu’elle disait » déclare Pierre Pichon (écrivain) en parlant de sa mère ;  leur conception de la réalité « La complexité ne peut être que l’association du masculin et du féminin » déclare Edgar Morin, le philosophe de la Méthode, qui trouve  les femmes « supérieures aux hommes ». « Les hommes doivent être féministes » pour le père de l’indignation Stéphane Hessel. Quant au militant de l’égalité entre les sexes, René Friedman constate dans ses services hospitaliers que les femmes ne choisissent pas entre l’excellence dans le travail ou les enfants mais « l’un plus l’autre » et conclut « Qu’est-ce que l’homme, le compagnon de la femme ». Jacques Diouf, ancien président de la FAO n’a aucun doute : « les femmes sont l’avenir de l’Afrique. »

Ces dialogues, et c’est toute leur richesse, sont visiblement une occasion pour les interviewés de réfléchir à haute voix sur leur propre identité, souvent  multiple « on peut être dans la même journée, gay, prêtre, homme marié, femme inspirée » suggère Olivier Py, metteur en scène, sur leurs rapports avec les femmes, sur les relations de pouvoir, sur le formatage social et les stéréotypes machistes qui ont la peau dure.
Pour terminer, l’auteure souligne « contrairement à ce qu’on pouvait croire dans les années 70 la lutte en faveur de l’égalité entre les hommes et les femmes est loin d’être terminée ; ce n’est qu’un début et le combat continue ». Avec les hommes bien sûr, pas contre eux.

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11 commentaires

nemotyrannus - 07/02/12 19:37
"L’historienne nous renvoie d'entrée à la préhistoire, aux racines de cette peur ancestrale manifestée par les hommes à l’égard des femmes dotées du fabuleux pouvoir de donner la vie. Peur qu’ils ont instrumentalisée ." Pourquoi peur ??! Admiration c'est compréhensible mais il faudrait voir à pas tomber dans l'ésotérisme. Cette prétendue peur qui remonte à la préhistoire et qui fait dire à beaucoup que c'est depuis cette époque révolue que les hommes ont la trouille des femmes n'est qu'une invention des féministes radicales modernes(années 60_70,hippies et tout ça).Attention. Pour justifier que depuis que les "hommes ont pris le pouvoir aux femmes" à cette époque et inventé la guerre , la propriété privée et bien sûr le capitalisme (n'oubliez pas , époque hippie etc...) tout va mal dans le monde . C'est du vent et , à vrai dire , c'est en partie ces femmes qui propagent ce genre de dialogue sexiste ne reposant sur rien tout en passant quand même pour de véritables révolutionnaires qui , elles , font réellement peur aux hommes et empêchent de nombreux autres de soutenir les véritables féministes :) . A méditer. Bon courage quand même .
country33 - 07/02/12 19:49
Elle a pas mal d'ouvrages à son actif et elle est connue alors elle vendra bien son livre mais le sujet me plais et j'auimerais faire la curieuse.
sandrine6405 - 07/02/12 19:52
J'aime bien la personnalité de Laure Adler, je l'ai vu plusieurs fois dans des émissions spéciales littératures et je trouve ces propos très intelligents
ysabella - 08/02/12 08:18
La domination masculin remonte depuis que l'Etre Humain est sur terre non seulement à cause de la capacité d'enfantement des femmes mais aussi de nos différences physiques. En effet, ce sont les hommes qui allaient à la chasse et rapportaient la nourriture vitale, ce sont eux qui défendaient en cas d'agression. Il n'en a pas fallu plus pour asseoir leur domination qu'ils tentent de faire perdurer.Ce n'est pas un discours sexiste,comme le pense Nemotyrannus, il s'agit simlement d'un constat. Au-delà du sujet qui m'intéresse au plus haut point, je pense que le livre et la réflexion de Laure Adler devraient être brillants. J'admire beaucoup son travail tant de journaliste que d'écrivain.
sandrine6405 - 08/02/12 08:54
Tout à fait, heureusement qu'au fil du temps, les femmes ont réussi tout de même à acquérir certains droits, les choses vont évoluer encore mais il faut beaucoup de patience
fidjikelyna - 08/02/12 10:06
c'est clair pour que les choses évoluent vraiment pour les femmes il va se passer encore du temps
nemotyrannus - 08/02/12 13:47
Non je maintiens,le monde préhistorique femme=maison homme=chasse à été calqué sur le mode de vie du 19 ème siècle. Et c'est bel et bien un discours sexiste,et ce encore plus pour les femmes dans ce cas. En ce qui concerne mon texte plus haut ce n'est pas non plus un constat,comme vous dites,mais il s'agit bien d'un anachronisme monstrueux de quelques radicales modernes pour mieux faire passer leurs idées... C'est exactement la même chose en fait en y repensant,d'un côté le discours misogyne du 19ème et de l'autre le misandre du 20ème,les deux tordant l'histoire et la préhistoire pour asseoir leurs idées.
franmic64 - 08/02/12 21:43
Les mentalités doivent changer dans un premier temps!
jujuleretour - 16/02/12 00:21
he bien moi , si demain un homme avait envie de me dominer et m entretenir , aller a la chasse pour moi et me nourrir , prendre soin de moi , et bien , je lui laissserais la place du plus fort ,,, seulement , maintenant , les femmes sont obligées de travailler ,, au début du siecle dernier , elles se sont battues pour une autre égalité ,, pas celle que voudraient les femmes maintenant ,, elles se sont battues pour avoir des droits , de la reconnaissance , la femme n a jamais été l égale de l homme et j espere qu elle ne le sera jamais ,, il faut savoir garder des différences ,,
nemotyrannus - 16/02/12 09:49
"Égales en droit" s'entend,c'est pour ça qu'elles manifestent et elles ont raison tant qu'elles ne versent pas dans le victimaire,la misandrie et qu'elles apportent les preuves.
country33 - 05/03/12 10:07
Souvent les hommes pensent avoir la place du plus fort, mais si on regarde bien ce n'est pas toujours le cas, certaines "maîtresse femmes" mènent le monde.

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